TINTIN et le premier cercle des fortunes disparues

Tintin en Kangoo © DumbaDonf
Tintin en Kangoo © DumbaDonf

Quand je pense à mon enfance, et que je revois dans mes souvenirs les albums de TINTIN qui trônaient bien rangés sur l’étage supérieur de la bibliothèque paternelle, je ne peux m’empêcher de faire certains rapprochements avec l’actualité des « affaires ».

Le symbole était fort. Hors de question de mettre entre toutes les mains :

- Les cigares du Pharaon

- L’île noire

- l’Affaire Tournesol

- Les bijoux de la Castafiore…

Lire un album de TINTIN, ça se méritait, et le fait de les rendre physiquement inaccessibles aux plus petits, relevait d’une symbolique frustrante. Il fallait grandir, devenir raisonnable et surtout soigneux pour mériter l’accès à la lecture des aventures du célèbre héros reporter d’Hergé.

« Tintin en Sarkozie »… On pourrait faire au moins quatre albums, avec des similitudes dans les scenarii :

- Les disparus de Cesar

- Bettencourt mon amour

- Erreur de calcul de la Police

- Les tableaux dans le décor

Et rendre une fois encore leur " accès difficile aux plus petits "… ?

Les personnages principaux des quatre albums sont membres d’une organisation quasi secrète « Le premier cercle », qui a pour vocation de financer l’Union pour le Mouvement Ploutocrate.

On apprend également que le trésorier du Mouvement décore régulièrement ses amis de la légion « donneur », alors qu’il cumule la fonction de Ministre du Budget. La « légion donneur » comme son nom l’indique récompense les plus forts contributeurs au financement du Mouvement.

Pour simplifier nous appellerons alors le Ministre-trésorier cumulard « Ministre du Trésor » en référence à la confusion des genres qu’il provoque, du fait du cumul de ses fonctions de Ministre normalement garant de l’intérêt général et de sa proximité affichée avec les « gestionnaires de fortunes » et autres puissants aux intérêts si « particuliers ».

Dans trois des albums, l’intrigue concerne un litige sur la succession des fortunes :

Une fille craint pour sa mère, dont elle pense qu’elle serait victime d’un abus de faiblesse (« Bettencourt mon amour », édité en Juin 2010). Partant d’un différend privé, l’affaire se complique lorsqu’un majordome enregistre en secret des conversations privées entre la mère et son gestionnaire de fortune. On apprend notamment que la femme du Ministre du Trésor a justement été embauchée par le gestionnaire de fortune en question lequel fut décoré de la désormais célèbre « légion donneur » reçue des mains mêmes du « Ministre du Trésor ».

Plus complexe encore sera l’intrigue proposée au lecteur du prochain album en préparation « les tableaux dans le décor ».

Depuis 2001, le fils d’un richissime défunt s'oppose à la veuve de son père. D'abord en compagnie de son frère, décédé en 2008, puis des ayants-droit de celui-ci. La veuve accuse alors ses beaux-enfants de l'avoir écartée de la succession en lui faisant croire que son défunt époux, couvert de dettes contractées lors de son vivant, lui ferait risquer la ruine.

Le fils est membre du premier cercle de l'Union pour un Mouvement Ploutocrate, ami du Ministre du Trésor… A nouveau celui-ci a reçu la « légion donneur » du même Ministre du Trésor.

Similitude de scénario encore dans « les disparus de Cesar » édité très récemment en Août 2010.

A la mort d’un richissime sculpteur de renommée internationale,sa veuve Rosine, sa fille Anna et sa maîtresse Stéphanie doivent se partager les 800 œuvres réalisées par l’artiste. Mais il apparaît rapidement que des œuvres manquent à l’inventaire… le fisc concluant à des insuffisances de déclaration engage alors de lourds redressements fiscaux.

La femme et la fille portent plainte contre X lorsqu’elles apprennent les « disparitions » signalées par le fisc. La maîtresse sera innocentée, dans un premier temps soupçonnée d’avoir dissimuler environ 200 oeuvres. Là encore l’exécuteur testamentaire de la succession, membre du premier cercle de l’Union pour le Mouvement Ploutocrate sera élevé au rang de commandeur de la « Legion donneur » par le Ministre du Trésor…

 

Exception qui confirme la règle, dans « Erreur de calcul de la Police », il ne s’agit pas d’un litige de succession :

Suite à un cambriolage, un riche industriel du secteur de la construction automobile aurait dans un premier temps déclaré 500 000 euros de vol de lingots d’or au Commissariat de Police. Mais en fait, il s’agissait de 150 000 euros, davantage en conformité avec ses déclarations au fisc, le différentiel de 350 000 euros s’expliquant par « une erreur de calcul de la Police ». C’est un peu gros, je trouve, le scénario est un peu faible et on cherche à nous faire avaler quelque chose de vraiment peu crédible, sauf à considérer que les calculettes utilisées par les policiers étaient tellement usagées qu’à force d’appuyer sur les touches, les chiffres n’étaient plus trop lisibles… Mais une erreur de saisie est si vite arrivée ! Passons…

Car là où ça se complique, c’est que l’ex-épouse de l’industriel en question, en instance de divorce au moment des faits assure avoir remis à son mari la clé du coffre « quelques semaines avant le cambriolage »…et que le coffre ne contenait que des bijoux... Bah alors ça alors ! D’où viennent donc les lingots d'or volés qui n'étaient pas dans le coffre ?

Ah oui j’oubliais, curieux hasard au regard des affaires précédentes : vous allez croire que l'auteur de cette série d'albums de TINTIN manque sérieusement d'imagination, car là encore l’industriel en question est membre du premier cercle de l’Union pour le Mouvement Ploutocrate qui a reçu la « légion donneur » des mains du Ministre du Trésor…

Etonnant, non ?

Mais ce qui retient mon attention, en pensant aux quatre albums des nouvelles aventures de « Tintin en Sarkozie » c’est le montant impressionnant que représenterait la somme des fortunes disparues… Un véritable trésor ! Car tout de même, nous avons :

- 280 millions d’euros transférés des comptes français de la mère Bettencourt chez UBS Genève. (Bettencourt mon amour)

- Une île aux Seychelles dissimulée au fisc dont le prix payé semble dix fois supérieur aux estimations d’un professionnel… (Bettencourt mon amour)

- Un élevage de pur-sang (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de Bonnard (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de Courbet (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de David (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de Fragonard (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de Marquet (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de Picasso (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de Quentin de la Tour (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de Nattier (les tableaux dans le décor)

- Des tableaux de Oudry (les tableaux dans le décor)

- Des titres de propriété (les tableaux dans le décor)

- 200 œuvres de Cesar (les disparus de Cesar)

- 350 000 euros de lingotsd’or (erreur de calcul de la Police)

Un véritable « trésor » ? Mais géré par qui ?

Epilogue :

Le "Ministre du Trésor" bien avant la révélation des affaires a changé de Ministère…

Il est à présent Ministre du Travail, et prépare « la réussite d’une réforme juste » du régime des retraites par répartition. A ce jour on ne sait toujours pas ce qu’il est advenu des fortunes disparues…ni de leur "régime de répartition"... entre des bénéficiaires demeurés encore inconnus.

 

 

 

 

 

 

 

 

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