De la part d'un montmorencéen honteux et indigné

C'est au soir du 30 mars 2014 : au terme du vote du deuxième tour, tout ce que Montmorency comporte de plus conservateur et de plus borné s'est donné rendez-vous à la salle des fêtes pour conspuer le maire sortant - pourtant le seul maire digne de ce nom qu'ait eu Montmorency depuis que j'y habite. Lorsque les résultats proclament vainqueur le challenger - madame Michèle Berthy - ils étalent leur bêtise et leur sectarisme en entonnant la Marseillaise et il ne vient à l'idée d'aucun d'eux que l'hymne national n'appartient pas à la droite réactionnaire !

Un an et demi après, c'est la crise des migrants et madame Berthy se montre à la "hauteur" (le mot est-il bien choisi ?) de ses électeurs : nous retrouvons un soir, placardée sur la porte de notre immeuble, une communication de la mairie expliquant que Montmorency va être obligée d' accueillir une cinquantaine de migrants en provenance de Syrie ou d'Irak. Mais qu'on se rassure, la ville n'a pas vocation d'être une terre d'asile et promis juré ! dans deux mois au plus, on les aura fait dégager. En attendant, madame le Maire promet de tout faire pour veiller à la "tranquillité" de ses concitoyens, insinuant ainsi que ces malheureux qui ont risqué leurs vies pour fuir les bombardements et les persécutions sont des fauteurs de trouble potentiels. Mais surtout, pas un mot de compassion, madame la Maire a pris les ordres de son parti et, surtout, en bonne politicienne carriériste, elle montre ainsi qu'elle ne veut pas heurter ses électeurs potentiels. 

Le journal "Le Monde" commente le "cas Montmorency" : d'abord, les entretiens avec les montmorencéens étalent toutes les raisons qu'il y avait de ne pas voter pour madame Berthy : par exemple, on parle de l'endettement de la ville en oubliant de préciser que les "emprunts toxiques" dont il est question sont le fait de la gestion de droite avant 2008 et que François Detton, maire entre 2008 et 2014, a tant fait la chasse à ces emprunts que la dette par habitant de Montmorency, entre 2008 et 2012, a baissé de plus de 20%... et sans qu'il soit besoin de sabrer dans les dépenses de solidarité communale, comme l'a fait madame le Maire lorsqu'elle a supprimé les tarifs gratuits de la cantine scolaire pour les plus démunis ou qu'elle a "supprimé le minibus qu'elle mettait à la disposition des vieux". Une retraitée de Montmorency énonce ce fait comme une raison de ne pas payer l'accueil des migrants ("ce serait un comble", dit-elle), sans se rendre compte qu'elle reconnait implicitement que ceux qui ont voté pour madame Berthy ont eu tort. Quant à une autre de ces retraitées, elle tire argument du fait que ses parents, arrivés du Portugal, n'ont pas été aidés pour refuser celle que l'on pourrait apporter aux migrants.

Oui, cela me donne honte d'être montmorencéen ! Pourtant, l'article du Monde termine avec une note positive, en précisant que les paroisses catholique et protestante ont, vis à vis du problème des réfugiés, une attitude différente de celle de la mairie. Mais, le curé et le pasteur ne sont pas des politiciens uniquement préoccupés par leur réelection ! Quant à madame le Maire, peut-être serait-elle moins hypocrite en supprimant du fronton  de sa mairie le mot "fraternité", qui n'a aucun sens pour elle.

 

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