La crise que vit aujourd'hui notre pays est d'une gravité exceptionnelle : plus de 5 millions (et non pas 3 millions comme le prétendent les mensonges officiels) de chômeurs, un taux de travail précaire (CDD et intérim) en constante augmentation, plus de 9 millions de personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté. Devant cette réalité, une réponse : s'accrocher à l'idée qu'il faut revenir à un taux de croissance élevé.

Et si le postulat du retour à la croissance était faux ? Et si les taux de croissance élevée observés pendant les trente glorieuses étaient l'exception et non pas la règle ? En effet, la croissance des années 50 et 60 était portée par une "économie de reconstruction", après les dégats causés par la guerre. Aujourd'hui, nous sommes dans un marché de renouvellement et les conditions économiques ont bien changé.

En fait, le phénomène de stagnation visible aujourd'hui a été précédé d'une baisse constante depuis la fin des années 60 (voir graphique). Et le phénomène, loin de concerner seulement la France, touche tous les pays industrialisés, y compris ceux considérés comme les "meilleurs élèves" (Grande Bretagne, Etats-Unis, Allemagne...). Seuls les pays émergents enregistrent des taux de croissance élevés. Mais il s'agit d'une croissance de rattrapage (il est plus facile d'avoir des taux de croissance élevés lorsque l'on part de zéro). Et on peut, sans être devin, affirmer que ces taux de croissance s'éffondreront lorsque la population salariée se mettra à revendiquer sa juste part des richesses créées, lorsque ces pays, ayant achevé leur "mise à jour " technologique, deviendront eux aussi des marchés de renouvellement, si la donne n'est pas brutalement changée par une crise majeure, comme l'éclatement de la bulle immobilière qui menace aujourd'hui la Chine. 

Et puis il y a plusieurs raisons fondamentales, pour lesquelle le retour de la croissance n'est au mieux qu'une perspective de court-terme et au pire qu'une illusion : le caractère limité des facteurs sur lequel elle se fonde : l'énergie bon marché tire à sa fin, la surface des terres cultivables se réduit, les matières premières, dont la production ne peut pas suivre les "besoins" des économies, renchérissent dans des proportions inconnues jusqu'alors, les esclaves africains et asiatiques commencent à se révolter et le réchauffement climatique menace notre avenir. 

Les facteurs limitants à la croissance se multiplient et nous sommes aujourd'hui dans un processus décrit par la loi des rendements décroissants : pour gagner 1% de croissance, il va falloir injecter de plus en plus de moyens. Les négociations TAFTA,entre l'Europe et les Etats Unis, entrent d'ailleurs dans cette logique terrifiante par les  dispositions annexes qu'elles contiennent : dérégulation "tous azimuts" (santé publique, droit du travail, protection sociale, etc...) qui imposera partout la loi du moins-disant, sans que les états puissent s'y opposer et surtout une disposition permettant aux entreprises d'attaquer les états si elles estiment que leur politique entrave leur activité commerciale. Ce sera pour les pétroliers la possibilité d'attaquer l'état français s'il veut interdire l'exploitation des  gaz de schiste dans le parc du château de Versailles si on en trouve,  ou à Monsanto d'obtenir par voie de justice la possibilité de répandre partout ses saloperies. Et, dans ce domaine de l'absurde, la Commission Européenne non élue entend accélerer la mise en route de ces dispositions, au besoin contre l'avis de gouvernements élus.

Alors il devient urgent de changer de logiciel : comme l'écrit  Pierre Larouturou : " il est urgent d'arrêter les rustines et de construire un nouveau modèle avant que l'ancien ne s'effondre". Les mouvements associatifs et politiques qui proposent des solutions inédites ne manquent pas. La CGT a proposé un débat sur le coût du capital. Alors, si on débattait, pour enfin changer de logiciel ?  

 

 

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