DSK 2011, BOULIN 1979. Fantasmes ou réalité ?

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SARKOZY ami du chef de la Police New-yorkaise SARKOZY ami du chef de la Police New-yorkaise

Le journaliste américain Leonard Levitt vient de dégoupiller une grenade médiatique, en mettant au grand jour les relations privilégiées qu'entretiennent le chef de la Police New-Yorkaise et le Président de la République française.

Spécialiste du milieu policier local, Leonard Levitt s'interroge sur l'origine des fuites orchestrées dans la presse s'agissant des résultats des tests ADN du présumé innocent Strauss-Kahn. Ray Kelly a-t-il participé à un "DSKleaks" organisé, planifié, mettant de fait en mauvaise posture le présumé innocent devant l'opinion, et donc par ricochet les futurs jurés d'un procès annoncé ? Et qui serait le cerveau de ce plan machiavélique ? En clair, à qui profiterait le crime ?

Le "feu nucléaire" promis à l'ex futur candidat non déclaré aux primaires socialistes, a déjà provoqué une réaction en chaîne dans la classe politique française et au-delà dans la société toute entière :

La condamnation des propos malheureux de Jack Lang, Jean-François Kahn ou Bernard Henri Levy, ceux de la buvette de l'Assemblée Nationale où l'on se cache désormais pour raconter ses blagues salaces, jusque dans les entreprises où les comportements machistes et autres harcèlements sont monnaies courantes, le tabou social de la violence faite aux femmes a surgi comme une paire de giffles en réplique à une main aux fesses indécente. C'est probablement un bien pour un mal. Dont acte.

Mais tout cela coïncide et contraste étrangement avec le timing d'une annonce de paternité prochaine :

D'un côté le scandale sexuel, le stupre et les traces de liquide séminal relevées sur le col de chemise d'une femme de chambre qui dégoulinent jusque dans les pages des journaux du monde entier, de l'autre des photos autorisées sur papier glacé, d'un ventre arrondi de la première dame de France, sous-entendant une heureuse paternité responsable qui s'annonce... "Entrevue" contre "Jours de France" en quelque sorte.

Conclusion : un concurrent évincé, une amorce de remontée dans les sondages.

Des "affaires de moeurs" sortent donc, d'un Georges Tron, Villepiniste podophile jusqu'au Ministre pédophile anonyme dénoncé par un Luc Ferry, mal inspiré dans le rôle du donneur de leçon "qui sait tout mais ne dira rien parce qu'il n'a pas de preuve". On sait déjà que le philosophe moralisateur a trouvé un nouveau slogan pour la campagne du probable candidat à sa succession : "Glander plus, pour gagner plus", à moins qu'il ne s'agit là d'une nouvelle maxime philosophique enseignée par correspondance dans les amphis vides de l'Université Paris-VII.

"La gauche a déjà perdu la bataille de la morale" dit-on sous les lambris élyséens en voix off...

Par nature, les donneurs de leçons sont toujours suspects, car ils savent que pour cacher leurs propres turpitudes, il faut braquer les projecteurs sur celles d'autrui, les grossir, voire les déformer et prendre l'opinion à témoin.

J'en viens à ma comparaison, entre l'affaire DSK et l'affaire BOULIN.

J'y trouve des points de similitude étranges, pour le moins intrigants.

1) Tout d'abord, la situation politique. Deux hommes à abattre à quelques mois d'une élection majeure :

Fin 1979, à quelques mois de la présidentielle de 1981, Robert BOULIN était pressenti comme le futur Premier Ministre de Valéry Giscard d'Estaing, qui allait procéder à un remaniement afin de négocier la dernière ligne droite politique avant l'élection. Populaire, homme de dossiers loyal et compétent, le Ministre à la longévité record était l'atout maître dans le jeu giscardien contre les missiles tirés par le RPR. En outre, la fibre sociale-démocrate du député de Gironde, n'était pas pour déplaire aux syndicats alors que la désindustrialisation de la filière sidérurgique s'amorçait. Rue de Lille, ce gaulliste social comptait de nombreux ennemis. Giscard a probablement perdu une bonne partie de ses chances d'être réélu pendant la nuit du 29 au 30 Octobre 1979.

En ce 14 mai 2011, à quelques semaines de la fin des dépots des candidatures aux primaires socialistes, le Directeur du FMI était donné comme large vainqueur de la Présidentielle de 2012. Critiqué par la gauche de la gauche pour sa gestion de la crise financière, mais reconnu au plan international comme l'homme de la situation, les media et les instituts de sondage en avaient fait leur champion. Donné vaincu dans tous les cas de figure, englué dans les abîmes de l'impopularité, le Président futur candidat putatif pourtant affichait peu avant le séisme de Time Square son optimisme : "Cette élection, je la sens bien..."

2) Toucher les points faibles : Un sens de l'honneur scrupuleux pour l'un, une addiction au sexe pour l'autre.

