France, terre d'asile : la trappe du père Ubu

C'est l'histoire vraie d'un européen venu légalement en France. Pourtant, aujourd'hui, malgré son mariage avec une française et la naissance d'une fille sa régularisation est un véritable parcours du combattant. Nous ne citons ni son nom, ni son pays d'origine, car les traine-savate des services préfectoraux sont capables de se venger en enterrant définitivement son dossier.

France, terre d'asile et pays des droits de l'homme ? Pour que cela commence à être vrai, il faudrait au moins gommer la paresse et l'incompétence de son administration.

Souffrant d'une maladie qui ne pouvait pas être soignée dans son pays d'origine, 'il obtient, en 2012, une autorisation d'entrée sur le territoire français, où il est pris en charge par une équipe médicale. Il a un titre de séjour valable jusqu'en 2016, avec permission d'occuper un emploi, ce qu'il fait jusqu'à expiration de son titre de séjour.

Comme il arrive souvent en pareil cas, il fait la connaissance d'une française avec laquelle il se marie. Cette union n'a rien d'un mariage blanc puisque, moins d'un an après, ils fêtent la naissance d'une petite fille. Sa volonté de s'intégrer s'exprime aussi par sa parfaite connaissance du français, qu'il a appris sur son lit d'hôpital.

Avant l'expiration de son permis de séjour, il dépose un dossier en préfecture de Paris. Le médecin de la Préfecture, estimant que la raison médicale n'existe plus, oriente le dossier vers la Commission d'attribution des permis de séjour. Il attend plusieurs mois une réponse qu'il ne verra jamais arriver. Mais il a perdu le droit de travailler et a du quitter son emploi.

Après son mariage, il emménage en banlieue et, soucieux de régulariser sa situation, il dépose un dossier à la préfecture de son département de résidence. Au début de l'année 2017, au moment d'enregistrer le dossier complété par ses soins, il bute sur un premier blocage : l'employée explique qu'elle ne peut pas valider le récépissé du dossier, car la préfecture de Paris n'a pas clôturé le sien. Elle promet cependant de faire les démarches pour débloquer la situation "dans un mois au pire des cas".

Ce n'est pourtant que cinq mois après que les services de la Préfecture lui font savoir que le dossier parisien vient d'être clôturé. On lui demande alors une pièce supplémentaire, l'acte de naissance de sa fille, que son épouse apporte en préfecture. Le dossier est donc complet et rien ne devrait s'opposer à sa régularisation. Mais que nenni ! la rituelle période d'attente dure trois mois, au terme desquels le jeune couple retourne en préfecture pour s'enquérir du dossier. Il reçoit alors cette réponse surréaliste de l'employée qui le reçoit : "Monsieur, nous sommes désolés, mais votre dossier a été transféré aux archives. Il vous faut le reconstituer et nous fournir à nouveau les documents nécessaires à votre régularisation". Ici, la situation devient grotesque, car elle ne peut se définir que par une alternative : soit ils ont la flemme de sortir le dossier des archives, soit, comme ils le prétendent, ils ne peuvent pas le ressortir. Et ici, la bonne question est : à quoi cela sert-il d'archiver un dossier si on est incapable de le retrouver ? On a atteint les sommets himalayens de l'incompétence.

Pressée de questions sur le temps que prendra la décision après reconstitution  du dossier, la fonctionnaire va répondre "entre 7 et 18 mois". 7 à 18 mois pendant lesquels il ne pourra toujours pas travailler en raison de l'incurie d'une administration qui, pourtant, a fini par reconnaître que l'erreur était de son fait, mais qui a refusé de lui remettre son dossier sous prétexte qu'elle n'était pas habilitée à le faire ! Entretemps, le jeune couple ayant déménagé dans le département voisin, ça va être à la nouvelle préfecture que les démarches vont continuer au début de l'année 2018. Cela commence par un autre parcours d'obstacles : mal renseigné par un unique panneau qui indique "service étrangers", il est réorienté vers un service qui est dans un autre bâtiment et rebelote pour la queue. Il est alors "reçu" par deux chiens de garde de la police qui, sur un ton rogue,  intiment l'ordre d'ouvrir leurs sacs (je ne le répéterai pas, si les sacs ne sont pas ouverts lorsqu'ils seront devant nous, vous dégagez). Ce à quoi on reconnait les cons, ce n'est pas seulement qu'ils osent tout, ni qu'en Bretagne il ne pleut que sur eux, c'est aussi qu'ils se croient autorisés à parler aux gens comme ils ne parleraient pas à leur chien dès qu'ils ont une parcelle, même infime, de pouvoir !

C'est aussi le cas de la fonctionnaire en charge de leur cas qui, à la limite de l'agressivité, refuse d'entendre leur histoire et même de jeter un œil sur l'attestation que leur a fournie la précédente préfecture. Rien à foutre ! pourtant, pendant un fugitif instant, la situation semble se débloquer lorsque le jeune couple mentionne l'existence de l'enfant."Ah bon ? vous avez un enfant. Mais ça, ça change tout". Mais, en fait, ça ne change rien, car la porte entrouverte se referme avec fracas lorsque la préposée demande la carte d'identité de l'enfant de quelques mois. Ils ne l'ont évidemment pas, mais pensent naïvement que le livret de famille et l'acte de naissance de l'enfant (celui-là même dont une copie a disparu dans le cul de basse fosse qui tient lieu de salle d'archivage !!!) pourront en tenir lieu. Alors ils se heurtent à un mur : celui de la nullité compacte de cette employée, trop obtuse pour comprendre qu'un enfant de quelques mois puisse ne pas avoir de carte d'identité !

Même pour un candidat au titre de séjour qui parle bien le français, ce parcours du combattant ressemble plutôt à la trappe du père Ubu. Alors on n'imagine même pas les difficultés que peut rencontrer un candidat qui ne maîtrise pas la langue de Molière. Notre homme a bien écrit une lettre au président Macron. Mais peut-on attendre qu'un énarque boursouflé d'arrogance et de suffisance s'arrête sur le cas d'un homme qui, dans son échelle de valeurs, est encore moins que rien ?

 

 

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