Le festival les Passeurs de Lumière, qui rayonne depuis le Finistère-Sud autour des arts de l’image, continue d’étonner par la grande qualité et la diversité de sa programmation, son ouverture à un large public et la pertinence de ses thèmes. Exil(s), cette année est particulièrement en phase avec le drame des migrants bien entendu. Au-delà de ce qui remue les consciences aujourd’hui ce rendez-vous culturel donne naturellement à penser en perspective avec aussi l’Histoire.

L’invité d’honneur en est  ainsi Mehdi Charef auteur de l’emblématique Thé au harem d’Archimède. Né en Algérie en 1952, il est arrivé en France à l’âge de dix ans. Fils d’ouvriers il a passé son enfance et une bonne part de son adolescence de cités de transit en bidonvilles dans la région parisienne. Il a travaillé lui-même en usine avant de  devenir écrivain et cinéaste.

Quant au parrain du festival, il s’agit de l’écrivain Ricardo Montserrat dont les parents catalans ont été contraints à l’exil par la dictature de Franco en Espagne. C’est en Bretagne en 1954 qu’est né le futur romancier et scénariste de cinéma qui consacre une bonne part de son travail à l’incontournable année 1936. Manière pour les Passeurs de Lumière de nous rappeler que la guerre civile espagnole, ses réfugiés, et le Front populaire en France, c’était il y a 80 ans.

 

Résidence d’artiste de Mehdi Charef

 

Un des axes essentiels du festival depuis ses débuts est de favoriser le développement du sens critique du jeune public vis-à-vis des images. On le sait, les enfant et adolescents en sont abreuvés pour la plupart. Ainsi diverses actions comme des expositions, des projections, des interventions ou des conférences sont organisées dans les établissements scolaires de Quimperlé communauté ou en direction de leurs élèves dans les salles de cinéma et sous le chapiteau du festival. La collectivité locale, principal soutien de la manifestation culturelle, aide aussi aux déplacements du public scolaire en autocar.

Cette année un nouveau et grand pas a été franchi en direction des jeunes grâce au collège Parc-Ar-C’hoat/Yves-Cotty de Moëlan-sur-Mer et l’académie de Bretagne, notamment. En effet, sous l’impulsion du cinéaste Michel Dupuy, le créateur et président du festival, Mehdi Charef y est accueilli en résidence d’artiste pour un travail avec les élèves autour de son court-métrage Tanza. Une vraie reconnaissance et une fierté pour le festival qui voit là que sa démarche artistique n’est pas vaine mais porteuse de projets d’avenir.

Mehdi Charef outre sa profonde implication auprès des scolaires sera aussi très présent lors du déroulement du festival proprement dit. Plusieurs de ses films seront projetés en sa présence dont bien entendu le fondateur Thé au harem d’Archimède. Samedi soir 26 novembre à Bannalec, avec une surprise du réalisateur.

 

Décryptage de Ricardo Montserrat

 

Dans le même esprit critique il est un moment important et rituel du festival, celui du décryptage. Pour cette édition 2016, c’est Ricardo Monserrat qui s’y colle avec le film Golden door d’Emanuele Crialese avec Charlotte Gainsbourg : ou comment au fin fond de la Sicile au début du XXème siècle la monotonie de la vie quotidienne d’une famille de paysans est interrompue par des récits du Nouveau monde, des richesses de cet Eden

Sauve-moi de Christian Vincent sera le film d’ouverture vendredi soir 25 en présence de Ricardo Montserrat qui en a écrit le scénario : une jeune femme débarque à Roubaix en provenance d’un pays où la mort a fait des ravages...

Les festivaliers pourront aussi poursuivre leur rencontre avec l’écrivain également homme de théâtre et de cinéma lors du traditionnel "J’ai rendez-vous avec" dimanche midi. Un entretien en public dont le regretté Charb fut l’invité et qu’il est possible de visionner pour partie sur Youtube.

Il sera aussi possible d’aborder les deux auteurs Mehdi et Ricardo lors de signatures à l’Espace culturel Leclerc de Quimperlé mercredi 23.

 

Des documentaires forts

 

Si le festival se déroule de façon plus dense à Bannalec le week-end du 27 au 28 novembre, il commence déjà le lundi 21 novembre à Quimperlé avec des projections au cinéma La Bobine. Le matin, les enfants pourront voir Kiki, la petite sorcière d’Hayo Miyazaki (séances également le jeudi 24 au cinéma Le Kerfany).

Le soir, les plus grands Fuocoamare par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi : un documentaire autour d’un petit garçon qui vit et va à l’école sur une île pas comme les autres... Il sera suivi d’un débat avec Colette David, membre de la commission personnes déracinées de la section française d’Amnesty international.

Le lendemain mardi 22 novembre à Moëlan-sur-Mer le cinéma Le Kerfany vous accueille pour deux films. L’après-midi, Cartouches gauloises de et en présence de Mehdi Charef : au dernier printemps de la Guerre d’Algérie Ali/Mehdi Charef, onze ans, et son meilleur copain Nico, regardent leur monde changer.

Le soir, La Cour de Babel de Julie Bertucelli : venant de divers pays des collégiens sont réunis dans une même classe pour apprendre le français Suivi d’un débat avec Céline Hélias à propos des classes d’accueil C.L.A.

 

Samedi 26 les festivaliers pourront voir J’habite le français de et en présence de Chantal Briet : à Paris, dans la Maison du Bas Belleville des femmes et des hommes de tous continents, histoires...

