La crise COVID fait ressortir la faiblesse des « dogmes » néo-libéraux

1°) Cotisations sociales et emploi

En janvier 2020, Patrick Artus, économiste néo libéral bien connu, membre du cercle des économistes, déclarait : « Il faut arrêter la désinformation des Français sur l’économie ».

On peut s’émouvoir de la mentalité d’une personne qui croit détenir « la » vérité. Mais déjà, Jean Tirole, nobélisé, déclarait, il y a peu, que les gens qui ne travaillaient pas comme lui (ie : avec des mathématiques…) étaient quasiment des imposteurs. ( Il confondait « outils mathématiques » avec « la Mathématique » qui elle, à la différence de l’Economie, est une science.

L’utilisation d’un rabot ne fait pas un menuisier !

J. Tirole s’était fait à ce sujet rappeler gentiment à l’ordre par le journal économique Les Échos indiquant, fort justement et fort à propos, que c’était de la discussion que pouvait jaillir la lumière…..

Or la crise actuelle montre bien des défauts du capitalisme et de la politique économique néo-libérale suivie depuis de très nombreuses années (1984 ?). Il est bon de souligner des aspects, des propos habituellement tenus, considérés comme des vérités « évidentes » alors même qu’ils sont très discutables, non démontrés, voire parfaitement faux.

Il en est ainsi des « charges » sociales dont la réduction créerait des emplois.

L’usage du mot « charges » par rapport au mot « cotisations » est le résultat de la très forte domination matérielle des néo libéraux. (On lira, au sujet de l’utilisation -politique- des mots, l’excellent ouvrage de Jean-paul Fitoussi -ancien Président de l’OFCE de sciences Po- : « Comme on nous parle » Edition Les Liens qui Libèrent).

« Les cotisations sociales élevées sont une cause du chômage, réduire ces cotisations créent des emplois »….C’est une antienne des économistes néo-libéraux, une vérité première pour toute personne qui se croit censée. Malheureusement, c’est aussi une vérité première pour la plus grande partie des journalistes qui sont, (ils l’oublient très souvent), chargés d’informer les citoyens et pas de dire à ces citoyens ce qu’ils doivent penser...

Jean Peyrelevade, que l’on connu plus intelligent, écrit encore très récemment que le chômage et les cotisations sociales sont « corrélés »…..

Or il existe autant d’études qui montrent qu’il n’y a pas de relation, que d’études qui montrent qu’il y aurait des relations de cause à effet. D’ailleurs les tenants du néo libéralisme limitent les « effets » de la baisse des « charges sociales » aux bas salaires.

Les néo libéraux cherchent n’importe quel moyen pour réduire le coût du travail. Ils invoquent constamment dans leurs discours le défaut de compétitivité en France qu’ils attribuent au haut niveau des salaires des salariés français, au haut niveau des « charges » sociales, au haut niveau des taux d’imposition, en oubliant souvent les exonérations…. Pourtant, dans leurs études, c’est souvent que les économistes néo libéraux citent les autres causes du manque de compétitivité de la France : pas assez d’investissements, des mauvais investissements (trop courts, peu de robots ..), un niveau de gamme pas adapté (pas suffisamment haut...), des entrepreneurs souvent aux faibles compétences (voir note de Patrick Artus du 26/05/2016), des salariés insuffisamment formés.

Aucune de ces raisons ne provient directement ou indirectement des salariés eux mêmes ! Alors ?

Mais il faut pouvoir se faire entendre…….alors que les « propriétaires » ont accaparé les médias. Ce qui, il faut le reconnaître, est assez pratique pour faire entendre leurs idées et marginaliser voire cacher ou déformer celles de leurs opposants.

On se souvient de la triste rigolade de la baisse des « charges » pour les bars restaurants sous J. Chirac. Cette baisse n’avait créé aucun emploi, mais les « patrons » avaient vite trouvé que cette baisse avait sauvé beaucoup d’emplois, bien sûr sans le démontrer.

 

Plus grave est le CICE de F. Hollande (transformé il y a peu en baisse de 6 points des cotisations sociales jusqu’à un plafond salarial de 2,5 smic) et venant après de nombreuses réductions de charges sociales faites par les gouvernements précédents.

Son coût annuel est de l’ordre de 20 milliards € donc non négligeable.

L’étude du très officiel Conseil d’Analyse Economique indique crûment :

« Les évaluations convergent pour indiquer une faible efficacité en termes d’emploi créés...le CICE n’a pas eu d’effet significatif sur les exportations ». On ne peut être plus clair. (Note CAE janvier 2019)

Il est vrai qu’il avait été créé un comité d’évaluation de ce CICE et que deux équipes avaient travaillé sur le sujet. Mais les conclusions de ce comité ne reprenait, curieusement, que les travaux de l’équipe qui jugeait le moins mal les effets du CICE.

Il ne faut pas s’étonner que les Français n’aient plus confiance dans la véracité des paroles officielles !

D’ailleurs quels sont les journalistes qui parlent du CICE et des notes du CAE ?

Les 6 points de baisse de cotisations sociales sont actés un point c’est tout.

   Une fois de plus les « patrons » ont obtenu une baisse du coût du travail y compris dans les secteurs peu exposés à la concurrence internationale, baisse du coût supportée par l’ensemble de la population.

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Dans les notes « officielles sur les résultats du CICE :

- Raport IPP janvier 2019


« A la demande du CAE, l’Institut de Politiques publiques (IPP) a effectué une étude sur l’impact des baisses de cotisations sociales employeurs sur la compétitivité des entreprises en étudiant différents dispositifs mis en oeuvre (Exonérations "Juppé", CICE, pacte de responsabilité 2015, pacte de responsabilité 2016). Même si au sein du secteur manufacturier, les baisses de charges semblent fortement corrélés avec la création / le maintien d’emplois ainsi que la hausse de la valeur ajoutée, l’analyse ne permet pas de mettre en évidence un effet positif sur la compétitivité internationale. Alors que coût du travail et performance à l’exportation sont fortement négativement corrélées, et que certains travaux soulignent la réactivité des prix et valeurs exportées aux variations de certains coûts de production, ce rapport ne permet pas de mettre à jour de corrélation entre une source particulière de variation de coût du travail (les exonérations de cotisations sociales) et la compétitivité internationale ».

- Rapport CAE : Baisses des charges, stop ou encore janvier 2019

« Face au double problème d’un chômage élevé, concentré sur les personnes moins qualifiées, et de pertes de parts de marché dans le commerce, la France a eu un recours de plus en plus massif aux allègements de cotisations sociales afin de baisser son coût du travail. Ces politiques sont-elles efficaces ? Dans cette Note du CAE, Yannick L’Horty, Philippe Martin et Thierry Mayer mobilisent les évaluations existantes et de nouveaux travaux conduits pour cette Note pour confirmer l’impact positif sur l’emploi des baisses de charges quand celles-ci sont ciblées sur les salaires inférieurs à 1,6 SMIC. En revanche, les baisses de charges, même celles ciblées sur les salaires plus élevés qui affectent plus directement les entreprises exportatrices et qui étaient en grande partie motivées par un objectif de compétitivité, ont peu d’effets positifs sur les exportations. »

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