Aux Etats-Unis, du conflit racial à la guerre civile

Le danger existe d'une nouvelle guerre civile aux États Unis. C'est tout le camp occidental qui en serait impacté et Donald Trump est en passe de rester dans l'histoire comme le pire président américain, loin devant George Bush junior.

"Les extrémistes croient que l'Amérique a besoin d'une nouvelle révolution. Ils utilisent un nouveau terme pour désigner cette nouvelle guerre civile qu'ils essaient de provoquer : le boogaloo". C'est ainsi qu'un sociologue américain décrit l'atmosphère explosive qui règne actuellement aux Etats-Unis. La deuxième guerre civile de leur histoire menace aux États-Unis entre partisans de la suprématie blanche militants de la lutte contre les droits civiques et l'étincelle  pourrait provenir d'un petit état semi-rural de 4,5 millions d'habitants : l’Oregon, bien que ne faisant pas partie du de la confédération sudiste de 1860, possède une solide tradition de discrimination raciale en raison de sa constitution même qui excluait les noirs de la vie publique.

L'examen des causes de la guerre civile de 1860 met au jour des analogies avec la situation actuelle : on peut dire que, dès 1776, la guerre de sécession était inscrite dans les gènes de la jeune république car si la déclaration d'indépendance tenait pour évidente  "que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur", ces termes n'ont pas été retranscrits dans la loi fondamentale, la nature même des institutions fédérales permettait aux états du sud de maintenir l'esclavage. Autrement dit, la question de l'esclavage a été mise "sous le tapis" car parmi les 13 colonies fondatrices des États-Unis, quatre (Virginie, Géorgie, les deux Caroline) avaient une structure sociale et économique dépendant étroitement de l'esclavage. La guerre civile a éclaté dans un contexte où les mouvements abolitionnistes devenaient de plus en plus puissants. Elle a abouti à l'abolition de l'esclavage, mais n'a apporté aux populations noires qu'une liberté formelle, sans qu'il soit prévu aucune réparation. Dans les états du Sud, une inégalité de fait était entretenue soit par la terreur imposée par le Ku-Klux-Klan, soit par les lois ségrégationnistes combattues plus tard par Martin Luther King et aujourd'hui abolies. Même si l'esclavage a été aboli et les lois de ségrégation raciale abrogées, c'est le conflit interracial qui, cette fois encore, domine la vie politique américaine.

Aujourd'hui comme hier, "une maison divisée contre elle même ne peut tenir debout" (Lincoln). Les circonstances qui ont conduit à la guerre civile de 1865 sont toujours là, amplifiées par les réseaux sociaux qui, à grand renfort de "fake news" et d'appels à la haine raciale, soufflent sur des braises qui ne demandent qu'à s'enflammer. Le deuxième amendement de la constitution consacre à la fois le droit de former des milices et le libre accès de tous les citoyens aux ventes d'armes, concrétisant le risque d'affrontements de factions armées comme prélude à une guerre civile. Et jamais, depuis 1860, le danger n'a été aussi palpable, rendu encore plus visible par les déclarations et les agissements de Trump : la nomination, à quelques semaines des élections, d'une juge ultraconservatrice à la cour suprême témoigne d'une tentative dictatoriale de faire main basse sur cette juridiction, pour que celle-ci tranche en sa faveur en cas de litige sur le résultat des élections ; l'affirmation, à ce jour sans fondement, selon laquelle le vote par correspondance favoriserait une fraude électorale massive est le prélude d'un refus de se plier au résultat des élections si celles-ci étaient défavorables au président sortant. Si celui-ci refusait de quitter la Maison Blanche, il en résulterait une situation à la biélorusse et le risque d'affrontements armés dans les rues de la capitale. Jamais l'éventualité d'une guerre civile n'a été aussi pesante depuis 1860.

Il y en a surement qui se frottent les mains, les dirigeants de Russie et de Chine. Car la perspective d'un affrontement armé entre ses citoyens marquerait le déclin des États-Unis en tant que grande puissance, celui de la démocratie en tant que mode de gouvernance, mais aussi un affaiblissement du monde occidental, déjà bien impacté par les mesures de rétorsion économique prises par Donald Trump contre son propre camp. La période Donald Trump apporte un démenti dramatique à ceux qui croyaient ne pas pourvoir trouver pire président que George Bush junior.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.