Le «miracle économique» tunisien a fait long feu

Après ses visites au Maroc et en Algérie, Nicolas Sarkozy boucle à partir du lundi 28 avril à Tunis son tour d'horizon du Maghreb. « Que voulez-vous qu'on attende de lui ? interroge Abdeljelil Bédoui, professeur d'économie à l'université de Tunis, proche des milieux syndicalistes et altermondialistes. La Tunisie est trop pauvre pour s'offrir les produits de luxe, centrale nucléaire et TGV, que la France veut vendre.»

 

C'est un pays en difficulté que va visiter durant trois jours le président de la République. Derrière les indicateurs mis en avant par Tunis pour tenter de faire bonne figure, se cache une réalité économique bien loin de ce que certains observateurs européens qualifiaient encore, il y a quelques années, de « miracle tunisien ». « Le taux de croissance, 6%, demeure certes intéressant, affirme Abdeljelil Bédoui. Mais cette performance est le résultat d'un ensemble de dumpings dans tous les secteurs d'activité. Dumping fiscal, avec des exonérations de plus en plus importantes pour encourager le secteur privé, dumping monétaire aussi, avec la dégradation de la valeur du dinar, qu'on laisse filer pour favoriser les exportations. C'est uniquement à ce prix que la croissance du PIB se maintient à ce rythme. »

 

« En surface, on peut avoir l'impression que tout ne va pas si mal, concède de son côté Béatrice Hibou, auteur de La Force de l'obéissance, paru en 2008 aux éditions La Découverte. Le textile ne s'effondre pas comme on pouvait le craindre, les chiffres avancés par l'Etat ne sont pas mauvais. Le gouvernement vante l'émergence de nouvelles activités, autour des call-centers notamment. Mais les bas salaires de ce secteur nourrissent le prolétariat et non pas une nouvelle classe moyenne comme le prétend le pouvoir. En outre, c'est une économie dite "off shore", qui ne contribue que marginalement au développement structurel du pays. »

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