Abandon du T4 : Pécresse et Romanet

Une remise en question du projet T4 par Valérie Pécresse, temporaire et liée à des motifs économiques. Par contre, Augustin de Romanet, droit dans ses bottes, continue à soutenir le modèle économique qui est la cause des catastrophes présentes ou annoncées.

Dans le débat sur le terminal T4 de Roissy, madame Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, a surtout brillé par un silence assourdissant : Deux associations (ADVOCNAR, non au terminal T4), avaient, dans un communiqué, exprimé leur opposition à la construction de ce terminal. Les raisons énoncées dans ce communiqué, au nombre de trois, sont connues, mais il n'est pas inutile de les rappeler :
- Augmentation programmée de la pollution sonore dont souffrent déjà, de façon chronique, les riverains des couloirs aéroportuaires. En effet, le terminal T4, selon les estimations même d'ADP, a pour effet d'augmenter de 37% le trafic aérien et les nuisances sonores consécutives. Ces nuisances sonores sont loin d'être sans conséquences sur la santé : un bruit intense provoque des troubles du sommeil, des maladies cardiovasculaires, du stress et c'est trois ans de vie en bonne santé pour la moyenne des riverains qui sont sacrifiés sur l'autel d'une prospérité économique à court terme. Même les enfants sont atteints, car un bruit trop intense provoque des troubles de l'apprentissage.
- Augmentation des pollutions chimiques : l'aéroport de Paris est déjà responsable d'une part importante des pollutions chimiques : selon Airparif, organisme de surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France, ADP "pèse", en termes de pollution à l'oxyde d'azote et aux particules fines, 2,6 périphériques parisien. L'extension T4 ajouterait respectivement 30% et 11% de ces polluants. 
- Incompatibilité avec les engagements climatiques de la COP21 : ce sera 15 millions de tonnes de CO2 qui viendront s'ajouter aux gaz à effet de serre déjà présents dans l'atmosphère alors que les accords de Paris engagent la France à ne pas émettre plus de 80 millions de tonnes de CO2 en 2050.
Dans ce même communiqué, les associations ADVOCNAR et non au T4 laissaient entendre qu'à l'occasion d'une inauguration à Montmorency, elles demanderaient à la présidente de région à être reçues. Madame Pécresse a, ce jour là, délégué un de ses collaborateurs qui s'est engagé à transmettre la demande. C'était le 22 novembre 2019 et, à ce jour, les associations attendent toujours.

C'est donc de façon inattendue qu'une prise de position arrive par voie de presse ( (pdf, 2.2 MB)) : le contexte, constate Valérie Pécresse, n'est pas favorable au terminal T4 : la convention citoyenne préconise l'interdiction de toute nouvelle extension aéroportuaire et Bruno Lemaire lui même met en doute la pertinence de ces extensions. "La pandémie, écrit Valérie Pécresse, remet en cause l'utilité même du projet". C'est le moins dans une situation où, selon les données de l'association internationale du transport aérien,  les vols commerciaux pour 2020 seront inférieur à celui de 2005 et que le retour à la situation de 2019 en 2024 au mieux. Mais il s'agit d'une remise en cause provisoire et de nature économique : "Il ne s'agit pas de prôner la décroissance et d'abandonner toute ambition pour Roissy, ce qui ne conduirait qu'à déplacer les longs-courriers dans les aéroports des pays voisins en sacrifiant nos emplois". Il est également regrettable que la réflexion de Valérie Pécresse n'englobe pas la remise en cause de la ligne 17, dont la partie nord qui va jusqu'à l'aéroport s'avérera également inutile dans la perspective de la réduction annoncée du trafic aérien. Dans les temps de déséquilibre budgétaire qui s'annoncent, l'arrêt des dépenses inutiles est de rigueur et, parmi celles-ci, la construction de la gare du triangle et l'urbanisation qui en résultera.

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C'est aussi de façon inattendue que j'ai récemment reçu une réponse d'Augustin de Romanet, PDG d'ADP ( (pdf, 559.8 kB)) à la lettre que je lui ai envoyée fin mai. Il ressort de cette réponse d'un autre temps qu'ADP n'entend pas renoncer à son modèle de développement à long terme alors que l'OMS annonce que la crise sanitaire pourrait durer des décennies. Il entend méconnaître le rôle du transport aérien dans la diffusion mondiale de la pandémie, qui est le même, mais à plus grande échelle, que celui des bateaux dans la propagation de la peste.  Il ne s'intéresse qu'aux moyens de "greenwasher" le transport aérien, en reprenant les mesures préconisées par le lobby de l'aviation civile. Celles-ci n'ont rien de nouveau et ont déjà été discutés dans un précédent article de blog. Nous ajouterons ici à titre d'élément de réflexion une brochure publiée par l'association Réseau Action Climat concernant les cinq mythes sur le transport aérien. Contrairement aux allégations dignes d'un tract publicitaire de monsieur de Romanet, cette publication est très bien documentée et cite ses sources. S'il veut convaincre, c'est à l'argumentaire de cette brochure que nous lui suggérons de répondre.

Valérie Pécresse reconnaît que le débat autour du terminal T4 est, au moins temporairement, obsolète. Monsieur de Romanet ne l'entend pas de cette oreille, maintient l'enquête publique qui doit se tenir à l'automne et invite à y participer. S'il n'est pas, à son tour, repoussé, ce sera fait, monsieur de Romanet ! En attendant, il est possible de participer à la pétition en ligne pour l'abandon du projet T4.

 

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