Sans papiers : un mouvement emblématique soutenu par la CGT

Il y a déjà eu les sans-papiers de Rungis qui, soutenus par la CGT, ont obtenu de leur employeur les documents CERFA dont ils ont besoin pour obtenir un permis de séjour. L'histoire se répète aujourd'hui avec les salariés de six entreprises employant des sans-papiers, dont l'entreprise GLS sur le site aéroportuaire de Roissy.

Etre "sans-papiers", c'est séjourner illégalement sur le territoire français. C'est donc ne pas pouvoir travailler pour une entreprise du privé ou du public. Pourtant, le mouvement des sans-papiers de Rungis l'année dernière, puis la grève actuelle de GLS à Roissy qui s'étend maintenant à cinq autres entreprises d'Ile de France,  a levé le voile sur une double transgression de la loi : celle de l'employeur et celle de l'employé.

Le journal Libération, par la parole d'une chargée d'études au Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés (Gisti), explique comment font ces derniers pour être embauchés : «Soit fabriquer ou utiliser des faux papiers, soit être embauché sous l’identité d’un tiers, soit travailler au noir.» Dans les faits, c’est la deuxième possibilité qui est la plus courante pour espérer obtenir des papiers. Il s’agit concrètement de «travailler en utilisant l’identité d’une autre personne, que l’employeur le sache ou qu’il l’ignore», dit Violaine Carrère. Et «très souvent, l’employeur le sait : on a déjà vu un restaurant qui avait embauché la même personne dans trois établissements, sous trois identités différentes».

Il y a dans la loi, des dispositions que l'on pourrait considérer comme contradictoires : bien qu'un étranger n'ayant pas de permis de séjour n'ait pas le droit de travailler en France, la loi, depuis 2007, a prévu la possibilité d'accéder à la régularisation si l'intéressé peut justifier d'un travail et c'est ce droit qu'a fait valoir la CGT lorsqu'elle a soutenu les salariés de Rungis contre leur employeur qui ne voulait pas leur délivrer le CERFA qui aurait permis leur régularisation. Car le premier arbitraire auquel est soumis le salarié sans-papiers en quête de régularisation, c'est celui de l'employeur : Marilyne Poulain, une des animatrices du collectif sans-papiers de la CGT, explique : "Des employeurs jouent le jeu de cette circulaire et d'autres non, parce qu'ils préfèrent maintenir une main-d’œuvre en situation de vulnérabilité dans l'entreprise. C'est pour cela que les salariés se sont organisés entre eux et sont venus nous voir"

C'est ce qui s'est passé chez GLS, qui emploie des intérimaires en majorité sub-sahariens. On assiste à un jeu de mistigri entre la boîte d'intérim et l'employeur effectif, qui cherchent à se refiler l'un à l'autre la patate chaude. On peut ajouter à cela les conditions déplorables dans lesquelles travaillent ces salariés : dans des hangars ouverts à tous les vents, ce qui a été particulièrement pénible dans la période de grand froid qui vient de se terminer. On a également signalé à la CGT l'état des toilettes dédiées à ces travailleurs, un baraquement provisoire dépourvu d'eau courante,confirmé par les photos prises par Pierre Laporte, maire adjoint de Tremblay en France. Des conditions offensantes pour la dignité de ces salariés, ainsi qu'une rémunération qui ne correspond nullement au nombre des heures travaillées. L'un d'eux nous précise : « les mois à 700 ou 800 euros alors que je travaille tous les jours, qu’on ne me paie qu’une partie des heures et que je dois me taire, parce que le patron sait que je travaille sous une autre identité ».

Donc c'est en toute connaissance de cause que les employeurs transgressent la loi et c'est pour éviter les sanctions dues à l'emploi de sans-papiers que  les entreprises ont massivement recours à des sociétés d'intérim. Et cela justifie les actions en faveur de ces sans-papiers : au rassemblement devant GLS, nous avons engagé la conversation avec un des gendarmes chargé de contrôler le mouvement. A son argument selon lequel toute personne séjournant sur le territoire français devait respecter la loi, y compris celle qui lui interdit d'être là, on peut opposer que l'entreprise qui l'embauche ne respecte pas non plus la loi et, tandis qu'il s'agit d'une question de survie pour le salarié, c'est une question de sordide cupidité de la part de l'employeur à qui cela ne pose aucun problème éthique d'employer cette main d’œuvre sous-payée.

Nous ne pouvons pas les accueillir, disait également ce gendarme. Ce n'est pas le cas de ces sans-papiers qui demandent leur régularisation, puisqu'ils ont trouvé un emploi et travaillent. Il faudrait plutôt dire : nous ne voulons pas les accueillir avec des conditions de travail et de vie humaines et dignes. Et là, c'est aux entreprises qui les embauchent d'assumer leurs responsabilités.

C'est pourquoi on s'étonne que Le Gouvernement, qui entend rompre avec la relative souplesse dont il a fait montre jusqu'à maintenant vis-à-vis du travail illégal des sans-papiers, menaçe de très lourdes sanctions les salariés travaillant sous une fausse identité. Car, pour aller jusqu'au bout de cette logique, il faudrait également arrêter de fermer les yeux sur certaines pratiques patronales et les sanctionner encore plus sévèrement. Il y a ici une politique de "deux poids deux mesures", à laquelle un syndicat digne de ce nom a le devoir de s'opposer.

 

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