Honneur à Carola Rackete, "capitaine courage"

Il y a des hommes et des femmes qui n'hésitent pas à faire ce qu'ils pensent être juste malgré les risques qu'ils encourent. C'est le cas de Carola Rackete, capitaine du navire d'assistance aux migrants Sea Watch, qui s'est attiré les foudres des autorités italiennes en forçant l'entrée du port de Lampedusa pour débarquer des migrants en danger de mort.

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Un livre allemand de Peter Schneider (und wenn wir nur eine Stunde gewinnen) évoque les justes de Berlin, ceux qui n'ont pas hésité, pendant la guerre, à aider les juifs qui avaient choisi la clandestinité, malgré les risques qui en résultaient. A côté du pasteur protestant Harald Poelschau, qui a sa rue à Berlin et son arbre dans l'allée des justes de Tel Aviv, il y a des figures moins connues, comme celle de la jeune actrice Ursula Meissner : le livre de Peter Schneider relate qu'après la guerre, on lui a demandé pourquoi elle avait pris tant de risques pour aider ces clandestins juifs qu'elle ne connaissait pas. Elle a alors répondu : "Si je ne l'avais pas fait, je ne pourrais plus me regarder dans une glace".

Nous découvrons ainsi qu'il y a des personnes qui sont prêtes à risquer leur liberté ou leur vie seulement pour pouvoir encore se regarder dans une glace. Sophie Scholl, héroïne de la Rose Blanche exécutée en 1943 pour être restée jusqu'au bout solidaire de son frère Hans, en est un autre exemple. Ces personnes sont l'honneur de l'Humanité !

Il est réjouissant de voir qu'une telle démarche du cœur et de l'esprit n'est pas l'exclusivité des temps de guerre : la capitaine allemande Carola Rackete est aujourd'hui assignée à résidence en Italie pour avoir forcé le blocus du port de Lampedusa et débarqué des migrants que les atermoiements des autorités italiennes avaient obligés a poireauter 17 jours en mer sans qu'une décision soit prise à leur égard. Leur situation devenait une urgence sanitaire et la capitaine Rackete a fait ce qu'elle pensait juste, sachant qu'elle risquait d'être arrêtée, jugée et condamnée à une lourde peine de prison. De fait, Matteo Salvini l'accuse, avec un parti pris évident, d'aide à l'immigration clandestine et qualifie "d'acte de guerre" une prétendue tentative d'écraser la vedette qui lui avait barré le passage. Excusez du peu !

L'action de Carola Rackete, qu'un blogueur de Médiapart décrit comme une "Antigone contemporaine", n'a laissé personne indifférent, provoquant chez les uns un concert de louanges et chez les autres un tombereau d'insultes nauséabondes déversées sur la tête de la capitaine. Nous ne dirons rien de ces dernières, qui déshonorent beaucoup plus celui qui les profère que celle qui en est victime. D'ailleurs, l’impressionnant  parcours de la capitaine, détaillé par le Monde du 3 juillet, suffit à lui seul à démontrer la qualité de cette jeune femme. A ce curiculum vitae, elle pourra ajouter l'humanité et le courage.

L'affaire Carola Rackete devrait tous nous interpeller : d"abord les autorités italiennes pour leur monstrueuse inhumanité, mais également l'Union Européenne qui a agi très mollement dans cette affaire. Mais aussi l'ensemble des pays d'Europe, qui ne sont capables ni de manifester une solidarité envers les pays que leur situation géographique place en première ligne (Italie, mais aussi Grèce et Espagne) ni de définir une politique qui permettrait d'accueillir dans la dignité ces malheureux qui fuient la misère ou la guerre. Sans oublier les citoyens que nous sommes, qui pratiquent volontiers la politique des trois singes devant les problèmes d'immigration.

C'est pourquoi le minimum que nous puissions faire, c'est de participer nombreux aux actions de soutien à Carola Rackete. Aussi, toutes tendances politiques confondues, signons les pétitions  et participons aux rassemblement de soutien, comme celui qui doit se dérouler le 3 juillet à 18 heures place Stalingrad.

 

 

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