A propos d'un article sur les vaccins à ARN : réponse aux commentaires

Les vaccins à ARN messager constituent une incontestable innovation, comme le décrit un article récent de Médiapart. Mais ce sont les partis pris exprimés dans certains des 309 commentaires qui interpellent !

L'article de Médiapart, signé par Lise Barnéoud, explique de façon très documentée et très claire que les vaccins à ARN sont une innovation en termes de lutte contre les maladies virales, qui ont toujours été le point faible de la pratique médicale. Il n'est pas besoin de le commenter, il suffit de le lire. Ce qui, par contre, interpelle, c'est le niveau consternant des idées toutes faites de certains commentaires attachés à cet article : il y a ceux de caractère idéologique : les laboratoires fonctionnant sur le modèle "capitaliste" seraient des "mafieux", auxquels il ne faut accorder aucune confiance et encore moins à leurs vaccins. Si cela s'est, hélas, vérifié pour le modèle Monsanto, on ne peut rejeter en bloc des innovations (dont les vaccins font partie) qui ont fait passer, en trois siècles, l'espérance de vie de moins de 40 ans à près de 80 ans. Ou alors, comme le fait judicieusement remarquer un des commentateurs, il faut pousser la logique jusqu'au bout et renoncer à tout traitement médicamenteux, car les laboratoires qui les fabriquent seraient, eux aussi, des "laboratoires mafieux" !

Il y a ceux qui voient un complotiste sous chaque caillou et il y a ceux qui trouvent commode de faire parler les morts. Selon l'un d'eux, Pasteur lui-même doit se retourner dans sa tombe quand il voit toutes les déviances de la recherche vaccinale : en effet ! Pasteur a administré les premiers vaccins contre la rage en inoculant de façon répétée à ses patients de la moelle de lapin. Il aurait pu ainsi provoquer un choc anaphylactique (phénomène inconnu à son époque), ce qui lui aurait été d'autant plus reproché qu'il n'était pas médecin ! Aussi, si, de là où il est, il considère les précautions prises aujourd'hui dans la mise au point d'un vaccin, il doit surement se retourner dans sa tombe !!!

Les commentaires les plus ineptes viennent, hélas, de certains médecins, dont la spécialité fait parfois se demander quelle autorité ils ont en la matière : ainsi un certain psychiatre du nom de Frédéric Badel, dans une publication qualifiée de "remarquable" par son commentateur, écrit que "vacciner contre un virus qui expose au décès moins de 0,5 % des personnes infectées, l'âge médian des victimes étant de 84 ans, vacciner contre un virus qui, de surcroît, est régi comme ce type de virus par la règle de la mutation (plusieurs sont déjà détectées), n’est pas rationnel". L'article de Wikipedia consacré aux coronavirus fait état, au 8 décembre 2020, d'1,55 million de décès pour 68 millions de cas détectés, ce qui porte la létalité de l'infection à 2,3%. Mais quel que soit le chiffre retenu, le discours du docteur Badel oublie tout simplement qu'il n'est resté aussi bas que grâce à une mobilisation sans précédent des moyens médicaux et, en particulier, des moyens de réanimation. Quant à l'idée qu'il faudrait abandonner toute tentative vaccinale sous prétexte que le virus est mutant, il est toujours possible, une fois la technologie maîtrisée, d'adapter le vaccin à toutes les nouvelles données fournies par la science : le vaccin contre la grippe, adapté tous les ans aux nouvelles souches, n'en est-il pas lui-même l'exemple ?
On peut aussi être infectiologue et totalement ignorant en biologie cellulaire : ainsi, le professeur Christian Peronne qui assimile les vaccins à ARN messager à une thérapie génique qui ne s'avoue pas : selon lui, l'ARN messager codant pour fabriquer le spicule du COVID19 pourrait être retranscrit en ADN par la machinerie de la cellule infectée et s'intégrer au génome de la cellule. Or, pour que cela soit possible, il faut l'intervention d'un enzyme spécifique du virus, la transcriptase réverse et seuls les virus possédant celle-ci, comme, par exemple, celui du HIV, peuvent réaliser l'opération. Or les COVID ne sont pas des virus à transcriptase réverse. Mais l'éminent professeur justifie son propos par une autre ineptie : selon lui, les virus endogènes (intégrés au génome de la cellule réceptrice au cours de l'évolution) seraient capables de rétrotranscrire l'ARN en ADN. Ce qu'un spécialiste de l'ARN messager estime extrêmement improbable, pour ne pas dire impossible.

Parmi les points pertinents dans toute cette masse de commentaires, on peut en citer deux : les interrogations sur la durée de l'immunité conférée par le vaccin, inconnue par manque de recul et l'idée qu'un sujet vacciné pourrait rester contagieux et transmettre le virus. Sur ce dernier point, qu'il soit permis de donner une opinion personnelle : la vaccination aura pour premier effet de protéger le récipiendaire en empêchant l'entrée du matériel viral dans les cellules et donc la reproduction du virus. La charge virale diminuera très rapidement et, avec elle, la probabilité de transmettre la maladie. Alors oui, de l'humble avis de l'auteur de cet article, la vaccination empêchera la diffusion de la maladie.

 

 

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