La longévité de la carrière de Robert BOULIN s'explique par sa compétence reconnue par ses pairs, son acharnement à la tâche et surtout un sens de l'honneur scrupuleux. Non seulement lui importait-il de gérer au mieux les affaires de l'Etat, mais l'idée de se servir de sa position pour abuser du bien public, voire d'en tirer avantage lors de négociation de contrats commerciaux d'Etat le mettait hors de lui. Jean-Yves Haberer, alors jeune collaborateur du Ministre en sera le témoin au terme du contrat EURODIF négocié avec les iraniens.

Aussi Robert BOULIN avait-il constitué des dossiers relatifs au financement des partis politiques, son passage au Ministère de l'Economie et des Finances lui ayant été de ce point de vue profitable. Puisque l'homme était intègre et attaché à son honneur, alors il faudrait le salir, entacher sa réputation par une affaire montée de toutes pièces. Trente-deux ans plus tard, chacun peut savoir s'il s'en donne la peine, que "l'affaire de Ramatuelle" dans laquelle était injustement impliqué Robert BOULIN, n'en était pas une. Qu'il ne s'était rendu coupable d'aucun fait répréhensible devant la Loi. Le mal était fait, certains avaient pris soin de balancer à la presse des "biscuits" empoisonnés repris notamment par un canard déchaîné.

Touché dans son honneur, il décida de répliquer, de "sortir ses dossiers". Mais il a trop parlé, une semaine trop tôt, et ce lui fut fatal.

On ne peut que s'étonner de la curieuse accumulation de boules puantes associée à l'acronyme DSK. Voila donc un homme qui en l'espace d'une semaine, roule en "Porsche tranquille", s'habille chez un tailleur de costumes à 35 000 dollars (il semblerait que cela soit faux), et séquestrerait, agresserait et violerait une femme de chambre dans une suite au Sofitel de Time Square. Ajoutez à cela, une aventure extra-conjugale consentie avec une collaboratrice du FMI, une réputation de "séducteur" au mieux, de "dragueur lourdingue" au pire, quelques fréquentations rendues publiques de clubs échangistes (cela relève de la vie privée me semble-t-il) des propos datant de 2008 tirés hors contexte d'une députée socialiste qui se serait "arrangée pour ne pas se retrouver seule dans une pièce avec lui" sonnant du coup comme un précédent méthodologique (qui n'aura pourtant pas eu lieu) de la séquestration supposée dans la suite 2806 et les propos graves (pourtant tenus sur le ton de la légèreté) lors d'une émission de télévision d'une jeune journaliste qui n'a cependant jamais porté plainte. Et pour cause ! Elle aurait ruiné sa carrière... et gêné celle de sa mère, conseillère générale socialiste.

Là encore le mal est fait. D'une part il y a loin de la coupe aux lèvres entre un dragueur collectionneur de conquêtes, fut-il victime d'une addiction au sexe relevant d'une pathologie chronique, et un agresseur, voire un violeur. D'autre part, quand bien même les faits qui lui sont reprochés se révéleraient sans fondement, le doute subsistera, et la conviction qu'auront certains d'un arrangement financier pour échapper à la prison ajoutera le déshonneur au déshonneur, sans parler d'une perte totale du respect de la vie privée.

En filigrane, même blanchi de l'affaire du Sofitel le message que l'on veut faire passer dans l'opinion est :

"Vous ne confieriez tout de même pas la conduite des affaires du pays à un pervers sexuel ?".

3) Des témoins protégés.

Dans l'affaire BOULIN, plusieurs hommes clé n'ont jamais parlé, voire été activement poursuivis. D'autres n'ont jamais été sollicités comme témoins par la Justice. Et pourtant :

Henri TOURNET, le promoteur véreux de l'affaire de Ramatuelle impliquant à tort le Ministre BOULIN coulait des jours heureux, après une première audition par le juge CORNELOUP en 1987 à Ibiza. En exil depuis sa villa de Santiago du Chili, celui que l'on trouvait facilement dans le bottin chilien, camarade de régiment de Jacques FOCCART expliquera bien des années plus tard devant les caméras de Canal Plus, que son ami "n'avait pas l'intention de lui envoyer des tueurs". Ce témoin au centre de la pseudo affaire de Ramatuelle avait rendu service, en apportant l'instrument du mobile à l'apparent "suicide" du Ministre. Sa condamnation en France pour escroquerie était sa meilleure assurance-vie, personne ne souhaitant son retour en France "pour remuer toute cette m...." comme on avait pris soin de lui confirmer à l'ambassade de France...

Un autre témoin capital dans l'affaire BOULIN n'a pas parlé. Nous y reviendrons plus loin.

La femme de chambre du Sofitel est tenue au secret, protégée par le Procureur Cyrus Vance Jr, personne ne sait où elle réside.

Comme d'aucun ont répandu que le puissant directeur du FMI aurait pu chercher à fuir lors de l'après midi du 14 mai, (ce qui est à présent connu comme faux), on cherche à répandre dans l'opinion sa volonté supposée de suborner des témoins, voire d'obtenir de son accusatrice le retrait de sa plainte, contre fortes espèces sonnantes et trébuchantes, pourquoi pas même via l'entourage de ses avocats dont l'un a défendu par le passé, un chef de clan mafieux.

