La logique délétère de la loi travail XXL

Le renard introduit dans le poulailler par un président bas-de-gamme qui se prétendait socialiste n'en finit pas de faire des ravages avec le projet de loi travail XXL. Mais, de tout ce qui se trame actuellement, on a du mal à comprendre la logique ... A moins qu'il ne s'agisse d'une gigantesque arnaque pour faire croire aux français qu'on va enfin s'occuper de l'emploi et de la pauvreté.

Parlons d'abord les syndicats  : Edouard Philippe proclame à tout vent que les organisations syndicales et patronales qui ont participé aux discussions "ont été traitées sur le même pied d'égalité". Le Canard Enchaîné du 6 Septembre révèle à quel point cette affirmation est une imposture, en faisant état de rencontres secrètes Macron-Mailly, puis Pénicaud-Macron-Mailly. Les interlocuteurs syndicaux craignaient-ils à ce point la réaction de leurs syndiqués qu'ils n'en aient soufflé mot à leurs états majors - en toute transparence, bien entendu ! Les interlocuteurs gouvernementaux, de leur côté, s'inquiétaient du pouvoir de nuisance des empêcheurs de réformer en rond - comprenons France Insoumise et CGT - et entendaient s'assurer que les secrétaires des syndicats jaunes tenaient bien leurs troupes. Ce qui, au vu des informations que nous possédons sur la participation des fédérations de Force Ouvrière à la manifestation du 12 Septembre, semble bien raté, au moins du côté de Mailly, qui a réussi à susciter la désapprobation dans ses propres troupes.

La "logique" des syndicats réformistes

Du côté de ces syndicats, la logique de leur position est incompréhensible. Il y avait, aux dires de leurs leaders, des "lignes rouges" à ne pas franchir. Quand on pense que le contrat de travail ne pourra plus être opposable à un accord d'entreprise, même si celui-ci prévoit la baisse des salaires au dessous du minimum conventionnel, que ces accords d'entreprises pourront être négociés par des salariés n'ayant pas reçu l'investiture des syndicats et même, dans certains cas, désignés par le patron, que les procédures de licenciement seront simplifiées au point que le taulier ne sera même plus obligé d'en indiquer le motif, lui laissant toute latitude pour en concocter un en cas de procédure prud'homale, que des entreprises étrangères qui se portent bien pourront organiser le déficit de leurs filiales françaises pour justifier des plans de licenciement, etc., on se demande vraiment où sont ces lignes rouges ! Et encore, les points énumérés ici ne sont que des "arbres" dans une immense "forêt" de mesures défavorables. Nous mettons, en fin de ce billet, les quatre pages du décryptage proposé par l'Union Départementale de Seine-Saint-Denis et le lecteur pourra constater que les points énumérés ici ne sont que quelques gouttes dans un océan de forfaiture.

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L'incompréhension est très bien formulée par l'un de ses opposants : "on ne comprend pas pourquoi il faut dire oui aux ordonnances Macron qui sont pires que la loi El-Khomri contre laquelle nous avons manifesté". Mailly, qui naguère qualifiait "d'apprentis sorciers" les promulgateurs de la loi travail, dit maintenant que la concertation est "dans l'ADN de Force Ouvrière". S'agit-il, entre l'opposition à la loi travail et l'approbation des ordonnances, d'une mutation génétique de ce syndicat ou est-ce tout simplement son secrétaire général qui a viré sa cuti ? Ou bien, plus simplement, rêve-t-il de supplanter la CFDT dans son rôle d'interlocuteur privilégié du Président. Ou bien encore il rêve d'un "pantouflage" avantageux lorsque, dans un an, il ne sera plus secrétaire de Force Ouvrière. Ce qui est lamentable, c'est que l'avenir de la protection sociale et des salariés qui en dépendent sont suspendus à ces minables jeux d'intérêts et de pouvoir !