Et aussi Mirages de et en présence d’Olivier Dury : entre le Niger et l’Algérie, désireux d’atteindre l’Europe, ils doivent affronter le temps du désert... Puis Si j’existe, je ne suis pas un autre du même cinéaste qui la coréalisé avec Marie-Violaine Brincard, également présente à la projection : Seta, Hocine, Mohamed ont entre 16 et 22 ans ; ils se disent et se rêvent dans une langue inédite... (Rediffusion dimanche matin)

 

Conférences, débats et expositions

 

Ce même samedi à lieu un Après-midi spécial au cinéma Le Kerfany à Moëlan-sur-Mer. Deux autres films de Chantal Briet Inch’ Allah et et Printemps à la Source seront présentés, suivis d’un débat avec la réalisatrice. Auparavant les festivaliers auront pu voir Tanza de Mehdi Charef, suivi d’un débat avec le réalisateur également.

Entre deux, ils pourront aussi voir deux films de Christophe Loizillon Les mains et Le Petit matin, suivis aussi d’un débat avec le cinéaste. Christophe Loizillon est le premier lauréat du prix Label image que le festival les Passeurs de Lumière décerne pour récompenser la qualité d’une uvre artistique et son caractère innovateur dans le domaine visuel. Après Michaël Gaumnitz et Bruno Collet, Johanna Vaude en est la quatrième récipiendaire. Un livret est édité à chaque fois et il est possible de se le procurer auprès du festival.

 

Parallèlement à Bannalec aura lieu une conférence d’Anne Michel, journaliste au quotidien Le Monde, sur l’évasion fiscale au niveau mondial. L’enquêtrice est au cœur des investigations qui ont permis les révélations de l’opération OffshoreLeaks. Cette intervention sera illustrée par la projection de photos de Paolo Woods (Prix World).

Autre conférence, celle d’Anne Daussy, présidente de la Cimade Bretagne/Pays de la Loire et François Nicolle, président du groupe de la Cimade du Morbihan sur le thème "Crise migratoire ou crise des politiques migratoires ?" avec un débat auquel participent également Ricardo Montserrat, Olivier Dury, Marie-Violaine Brincard et Marine Stephan. Là aussi des photos de la Cimade seront projetées.

 

C’est aussi une conférence qui ouvre la soirée inaugurale du vendredi 25 à Bannalec. Celle de Pierre Duterte président-fondateur et médecin-directeur de l’association Parcours d’exil. Une exposition des photos de Pierre Duterte sera visible au bureau d’accueil du festival qui sera installé à l’Office de tourisme de Bannalec.

Les expos font partie de la tradition du festival ; ainsi celles de Marie-Claude Allo dans les bars et restaurant de Bannalec, de Mehdi Charef aux cinémas Le Kerfany et La Bobine, Inhospitalité de Julien Saison (témoignages et photos) pour la Cimade dans la salle Ti Laouen à Bannalec, Ici/Là-Bas (témoignages d’enfants d’une classe réservée aux élèves non-francophones) une réalisation du PEAA de Brest visible dans les collèges du pays de Quimperlé et à la salle Ti Laouen.

A ne pas manquer non plus, la projection "Murmures d’images" d’Alexis Bonnaire, créateur de l’affiche 2016, sur les différentes éditions du festival. Sur les murs de la place de la Libération à 19 h samedi. Autre membre de l’association organisatrice du festival Régine Djenaoui donnera lecture de textes de Victor Hugo qui rappelons-nous fut contraint à l’exil, pendant vingt ans sur l’île de Guernesey.

 

Musiques d’ailleurs

 

Le festival, c’est aussi de la musique, avec toujours le pari de l’originalité et de la qualité. Ainsi de Siian, duo migateur de l’Asie centrale en passant par le Moyen Orient, la Bulgarie, l’Irlande et l’Amérique du Nord. En concert vendredi soir sous chapiteau, après le film et la conférence.

Samedi soir, selon le même déroulé à Bannalec,  ce sera le groupe Slivovitsa pour un répertoire des pays de l’Est. Slivovitsa assurera aussi l’accueil et des intermèdes musicaux lors de "l’Après-midi spécial" à Moëlan-sur-Mer. Le matin à 10 h il aura assuré le "Réveil en musique" place de l’Eglise à Bannalec.

Autres moments délicieux en perspective avec le Anne-Laure Jaïn Quartet pour un Apéro jazz à 11 h devant l’Office de tourisme et un autre à 19 h 45 au barnum. Anne-Laure Jaïn Quartet se produira aussi au bar l’Imprévu à partir de 23 h. Puis donnera un concert dimanche à 14 h 30 sous le chapiteau après le grand repas de clôture !

Repas au goût d’ailleurs préparé par l’Association 100 pour un Toit, en présence des invités et pour lequel il faut réserver.

 

On le voit, le programme est comme toujours fort varié et exigent tout en étant festif. Il fait aussi la part belle aux découvertes avec Les Passerelles ou les spectateurs verront Octobre noir de Florence Corre en présence de la réalisatrice, samedi et dimanche.

L’on peut venir avec des enfants car des séances Jeune public sont prévues avec Les Enfants du capitaine Grant de Robert Stevenson - d’après le roman de Jules Verne - avec Maurice Chevalier et George Sanders, Fievel et le Nouveau monde de Don Bluth, la Ruée vers l’Or et L’Emigrant de Charlie Chaplin.

Pour les jeunes, le festival poursuit une démarche d’initiation musicale. Cette fois avec la musicienne Siian (réserver car les places sont limitées).

 

Le Pass est à 7 et donne accès à tous les programmes. C’est gratuit jusqu’à 13 ans !

 

Programme complet et renseignements sur le site internet du festival :

www.festivallespasseursdelumiere.fr

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