D'autre part, il semblerait que de nombreuses personnes, collègues de l'accusatrice aient été témoins indirects des faits rapportés par la femme de chambre. Dans ce cas, il est tout de même curieux de constater que seule l'information twittée quelques minutes après l'arrestation à JFK de DSK par un jeune militant UMP tenant ses sources directement d'un ami en stage au Sofitel ait transpercé cet épais mur du silence... depuis maintenant trois semaines. A moins que tout ce joli petit monde n'ait reçu des consignes, ou soit resté insensible aux sollicitations (tarifées ?) de certains media.

4) Plus troublant : d'inexplicables trous chronologiques.

l'Une des caractéristiques de l'affaire BOULIN permettant d'établir avec certitude que la thèse du suicide ne tient pas, réside dans le trou noir chronologique et les incohérences d'évènements survenus dans le temps. En effet, aujourd'hui nous savons que la mort du Ministre a été annoncée à sa veuve dès le 29 Octobre par Guy Aubert dès 20 heures. Le Premier Ministre Raymond Barre, le Ministre de l'Intérieur Christian Bonnet, et le Directeur de cabinet de Robert BOULIN, Yann Gaillard sont informés de la découverte du cadavre de Robert BOULIN entre 1h et 3h. Comment se fait-il alors que la découverte officielle du corps par les gendarmes soit horodatée à 8h40 à l'étang Rompu en forêt de Rambouillet ?

Un témoin capital, jeune conseiller technique à la sécurité, présent au Ministère de l'Intérieur cette nuit là n'a jamais été entendu par la Justice. Nous en reparlerons, une nouvelle fois, plus loin.

Même s'il est moins étendu, dans l'affaire DSK, il y aussi un "trou chronogique" qui mérite attention.

En effet, il s'est produit une heure entre le moment où la victime s'est plainte de l'agression, et le moment où la direction de l'hôtel a appelé la Police. Pourquoi tout ce temps ? Le témoignage n'était-il pas crédible ? La personnalité impliquée d'après les déclarations de la victime aurait-elle dissuadé la Direction du Sofitel de porter plainte ? Dans ce cas il n'est pas improbable qu'il y ait eu contact entre la Direction du Sofitel et le siège de Sofitel à Paris, la direction cherchant à se couvrir, craignant une sorte "d'incident diplomatique" avec un VIP en passe de se présenter aux primaires socialistes ?

Lorsqu'il y a un problème de sécurité avec un ressortissant français hébergé par Sofitel à l'étranger, quelle est la procédure suivie ? Et dans ce cas, le siège du groupe ACCOR n'a-t-il pas pu alerter le quai d'Orsay, qu'il y avait un "pépin" avec un VIP français aux USA ?

D'autre part, qui a informé depuis l'hôtel de Time Square le jeune militant UMP qui a twitté l'information un quart d'heure seulement après l'arrestation de DSK ? A quel moment précis a-t-il transmis cette information ? De qui la tenait-il ? Depuis combien de temps ?

Sans chercher à exonérer DSK de la responsabilité des faits qu'il aurait pu commettre, mais sans écarter pour autant l'hypothèse d'un piège tendu dans le cadre d'un complot connaissant son faible pour les femmes, il est plus que jamais nécessaire pour établir la vérité de répondre à ces questions essentielles.

 

5) Du jeune conseiller technique à la sécurité au Ministre de l'Intérieur : Claude GUEANT

Dans la nuit du 29 au 30 Octobre 1979, Claude GUEANT alors jeune conseiller technique à la sécurité était présent au Ministère de l'Intérieur. Placé aux premières loges, chargé d'alerter le Ministre BONNET et ses proches collaborateurs de la découverte du corps de Robert BOULIN il serait bien utile à la Justice de notre pays, d'entendre sa déposition pour expliquer, voire tenter d'expliquer comment on prévient ses supérieurs de la découverte d'un cadavre d'une personnalité entre 1h et 3 h du matin pour le redécouvrir officiellement à 8h40...

Trente deux ans plus tard, le même conseiller technique devenu Ministre de l'Intérieur a fait une belle carrière...

Questionné par Jean-Pierre ELKABBACH ce matin sur Europe 1, le Ministre a expliqué qu'il était "impossible" pour la Direction du Sofitel de consulter l'Elysée, Matignon ou la Place Beauveau... (Je remarque au passage que le journaliste n'a pas évoqué le Quai d'Orsay). Le Ministre a poursuivi en démentant avoir été contacté par la police américaine avant l'arrestation. NOTEZ BIEN :: "AVANT l'arrestation"... d'où l'importance de la chronologie évoquée plus haut, implicitement il reconnait donc bien avoir été contacté par la police américaine. Voici ses propos officiels :

"On n'a pas à donner de feu vert pour que la police américaine fasse son travail. On est aux Etats-Unis. La police, même en France, fait toujours son travail. S'il y a un crime ou un délit, s'il y a une plainte, elle n'attend pas un feu vert de l'éxecutif". Et le feu rouge ?

Il faut croire que l'affaire BOULIN est au feu rouge depuis trente deux ans.

 

 

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