A deux jours des élections, Trump peut-il encore gagner ?

Le Monde titre "Comment Trump peut encore gagner" et le Parisien "Trump à deux pas du vide". Quelles sont les chances (ou plutôt les malchances !) que l'actuel président soit reconduit et quelles seront les conséquences, pour lui et pour le pays, du résultat obtenu à l'issue du scrutin ?

Pour l'Huffington post, il est vital pour Trump de gagner car, en cas de défaite, la batterie de cuisine qu'il traîne derrière lui pourrait bien l'amener directement en prison. Mais le journal nous apprend également que s'il est réélu, il sera protégé pendant quatre ans, à la suite desquels bon nombre des faits seront prescrits. Car ce n'est pas comme en  France où le délai de prescription est suspendu pendant la durée de l'immunité présidentielle ! C'est dire qu'il s'accrochera comme un morpion pour rester à la Maison Blanche, même par  les moyens les plus inavouables !

Le Monde (29 octobre), sous le titre "Trump peut encore gagner", dresse un bilan de la campagne présidentielle : le scrutin ne laisse pas les américains indifférents, car la proportion des indécis (3%) n'a jamais été aussi faible et plus de 70 millions d'américains ont déjà voté par anticipation. Ce nombre est considérable et laisse augurer d'une participation record à ce scrutin. Les sondages donnent le président sortant perdant tant en nombre total de voix (mais on a vu plusieurs fois qu'un président minoritaire peut gagner par le jeu des grands électeurs) que dans une partie non-négligeable des "états-clés". Pour être réélu, Trump doit absolument gagner ceux qui avaient permis son élection en 2016 : il s'agit de la Floride (29 grands électeurs), de la Géorgie (16), de l'Ohio (18), de la Pensylvanie (20). Mais il faut aussi qu'il ne perde pas dans les états de la "Rust Belt qui ont basculé en sa faveur en 2016 : il s'agit du Michigan et de l'Arizona. Enfin, la Floride et l'Ohio ne sont pas acquis d'avance car il faut rappeler que dans ces deux états, Obama avait gagné en 2008 et 2012. C'est la raison pour laquelle Biden multiplie les meetings dans les états qui feront la décision.

La voie est donc étroite pour un deuxième mandat de Donald Trump et si, comme le dit le Monde, il peut encore gagner, cela ne peut être que par des procédés frauduleux ou antidémocratiques : Déjà, l'écrasante majorité qu'il possède à la cour suprême avec la désignation, à quelques semaines des élections, d'une de ses plus chaudes partisanes (dans la même situation, Barack Obama avait reporté jusqu'après les élections une nomination) pourrait lui donner l'avantage en cas de contestation sur un état.  Donald Trump mise aussi sur des annulations massives de votes par correspondance, qui impacteraient en majorité les votes démocrates ou sur la purge sélective des listes électorales pratiquée dans certains états républicains. Si ces manipulations étaient pratiquées à grande échelle, il y a bien un danger que Trump remporte l'élection.

Le dossier présenté par le Journal du dimanche (1er novembre) titre, à l'inverse du Monde, "Trump à deux pas du vide", mais peut-être ces deux pas qui le séparent d'une catastrophe électorale tiennent-ils effectivement aux moyens frauduleux par lesquels il peut faire tourner l'élection en sa faveur. Ce dossier de 10 pages inclut une cartographie électorale des états accompagnée d'une projection en nombre de grands électeurs : Joe Biden en aurait 278 (270 sont suffisants pour gagner) contre 125 pour Donald Trump et 135 encore indécis, ces grands électeurs venant de 7 états (Arizona, Texas, Floride, Géorgie, Caroline du Nord, Ohio, Iowa) que Trump doit absolument remporter. Le candidat démocrate est porté gagnant dan trois des états de la "Rust Belt" qui avaient fait défaut à  Hillary Clinton  : Pensylvanie, Michigan Wisconsin. Si la situation peut encore évoluer dans le premier de ces trois états où l'avance de Biden n'est que de 5 points, il est par contre improbable que Trump puisse gagner dans les deux autres (à eux deux, 29 grands électeurs) où son retard est de 9 points. Ce qui fait dire à un commentateur : "Donald Trump a encore une chance de gagner. Il aura besoin pour cela d'un alignement parfait des planètes, plus encore que la dernière fois".

Parmi les facteurs de cet alignement planétaire, il y a la mobilisation de l'électorat noir, pour lequel, dit un des intervenants du dossier, l'objectif est de se débarrasser de Trump". La mobilisation des afro-américains sera donc déterminante et c'est pourquoi les états républicains multiplient les obstacles à la participation des noirs. Il y a la perception de la santé économique qui sera celle du corps électoral américain et, sur ce point, pour Pascal Lamy, ancien directeur de l'OMC, "Trump a échoué sur toute la ligne". Mais on peut penser que les arguments géopolitiques qu'il développe passeront largement au dessus de la tête de l'électeur moyen et que celui-ci votera  uniquement en fonction de la perception qu'il a de sa propre situation. L'attachement au deuxième amendement sera-t-il déterminant ? On peut le penser dans un pays qui s'arme dans la perspective d'une élection de Biden. Enfin, la cour suprême, largement dominée par les républicains, désignera-t-elle le vainqueur, comme elle l'avait fait en 2000, au moment du duel Al Gore-George Bush, en refusant le recomptage de la Floride ? La juriste Anne Desyne nous dit "pas si simple" : "il y a plusieurs types de contentieux qui peuvent se présenter devant cet organisme. Si la juge Barrett devait voter dans un sens qui favorise le Président en place, cela porterait un coup fatal à la légitimité de la cour". Les juges qui la composent reculeraient-ils devant le discrédit qui serait le leur s'ils appuyaient systématiquement le candidat républicain ?

Mais même si, par le plus grand des malheurs, Trump était réélu, il ne serait pas tiré d'affaire pour autant : il échapperait peut-être, au moins dans l'immédiat, à la case prison, mais pas à une nouvelle procédure en destitution si les démocrates prenaient la majorité au sénat. Et la majorité républicaine y est de trois voix seulement. A moins que tout cela ne se termine par une deuxième guerre civile.

 

 

 

 

 

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