Zéro pointé pour le terminal T4

Sur un territoire déjà tellement sollicité sur le plan environnemental, les approximations ne sont pas permises. Or, à tout point de vue, le dossier de l'aéroport T4 est un tel exemple d'amateurisme que, selon le rapport de l'autorité environnementale, il est impossible d'attribuer le moindre point positif au projet.

Déjà, les 160 citoyens tirés au sort dans le cadre de la convention pour le climat avaient émis un avis d'opposition à toute nouvelle extension aéroportuaire, basée sur l'affirmation toute capitaliste qu'il n'existe aucune limite à la croissance et que l'aviation civile connaîtrait un doublement du nombre de passagers dans les 20 prochaines années, nécessitant une capacité d'accueil en conséquence. Mais déjà dès 2019, ce postulat avait pris du plomb dans l'aile avec le "flygskam" suédois qui gagne progressivement d'autres pays et le mouvement autrichien stayonground calqué sur le même modèle; Tout cela n'a pas suffi pour que le projet d'extension du T4 soit déclaré obsolète et abandonné. L'autorité environnementale a rendu le 10 juillet  un rapport que Libération qualifie de "très critique" vis à vis du projet ; Le Monde est encore plus sévère car pour ce quotidien, le projet est "entièrement à revoir".

Le rapport définit d'abord quels sont les principaux enjeux environnementaux et constate que sur aucun de ces points, les réponses apportées par le projet ne sont satisfaisantes :
- Sur la réduction des risques sanitaires liées à la pollution sonore et chimique, l'autorité environnementale constate une évaluation incomplète des incidences du projet sur leur importance et donc sur la santé des riverains.
- Sur l'enjeu climatique, il est précisé que le dossier omet de prendre en compte "les impacts climatiques des émissions produites en phase croisière des vols", comme si les avions ne rejetaient pas de CO2 après le décollage et avant l’atterrissage (!!!). Cette omission permet de diviser par 10 l'estimation des gaz à effet de serre émis par l'aviation.  Le rapport ajoute encore que "le dossier n'apporte aucune assurance que les aéronefs accueillis sur la plateforme aéroportuaire seront bien modernisés dans les délais annoncés" ce qui remet d'autant plus en question la crédibilité du dossier concernant la décroissance des gaz à effet de serre que les données fournies par d'autres organismes sont beaucoup plus élevées.
- En ce qui concerne l'impact des déblais liés à la construction, plus de la moitié ne seront pas réutilisés et devront être évacués hors site, mais l'impact de leur transport n'est pas évalué. L'autorité environnementale précise que les déchets seront placés sous la responsabilité des entreprises chargées des travaux "qui devront renseigner un schéma d'organisation et de gestion des déchets". Mais cela paraît impossible, en l'absence de données quantitatives sur les différents types de déchets, "ce qui permettrait d'analyser la possibilité de les réemployer" et d'évaluer "les nuisances engendrées par leur transport".
- Le rapport de l'autorité environnementale s'intéresse également à la gestion des eaux pluviales et à la qualité des eaux de surface. Là encore, les mesures proposées s'avèrent très insuffisantes : "l'efficacité du traitement des eaux rejetées par la plateforme aéroportuaire ne paraît pas assurée. Par conséquent, l'absence d'incidences sur les milieux et sites Natura 2000 situés en aval hydraulique de la plateforme, indispensable à l'autorisation du projet, n'est pas démontré".

Ce que dit en filigrane ce rapport, c'est que, sur un territoire déjà tellement sollicité sur le plan environnemental, les approximations ne sont pas permises. Or, à tout point de vue, le dossier de l'aéroport T4 est un tel exemple d'amateurisme qu'il est impossible d'en retirer le moindre point positif en faveur du projet. Tous ces manques affectent gravement la crédibilité du SCoT d'ile de France et ajoutent une raison de plus au recours judiciaire porté par les associations contre celui-ci.

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