Covid 19 : la deuxième vague en termes statistiques

A partir des données fournies par l'institut américain John Hopkins, le journal le Monde publie un décodeur qui visualise, sous forme de graphiques, l'évolution de la pandémie de coronavirus dans un grand nombre de pays à partir du 28 mars, ainsi que plusieurs données, parmi lesquelles le nombre d'infections en valeur absolue et rapportées à la population.

MÉTHODES DU DÉCODEUR

Cette étude est focalisée sur sept pays : Italie, Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis, Corée du Sud, Taïwan.
Les courbes de droite sont construites à partir du nombre d'infections des sept derniers jours, obtenus en semaine glissante. Chaque jour est donnée une évaluation du nombre d'infections pour 10000 habitants, qui, beaucoup plus que le nombre absolu, rend compte du degré de contamination dans chaque pays. Ce sont ces valeurs - rapportées au million d'habitants, que nous utilisons pour construire l'étude statistique : Pour chaque jour est soustraite la valeur du jour précédent, afin de déterminer le nombre de nouvelles infections par million d'habitants. Nous obtenons ainsi des "nuages de points" (graphiques de droite) qui traduisent l'évolution de la maladie par jour écoulé depuis le 27 mars (en abscisse). L'étude porte sur les résultats obtenus entre le 23 octobre et le début de la campagne de vaccination.

MÉTHODES STATISTIQUES

L'évolution du nombre de nouveaux cas journaliers est représenté pour chaque pays par les graphiques de gauche, avec en abscisse le nombre de jours après le début de l'étude et en ordonnée le nombre de nouveaux cas par million d'habitants. Ces données font l'objet d'une analyse statistique comprenant les éléments suivants :
- Calcul d'une droite de régression par la méthode des moindres carrés, avec sa pente et son ordonnée à l'origine, une courbe décroissante se traduisant par une pente négative.
- Calcul du coefficient de corrélation (r, de 0 à 1), dont le signe + ou - est le même que celui de la pente. Plus la valeur absolue de la droite de régression est proche de 1, plus la croissance ou la décroissance journalière est proche d'une relation linéaire.
- Calcul de probabilité (p) estimant le pourcentage d'erreur si l'on affirme qu'une corrélation est significative. Il est généralement admis en statistique qu'une corrélation est significative si p<0.05 (5%), les valeurs p étant déterminées au moyen de la table de Fischer et Yates, en fonction du degré de liberté (ddl) applicable à chaque courbe.

RÉSULTATS

On constat une évolution de la pandémie est très variable d'un pays à l'autre :

Deux pays présentent une évolution en une seule phase, ascendante pour les États-Unis et descendante pour le Royaume Uni. Ces évolutions sont hautement significatives dans les deux cas.

courbesus
courberu

 Deux pays connaissent une phase descendante, très significative dans les deux cas, suivies d'une phase ascendante significative pour l'Espagne et à la limite de la significativité pour la France.

courbeesp
courbefrance

Pour l'Allemagne, aucune variation significative n'est relevée au cours de la période d'étude, avec des dispersions importantes d'un jour à l'autre. On constate cependant que le pays connaît un niveau moyen d'infections autour de 250  nouveaux cas par jour, très supérieur à ce qu'il était au cours de la première vague.

courbeall

 Deux pays d'Asie ont également été étudiés : si la Corée du Sud a connu, au cours de cette deuxième vague, une augmentation significative des cas détectés, aucun des points du graphique de gauche ne dépasse 25 cas par million de nouvelles contaminations journalières. Cette recrudescence du nombre de cas détectés est suivie d'une baisse tout aussi significative. A Taïwan, tout au long de la période d'observation, le nombre de nouvelles infections varie de 0 à 1 contaminations journalières;

courbes-cotaw

 DISCUSSION

Il faut d'abord mentionner que les valeurs données sont de bons indicateurs pour évaluer l'évolution de la pandémie dans chaque pays, mais qu'en raison des différences entre les politiques de dépistage, les comparaisons entre pays sont délicates, voire aléatoires. Par ailleurs, les graphiques statistiques, construits à partir d'Excel, n'ont pas les mêmes échelles en ordonnée, comme le montrent les échelles en ordonnée des pays occidentaux et des pays asiatiques.

L'analyse statistique, menée avant l'apparition des variants anglais, sud-africain et brésilien, a porté sur les plus grands pays d'Europe et sur les États-Unis. Deux pays de référence y ont été adjoints, la Corée du Sud et Taïwan. Le premier de ces deux pays a connu un rebond de l'épidémie, qui est à relativiser en raison du faible nombre de cas journaliers par million d'habitants et du point le plus haut atteint dans la courbe (24 nouvelles contaminations par million d'habitants, ce qui est très faible), le second semble avoir une maîtrise totale de la propagation. Une spécialiste de ce dernier pays énonçait, dès la première vague,  les facteurs qui ont permis un tel succès. Il y a d'abord les leçons tirées d'une précédente épidémie en termes de structures d'urgences sanitaire, bien dotées en matériel et en moyens. Parmi ceux-ci, l'abondance des tests a permis un dépistage à grande échelle. A ce dépistage de masse est associé un traçage électronique des sujets atteints - une première en matière de dépistage qui permet de savoir avec qui les sujets contaminés ont été en contact et de prendre des mesures de quarantaine. Enfin, une transparence absolue qui n'existe pas ailleurs et qui a aussi manqué en Chine. L'ensemble de ces mesures a permis d'éviter un confinement généralisé. Les données chinoises n'ont pas été prises en compte, tant on peut douter de leur sincérité.

Les Etats-Unis sont le seul pays où d'un bout à l'autre de la période d'étude, on observe une ascension continue du nombre de nouveaux cas, exprimant une absence totale de maîtrise de la pandémie. Ces mauvais résultats peuvent être le fait de plusieurs facteurs : une politique fédérale qui, d'un bout à l'autre, aura été marquée par le déni et, par conséquent, l'absence de coordination fédérale entre les mesures prises par les différents états. A l'inverse, la courbe du Royaume-Uni ne cesse pas de baisser à partir de son niveau initial, d'environ 380 nouvelles contaminations par jour. Ce résultat est obtenu avant l'apparition du variant britannique et peut être remis en question par celui-ci, réputé plus contagieux que la source initiale.

L'Allemagne est le seul pays à ne pas constater de variation significative du nombre de cas journaliers, ce qui signifie non pas que le pays a maîtrisé sa deuxième vague, mais qu'il l'a contenue à un niveau relativement élevé. La France et l'Espagne présentent des évolutions similaires : Au moment où a débuté cette étude, elles étaient en période de décroissance des nouveaux cas journaliers, suivies entre 30 et 35 jours après le début de l'étude d'une nouvelle période de croissance hautement significative pour l'Espagne et à la limite pour la France.

Aucun pays européen -et encore moins les États-Unis, quelles que soient les modalités de l'évolution, ne peut prétendre avoir maîtrisé l'épidémie en raison du nombre élevé de nouveaux cas journaliers - et même si ceux-ci, comme en Allemagne, n'augmentent pas de façon significative d'un jour à l'autre - et aussi en raison de l'apparition sur le continent de variants anglais et sud-africain, qui apportent une incertitude concernant la contagiosité et la gravité des atteintes liées à ces mutants. L'étude s'arrête, pour tous les pays, sauf les asiatiques, au moment où débute officiellement la campagne de vaccination. La prochaine étude portera sur les résultats de celle-ci.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.