Les réseaux de Poutine contre Nadejda Pétrova.

La France expulse Nadejda Petrova. Notre pays réitére une décision du gouvernement autrichien. Cette expulsion, combinée avec un mandat d’arrêt international d’Interpol, ramènera l’opposante russe à Moscou, où elle est passible de prison à vie. Deux jours avant son arrestation en Autriche, Nadejda Pétrova s’est réfugiée en France qui reprend la décision autrichienne sans discernement.

Poutine contre Nadejda Pétrova © Pierre HAFFNER

Selon les services de renseignement britanniques et néerlandais, les ministères de l’Intérieur et de la Défense autrichiens sont contrôlés par le Kremlin. Les deux royaumes ont cessé pour cette raison de partager des informations avec leurs homologues autrichiens. Nous avions vu les images de Karin Kneisl, ministre autrichienne des Affaires étrangères, danser dans les bras de Vladimir Poutine invité à son mariage. Mais des informations beaucoup plus alarmantes ont contraint Britanniques et Néerlandais à suspendre leurs contacts dans le domaine de l’échange d’informations avec Vienne.

Le ressortissant australien, Brandon Tarrant, a assassiné le 15 mars dernier 50 personnes dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande. Les services antiterroristes autrichiens ont affirmé qu’ils ne disposaient d’aucune information indiquant que cet homme avait séjourné sur leur territoire. Dans le même temps, les services de contre-espionnage allemands disposaient de telles informations. Qu’est allé faire Brandon Tarrant en Autriche ? Qui a-t-il rencontré ? On sait que le Kremlin manipule tous les réseaux susceptibles de déséquilibrer l’occident, en particulier ceux d’extrême droite. Suite aux soupçons de collaboration occulte de Vienne avec Moscou les services autrichiens ne participent plus aux réunions de travail du Club de Berne. Il s’agit d’une conférence informelle des services de renseignement des pays européens, au cours de laquelle ils échangent des informations d’intérêt mutuel.

L’année dernière, le ministre autrichien Herber Kikle a organisé une descente de police et des perquisitions au bureau du BVT, services antiterroristes autrichiens. Des documents relatifs à la surveillance des groupes d’extrême droite ont été saisis. Cela a suscité un grand nombre de questions. On ne sait pas quelles raisons urgentes ont nécessité la saisie de ces documents. Il existe différents groupes au sein du « Parti de la liberté » dont l’un des idéologues et stratèges les plus radicaux est Herbert Kickle. Le ministre a dernièrement déclaré souhaiter « des centres permettant aux autorités de concentrer les demandeurs d’asile dans un lieu unique », soit des camps de concentration pour demandeurs d’asile.

Le contre-espionnage autrichien est isolé en Europe en raison de sa coopération avec Moscou.

Le « Parti de la Liberté » autrichien et le parti « Russie unie » coopèrent depuis au moins 2008. Ils ont signé un accord portant sur des échanges d’informations. Dès lors, certains services de renseignement européens ont commencé à traiter froidement leurs homologues autrichiens. Le parti de Herber Kikle participe à la coalition du gouvernement Sébastian Kurz. Ce dernier fait ouvertement état de son allégeance à Moscou. L’Autriche est le seul pays européen à ne pas avoir expulsé des diplomates russes après l’empoisonnement de Serguey Skripal à Londres. Par contre, elle expulse l’opposante russe Nadejda Pétrova. Cette expulsion est un élément de la manigance des services secrets russes à laquelle s’est prêtée l’Autriche. Consolidée par un mandat d’Interpol, elle aurait permis de remettre Nadejda Pétrova entre les mains de ceux qui la pourchassent depuis le 5 novembre 2017.

Lors d’une enquête auprès des voisins de son appartement moscovite, un policier s’est vanté que leurs démarches permettront de rapatrier à Moscou via la Tchéquie leur voisine, Nadejda Pétrova. Cette précieuse information du policier bavard a été retransmise en Autriche à Nadejda Pétrova. Cette dernière s’est empressée de rejoindre la France deux jours avant son expulsion d’Autriche, sans demander son reste ni son passeport saisi par les autorités autrichiennes. Lorsque la police autrichienne est venue frapper à sa porte pour l’arrêter, Nadejda n’était plus là.

Le mandat d’arrêt d’Interpol lancé à l’initiative du Kremlin retrouvera Nadejda Pétrova dans les locaux de la préfecture à Nice, où elle s’est présentée pour demander l’asile politique. Qualifiée de terroriste dangereuse, elle fut menottée rudement et présentée devant un tribunal pour expulsion vers la Russie. Un réseau de solidarité spontané a permis de faire échec à cette procédure. Cela nous aurait été impossible en Autriche ou en Tchéquie, pays de transfert. Nadejda Pétrova serait actuellement dans une geôle de Lubyanka si la procédure d’expulsion autrichienne avait suivi son cours.

Le Kremlin n’a jamais tenté une telle opération pour ramener d’autres militants d’Artpodgotovka, dont Viacheslav Maltsev, tous réfugiés en France. Il sait que cela est impossible, car les services d’immigration français ne sont pas à sa botte comme leurs homologues autrichiens. Souhaitons qu’il en soit toujours ainsi.

On s’étonne que les autorités françaises aient pu reprendre la décision autrichienne sans enquête plus approfondie sur son fondement. Nous pensons que le recours fait par Nadejda Pétrova permettra une étude plus approfondie de son cas par nos services d’immigration.

La France doit accorder l’asile politique à Nadejda Pétrova.

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