Un nouveau revers pour Europacity

Le tribunal administratif vient d'annuler la décision préfectorale de création de la ZAC du futur site d'Europacity. C'est une victoire inespérée pour les opposants au projet, mais cela ne clôt pas la polémique. Car le préfet a la possibilité de faire appel de la décision. De plus, reste la déclaration d'utilité publique (rapport en cours de rédaction) et la contestation judiciaire du PLU.

Au  lendemain de l'adoption par le conseil municipal de Gonesse d'une modification du Plan Local d'Urbanisme (PLU) en vue de la construction d'Europacity, la revue Challenge commentait l'évènement sous forme d'un article qui identifiait  "les cinq bugs de ce projet à 3 milliards d'euro" . 

La décision de la municipalité de Gonesse avait toutes les apparences d'un passage en force, puisqu'elle allait contre le résultat d'une enquête publique très défavorable au projet et passait outre l'avis du commissaire enquêteur qui estimait qu'en raison des conséquences négatives sur l'emploi des communes environnantes, de l'impact sur l'environnement, cette modification aurait dû faire l'objet d'un débat intercommunal.  PLU aurait dû être intercommunal. De plus, la viabilité du projet est totalement dépendante d'une desserte par la ligne 17 du Grand Paris, dont la réalisation a été reportée pour cause de finances publiques (car naturellement, c'est au contribuable de supporter cette charge !). C'est le premier de ces "bugs" mentionnés par la revue, un "bug" administratif.

Le deuxième " bug " est commercial : Europacity  peine à sortir des cartons au point que dix ans après son lancement, les architectes sont toujours en train de plancher sur la structure même du projet évadé d'un autre âge, car ne tenant compte ni du déclin des centres commerciaux, ni de la concurrence du E-Commerce : alors que celui-ci est en train de se développer très rapidement, Europacity apparaît comme un projet en retard de vingt ans. Les changements de discours, visant à faire croire qu'Europacity, malgré ces 230000 m2 de magasins - qui dépasseront à eux seuls la surface commerciale comprise dans un rayon de 5 km - ne serait en rien un centre commercial !  Le projet, selon Benoit Chang, serait "disruptif" sans que son auteur prenne la peine d'expliquer clairement ce que recouvre cette notion. D'ailleurs, lui-même attribue-t-il réellement un sens à ce néologisme ou est-ce seulement "Europacity pour les nuls".

Pour Challenges, "l'équilibre financier de l'ensemble reste mystérieux". D'abord parce que le groupe Wanda, partenaire du projet, a été récemment questionné par Pékin sur la rentabilité de ses investissements financiers et pourrait, dans un avenir proche, faire faux bond. Ensuite parce que monsieur Chang est incapable de fournir, comme c'est l'usage, la liste des enseignes intéressées pour s'incorporer dans le projet. Question secondaire, rétorque bien sûr Benoit Chang, qui ne semble pas comprendre qu'une absence de rentabilité pourrait remettre en cause l'investissement chinois. On le voit, les fondations financières de la maison Europacity sont bâties sur des sables mouvants. Et ce bug financier ne semble pas inquiéter les communicants d'Europacity.

Bien avant "le livre blanc de la climatologie", les opposants dénonçaient l'empreinte carbone du projet liée à l'artificialisation des terres agricoles et proposaient un schéma alternatif d'agriculture maraichère. Les critiques venaient nombreuses du côté des zélateurs du projet, car, pour eux, ce projet n'était pas autant créateur d'emploi que les promesses du constructeur. Mais cette seule allégation, qui ne tient nullement compte des emplois que la présence d'Europacity va détruire dans son proche environnement, est typique de la communication d'Europacity, car celle-ci repose sur la seule promesse des 10000 emplois créés, sans autre considération d'ordre environnemental ou social.
Or le livre blanc démasque les insuffisances de cette communication seulement faite pour séduire les politiques : il démontre que l'empreinte carbone du projet, grossièrement sous-estimé par ses promoteurs, rend celui-ci incompatible avec les objectifs de la COP21. C'est le quatrième "bug" évoqué pat Challenges, environnemental celui là.

Enfin, le cinquième bug, imprévisible celui-là, car lié à l'inconstance des politiques : les promoteurs d'Europacity avaient bien su séduire Sarkozy, Hollande et, sur le plane local, Jean Pierre Blazy, sur la seule promesse des créations d'emplois - une obsession qui ne tient aucun compte ni de la qualité des emplois créés, ni des considérations sociales et environnementales. Or le Gouvernement a annoncé le report à 2027 de la création de la ligne 17, "un scandale d'état" pour les élus qui soutiennent le projet auxquels un collectif d'écologistes répond "irresponsabilité de quelques élus ( « La ligne 17, au-delà de la gare du Bourget RER, n’aiderait pas à la mobilité dans ce secteur contrairement aux affirmations de ces élus. La gare du Triangle de Gonesse, loin des zones urbaines ne serait pas utilisée par les habitants du territoire »). Toujours est-il que sans cette desserte, le projet, déjà bancal, perd toute viabilité. C'est donc un coup dur pour Europacity, minimisé comme il se doit par la communication du concepteur.

L'impact du livre blanc des la climatologie s'est montré beaucoup plus déterminant que dans les rêves les plus fous des militants associatifs et le jugement rendu par le Tribunal Administratif, saisi par les associations opposantes au projet, qui contestaient l'autorisation préfectorale de création de la Zone d'Aménagement Concertée (ZAC) sur le site devant accueillir Europacity. Les juges du Tribunal Administratif avaient-ils lu le livre blanc de la climatologie et l'avis défavorable de l'enquête publique ? ils ont donné droit aux arguments des associations en annulant l'autorisation préfectorale : « Le dossier mis à disposition du public ne précisait pas suffisamment de quelle manière les besoins énergétiques du projet allaient être couverts. Le tribunal a également relevé que l’étude était insuffisante s’agissant de l’incidence du projet sur la qualité de l’air, compte tenu notamment des émissions de CO2 induites par les déplacements de touristes, eu égard à la création d’EuropaCity. Enfin le tribunal a estimé que l’étude d’impact n’avait pas suffisamment procédé à l’évaluation des incidences environnementales du projet cumulées à celles des travaux de création de la ligne 17, alors que les deux projets sont liés. » .

Pour David Lebon, directeur du projet d'Europacity, ce n'est pas une bonne nouvelle. Il voit dans la possibilité qu'a l'état de faire appel un test de la volonté de l'état de faire aboutir le projet. Mais le préfet peut aussi, s'il juge que le jugement du Tribunal Administratif est pertinent, demander aux promoteurs d'Europacity de compléter le dossier en documentant les points jugés insuffisamment étayés. Dans ce cas, le promoteur ne pourra plus se contenter de la série d'omissions et d'approximations rapportés par le livre blanc, car celui-ci répond à l'avance à toute tentative de dissimuler la vérité.

Pour les opposants, c'est une incontestable victoire. Mais il reste deux étapes : une éventuelle contestation juridique du PLU adopté par la commune de Gonesse et l'avis de l'enquête en cours sur la déclaration d'utilité publique qui, seule, permettra d'exproprier les propriétaires des terres sur lequel doit être construit le site.

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