Côté Laurent Berger, il faudrait lui rappeler ce proverbe anglais qui dit que "pour souper avec le diable, il faut une longue cuiller"; Cela fait maintenant des années que la CFDT vit sous le régime de la pensée unique et pratique une véritable chasse aux sorcières contre ceux de ses

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syndiqués qui refusent ses accointances avec le patronat et le pouvoir.  Aujourd'hui, il  tentait d'obtenir sans succès un renforcement de la présence des syndicats dans les conseils d'administration après avoir largement contribué à l'introduction du renard dans le poulailler. Mais il n'a pas encore compris que le sort des traitres, c'est d'être éliminés quand on n'en a plus besoin ! Maintenant, nous dit le Canard Enchaîné, il constate l’inanité de sa politique de bisounours : "ils ont loupé l'occasion de faire le choix de la démocratie. Ils ont préféré les vieilles recettes". Mais ce sont ces mêmes "vieilles recettes" que monsieur Berger défendait l'année dernière.

La "logique" du Gouvernement

La logique des réformes - ou aussi leur finalité - n'est pas plus évidente du côté gouvernement : s'agit-il réellement de relancer l'économie et de créer des emplois ? Le patronat étant dorénavant quai-libres de licencier comme ils veulent, on a du mal à comprendre comment les changements que vont générer les nouvelles lois vont créer des emplois stables. A moins que pour eux, tous les emplois se valent, CDI et différents types de contrats temporaires ou précaires, emplois qualifiés ou non, emplois décemment rémunérés ou sous-payés. Sous le couvert de sauvegarder l'emploi, c'est en réalité à une véritable politique de destruction que se livre le Gouvernement et cette politique témoigne d'un choix de société en faveur des plus riches et au détriment de tous ceux qui n'ont pas fait l'ENA et que Mmacron se croit autorisé à mépriser, et ils sont nombreux.

Puisque nos gouvernants aiment tant se référer à des modèles étrangers et en particulier l'Allemagne, dont la "réussite" est souvent citée en exemple, examinons ici ce qui se passe dans ce pays : Alternatives économiques nous apprend qu'en 2009, l'Allemagne a connu une récession beaucoup plus importante que la nôtre : contrairement à une idée reçue, le marché du travail est beaucoup moins flexible en Allemagne qu'en France et il est, juridiquement, beaucoup plus difficile de licencier. Cela n'a pas empêché l'Allemagne d'avoir, après 2008, une "convalescence" beaucoup plus vigoureuse que la nôtre et une montée de l'emploi qui a suivi celle du chômage, alors qu'en France, l'emploi décrochait par rapport à la montée du chômage. Ces données apparaissent dans les graphiques de l'article cité ci-dessus (source : Union Européenne). Dans leur souci de copier le modèle allemand, les économistes qui conseillent nos gouvernants sont strictement incapables d'analyser correctement les données pourtant accessibles à tous : un des éléments qui explique la reprise allemande est la façon de traiter les difficultés économiques des entreprises. Dans les propositions de lutte contre le chômage présentées par Nouvelle Donne, il était mentionné qu'en Allemagne - comme d'ailleurs au Canada - les entreprises qui connaissaient des difficultés avaient la possibilité de mettre au chômage partiel - et non de licencier - les salariés, le manque-à-gagner que subissaient ces derniers étant compensé par l'assurance chômage. C'est une façon beaucoup plus judicieuse d'utiliser les fonds dédiés à la compensation du chômage, car elle permet aux entreprises de garder leur savoir-faire à disposition plutôt que de s'en séparer de façon irréversible. C'est cela la véritable flexibilité à mettre en place plutôt que des mesures qui encouragent les entreprises à licencier.

Comme une des caractéristiques des hommes politiques, c'est une incapacité pathologique à se remettre en cause, ils nous imposeront d'autres réformes quand le Patronat leur susurrera à l'oreille que celles-ci ne sont pas suffisantes. Ces autres réformes seront suivies d'autres manifestations, toutes aussi inopérantes que celles de l'année dernière. C'est donc maintenant qu'il faut les arrêter. Une participation massive à la manifestation organisée le 12 par la CGT constitue une première réponse nécessaire, mais non suffisante : nous sommes dans la situation de la lutte contre le CPE, où la loi était passée malgré l'opposition syndicale et parce que les syndicats de salariés et d'étudiants avait bloqué le pays. La déclaration des droits de l'homme nous parle du devoir d'insurrection des peuples lorsque les libertés sont menacées. Nous sommes dans cette situation et si nous n'exerçons pas ce devoir, nous ne devrons nous en prendre qu'à nous mêmes.

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