COVID 19 : le temps de la vaccination

L'innovation technologique a complètement changé la recherche vaccinale. Là où il fallait des décennies pour mettre au point ou non un vaccin, la recherche sur l'ARN messager a permis des résultats probants en quelques mois. Et la Grande-Bretagne ouvre le temps de la vaccination dès la semaine prochaine.

Les bonnes nouvelles se succèdent : après l'annonce, il y a une quinzaine de jours, de résultats partiels très encourageants du laboratoire Pfizer (protection à 95% dans le groupe ayant reçu le vaccin), c'est, quelques jours après, Moderna qui surenchérit avec des résultats temporaires à 95%; Il y a peu, Pfizer communiquait sur les résultats définitifs de la phase 3, avec aussi 95% de protection.

Nous avons déjà mentionné que les deux vaccins sont du même type (à ARN messager), une nouvelle technologie qui se révèle très prometteuse. Le nom même de Moderna (modified RNA) est une référence à cette approche nouvelle. Le journal Le Monde publie une longue historique sur trois pages de ce nouveau procédé de vaccination. Celui-ci n'est pas sorti soudainement des cartons, mais est expérimenté depuis le début des années 2000 dans des applications différentes. Ici, il faut citer un nom, celui de la hongroise Katalin Kariko émigrée en 1985 aux États-Unis, où elle a continué ses recherches à l'université de Pensylvanie, presque seule contre tous car personne ne la prenait au sérieux. Elle a commencé par administrer ses ARN messagers à des souris, pour constater que ces injections déclenchaient des problèmes épineux sous la forme d'une surréaction du système immunitaire provoquant de sévères inflammations. Sur les vingt ARN modifiés qu'elle choisit de tester, "deux d'entre eux se sont révélées vraiment efficaces", se rappelle Drew Weissman, son plus proche collaborateur. De surcroit, les ARN testés se révèlent produire 10 fois plus de protéines que les ARN naturels. Pourtant, si les ARN modifiés peuvent tromper le système immunologique, il n'en est pas de même avec les enzymes dédiés à leur destruction et la chercheuse surmonte cet obstacle en enrobant leurs molécules dans des particules lipidiques électriquement chargées, qui ne se dissolvent qu'après l'entrée dans la cellule. Ces résultats sont publiés en 2015.

A partir de ce moment vont se multiplier les contacts avec les entreprises pharmaceutiques.  A côté des géants du pharmaceutique se développent des Start-up comme Moderna ou BioNtech, qui travaillent sur des applications telles que la fabrication par l'organisme de protéines thérapeutiques contre le cancer. La suite, on la connaît : l'arrivée du COVID19 oriente les laboratoires vers la fabrication de vaccins et Pfizer collabore avec l'allemand BioNtech. Ainsi, d'une intuition géniale et d'un travail acharné est issue un procédé de vaccination porteur de potentialités élevées. Car, au delà de la pandémie actuelle, cette nouvelle approche vaccinale pourrait recevoir d'autres applications : la saga du HIV avait mis en évidence d'incontestables progrès de la recherche médicale, mais celle-ci avait jusqu'à maintenant buté sur la mise au point d'un vaccin. Il s'agit également de renouveler des pratiques vaccinales aujourd'hui obsolètes (BCG) ou même en développer de nouvelles contre des maladies meurtrières (paludisme). C'est donc un immense champ de possibilités qui s'ouvre, ce qui fait fait de Katalin Kariko une candidate sérieuse au prix Nobel de médecine.

Mais revenons au présent : un infectiologue de la Pitié-Salpétrière tempère les nouvelles positives, en jugeant prématuré l'enthousiasme qu'elles suscitent, Il cite l'exemple du Remdesivir, dont l'efficacité, annoncée en grand renfort de communiqués de presse, a finalement été démentie par les études indépendantes. Dans le cas du vaccin, il juge que "les 90% d'efficacité veut seulement dire que 90% des gens qui ont contracté le virus appartenaient au groupe placebo, sans que nous sachions si l'exposition a été la même entre les deux groupes". Mais c'est là invoquer un biais statistique bien improbable sur une étude portant plus de 30000 cas, où la répartition entre les deux groupes a été faite par tirage au sort.

C'est donc aux agences de santé qui délivrent les autorisations de mise sur le marché de trancher, au vu des dossiers communiqués par les laboratoires. L'une d'entre elles - celle de Grande Bretagne - a déjà homologué le vaccin de Pfizer pour une campagne de vaccinations de masse qui débutera dès la semaine prochaine. Celle de l'Allemagne est programmée pour dans trois semaines. Le plan de vaccination est similaire à celui annoncé en France : en priorité les résidents des maisons de retraite, dans le but affirmé de soulager les hôpitaux d'un afflux de personnes vulnérables ; ensuite les personnels soignants ; puis les personnes à risques - de plus de 60 ans ou atteints de maladies chroniques - enfin, l'ensemble de la population.

A la question : "faut-il ou non se faire vacciner", 59% des français répondent encore non. Il y a en France une opposition qui s'est déjà traduite lors de l'extension des vaccinations obligatoires, mais, comme le dit l'infectiologue cité plus haut : "les deux interventions humaines qui ont fait baisser significativement la mortalité à partir du 20ème siècle sont l'hygiène et la vaccination". La raison de la défiance peut être cette guerre des communiqués évoquée plus haut et l’État a raison de préférer convaincre plutôt que d'imposer. En ce qui concerne l'efficacité des vaccinations, de multiples arguments avaient déjà été exposés dans ce blog. Il y a, bien sur, la question de la mise au point de la technique utilisée, mais l'historique cité plus haut démontre que les vaccins à ARN ne sont pas une technologie sortie de nulle part, mais qu'elles ont déjà fait l'objet de nombreuses études pour en atténuer les effets secondaires, peu importants et bénins dans les résultats annoncés par les laboratoires. La question est une mise en comparaison des risques que fait courir la maladie avec ceux de la vaccination. Chacun tranchera à sa façon, mais en ce qui concerne le médecin que je suis, c'est déjà fait : dès que mon tour sera venu, je me ferai vacciner.

 

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