Un premier mai inédit pour la CGT

A la suite des violences de ce dernier 1er mai contre la CGT, un ancien syndicaliste, devenu depuis militant associatif, donne son point de vue.

Au cours de la manifestation du 1er mai, les agressions antisyndicales se sont multipliées, principalement dirigées contre la CGT en fin de manifestation. Dans un communiqué, Philippe Martinez fait état de 21 blessés  dont quatre graves. Le service d'ordre du syndicat a été rapidement débordé et les images télévisuelles qui ont été diffusées le soir même montre clairement que cela s'est fait devant les forces de l'ordre qui n'ont pas réagi. Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT qui n'était pas dans le cortège, a condamné sans ambiguïté ces violences  qui concernent tout le mouvement syndical, dans les termes suivants : "c’est la démonstration d’une violence qui mine notre démocratie". [il s'agit entre autres de] "militants qui se disent antisystème, qui sont parfois de petits bourgeois qui veulent mettre à bas le système". "Ils considèrent que les organisations syndicales en font partie, alors qu’ils s'attaquent à des militants sincères qui manifestent, et c’est bien leur droit".

Ici, l'auteur de cet billet, qui, après s'être opposé de façon frontale aux dirigeants de son entreprise en tant que délégué syndical et secrétaire du CE,  a été un des responsables d'une Union Locale de la CGT pendant près de quinze ans, apporte son témoignage. L'accusation de "collaboration" est totalement insensée et le plus souvent lancée par des individus qui n'ont jamais mouillé leur chemise dans la défense des salariés et qui n'ont, par conséquent, aucune leçon à donner, surtout dans des termes aussi violents ! La CGT soutient des causes d'envergure nationale, à l'exemple de ses deux principaux chevaux de bataille qui sont l'égalité salariale entre les hommes et les femmes, ainsi que la défense et la régularisation des sans-papiers. Si, dans le premier de ces domaines, il y a encore beaucoup à faire, les résultats obtenus dans le deuxième sont conséquents, même s'il s'agit d'un combat qui se renouvèle sans arrêt. De façon beaucoup plus locale, le travail d'une Union Locale est de fédérer les différents syndicats et bases qui la composent, pour un soutien actif aux luttes menées dans les entreprises. Il y a aussi un travail en direction des personnes : nous avons souvent vu débarquer à notre Union Locale des salariés malmenés par leur hiérarchie, qui ne savaient plus à quel saint se vouer et se tournaient alors vers les syndicats. Une de nos plus grandes satisfactions est d'avoir su les aider et parfois de leur avoir redonné une dignité qu'ils pensaient avoir perdue. Par le jeu de ses conseillers du salarié, la CGT, comme les autres syndicats, assiste les travailleurs des petites entreprises qui font l'objet d'une sanction pouvant aller jusqu'au licenciement. Lorsque ce dernier peut être considéré comme sans cause réelle et sérieuse, l'Union Locale met à la disposition des plaignants une permanence d'avocat militant pour constituer les dossiers et va même, quand le cas n'est pas trop complexe d'un point de vue juridique, jusqu'à plaider aux prud'hommes par l'intermédiaire de ses défenseurs syndicaux, qui figurent sur une liste préfectorale. Cette activité est loin d'être anecdotique : J'ai moi-même plaidé une dizaine de fois devant cette juridiction, huit fois avec succès.

Il est vrai que le mouvement des Gilets Jaunes, dès son origine, a manifesté une certaine défiance envers les syndicats.  Mais je me refuse à croire que ce type de violence puisse être l’œuvre de gilets jaunes que j'ai côtoyés et souvent appréciés. Il est vrai aussi qu'aucune centrale syndicale n'est exempte de toute critique. Les Gilets Jaunes se sont signalés dès le début par une utilisation judicieuse des réseaux sociaux et ont su mobiliser comme les syndicats ne savaient plus le faire. Ce manque d'adaptation est sans aucun doute une des raisons du déclin syndical. Mais avoir raté - et moi le premier - le virage des réseaux sociaux ne fait pas de nous des "collabos" et encore moins des "fascistes".

En pièce jointe : deux militants de la CGT s'exprimaient, en 2019, sur le mouvement des Gilets Jaunes (pdf, 1.9 MB)

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