Liberté pour Mikhail Savostin.

Le scénario est désormais classique : la police russe « découvre » des stupéfiants qu’elle a elle-même déposés dans les affaires d’un opposant politique. Un tel complot avait déjà servi a arrêter Oyub Titiev, responsable de « Mémorial » en Tchétchénie. C’est maintenant le tour de Mikhail Savostin.

Mikhail Savostin © Grani.ru Mikhail Savostin © Grani.ru
L’opposant a été arrêté le 5 avril. Il devait se rendre au « Forum de la Russie libre » qui s’est tenu à Vilnius les 11 et 13 septembre. Ce colloque réunit chaque année l’opposition au régime de Poutine. La plupart des participants sont des opposants exilés. Mikhail Savostin devait les rencontrer.

Mikhail Savostin habite la ville de Mineralnye-Vody au Caucase. Il est du membre du conseil politique de l’assemblée des peuples du Caucase et président du syndicat indépendant « Solidarité » pour la région de Stavropol.

Il est accusé de trafic de drogues à grande échelle et est passible de 10 à 15 ans de prison.

L’opposant a été arrêté le 5 avril en compagnie d’un ami dans la banlieue de Mineralnye-Vody. Leur chemin a été bloqué par un fourgon d’où ont jailli des agents masqués des forces de sécurité qui leur ont ligoté les mains derrière le dos. Puis un policier a effectué quelques manipulations dans les poches de Mikhail Savostin et en a ressorti un paquet contenant de la drogue. Les policiers ont également « trouvé » un paquet semblable qu’ils ont eux-mêmes lancé sous leur véhicule.

L’avocat de Mikhail Savostin a fait appel de cette arrestation. Il a également déposé une demande d’examen médico-légal qui devrait confirmer que l’activiste ne pouvait rien jeter alors qu’il avait les mains ligotées. Ses poignets portent les marques des ligatures.

Mikhail Savostin participait aux actions de l’opposition dans sa région, en particulier contre le système « Platon », taxe routière qui grève les routiers.

Le FSB et le Centre « E » (centre de lutte contre l’extrémisme) utilisent ce procédé d’insertion de stupéfiants, particulièrement au Caucase. Voici un historique non exhaustif de cette forme de provocation dans la région.

En 2014, Ruslan Kutaev militant des droits en Tchétchénie avait été condamné à trois ans et dix mois de prison pour possession d’héroïne.

En 2016, Zhelaud Geriev correspondant tchétchène de « Caucasien Knot » condamné à trois ans de prison pour possession de drogue.

En janvier 2018, le représentant tchétchène de « Mémorial » Oyub Titiev a été emprisonné pour détention de drogue.

Il s’agit des cas les plus notoires. Mais la pratique s’est vulgarisée. Voici un récit de l’opposant Viacheslav Krivonosenko et une traduction du protocole policier qui a été utilisé pour le condamner à titre d’avertissement.

« En 2015, j’ai été arrêté à proximité de mon domicile par des agents en civil. Ils m’ont conduit au commissariat. Sans aucune explication, je suis resté enfermé 48 heures dans une cellule. Ensuite, j’ai commencé à être interrogé. Soudainement, quatre hommes se sont précipités sur moi. Ils m’ont forcé à m’incliner en me torsadant les mains dans le dos, tout en me frappant. L’un d’eux portait des gants. J’ai compris que cette personne ne voulait pas laisser des empreintes digitales sur un objet qu’ils me pressaient sur mes mains. La personne qui était gantée a quitté la pièce. Les autres m’ont replacé en cellule. Cinq heures plus tard, ils m’ont fait ressortir pour nouvel interrogatoire. Ils m’ont alors présenté une poche plastique transparente, dans laquelle étaient visibles deux petits paquets. Ils m’ont dit : “Ces paquets de drogue t’appartiennent. Il y a tes empreintes digitales dessus”. Je leur ai répondu que personne ne les croira. Ils m’ont alors montré un paquet plus gros et m’ont dit : “Si tu ne reconnais pas un petit paquet, on écrira que tu en possédais un plus gros. Tu démontreras que cela n’est pas vrai, mais en prison”.
Je suis pauvre et ne pouvais pas leur proposer un pot de vin. J’ai donc accepté leur première accusation. Après avoir signé une attestation reconnaissant que ce premier paquet m’appartenait, ils l’ont ouvert devant moi. Je leur ai demandé : “Vous ne faites pas cela pour de l’argent. Vous ne m’avez rien demandé. Pourquoi faites-vous cela ?” Un d’eux m’a dit : “Aime Poutine ! Et tu n’auras pas d’ennui !” Cet individu est un officier major du centre “E.” de lutte contre l’extrémisme. Son nom est STARODUB. Je retrouverai ce personnage lors de toutes mes arrestations futures. Il est tristement célèbre à Sotchi. »

Extrait d’un PV de police.

« Rapport du policier A. Bakharev du 11/3/2017 en service à Sotchi à l’adresse rue Gorky n° 60. Mon attention a été attirée par un citoyen qui se comportait anormalement. Ses pupilles étaient dilatées, il présentait une agitation excessive, il avait des troubles de coordination, des troubles de l’élocution, la réaction est inhibée. Il s’agissait du citoyen Krivonosenko V.B. Il y avait des motifs suffisants de croire qu’il avait utilisé un stupéfiant ou une substance psychotrope sans ordonnance. Krivononenko V.B. a été invité à se rendre au “dispensaire toxicologique de Sotchi” pour subir un examen médical sur un état d’ivresse. En présence d’un médecin, Krivononenko V. B. a refusé de se soumettre à un examen médical pour contrôle de l’état d’ivresse, et de se satisfaire aux exigences légales d’un agent de police pour subir un examen médical. » Un rapport identique mot pour mot a été rédigé par un autre policier. (Lors de son arrestation, Viacheslav Krivonosenko avait une jambe fracturée et marchait avec des béquilles. Les policiers ne l’ont pas remarqué.)

Viacheslav Krivonosenko a été condamné à 10 jours de prison, car il a refusé de se soumettre à un examen médical qui aurait dû expliquer pourquoi les policiers avaient remarqué que ses pupilles étaient dilatés et sa démarche hésitante. Menacé plus sérieusement, Viacheslav Krivonosenko a décidé de se réfugier en France.

Les combattants pour la justice en Russie sont soumis à cette répression perfide.

Exigeons la libération de l’opposant Mikhail Savostin et l’arrêt de ces pratiques repressives !

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