Abandon d'EuropaCity : une bonne nouvelle, mais...

Après l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame des Landes, celui d'EuropaCity annoncé le 7 novembre par Emmanuel Macron. Ces deux succès de mobilisations citoyennes sont emblématiques, car ils démontrent le poids croissant des associations dans l'opposition aux grands projets inutiles

C'est le résultat d'un combat acharné du collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), formé en 2011 à la suite de l'annonce du projet. les magasins Auchan, seuls porteurs du projet à l'époque, réussirent à faire saliver le maire de Gonesse en promettant de créer 10000 emplois et cette promesse, dont Jacqueline Lorthiois n'a eu de cesse de démontrer le caractère fallacieux dans son "bêtisier Europacity" . C'est pourtant cette question des emplois qui a toujours été l'unique argument des partisans du projet.

Il y a seulement trois ans, le succès de l'opposition était loin d'être évident : les appuis dont pouvait se prévaloir Auchan dans le monde politique, le déséquilibre profond entre les moyens de communication de l'une et de l'autre partie faisaient penser à la confrontation entre le pot de terre et le pot de fer. Il a fallu, de la part du CPTG et de ses soutiens politiques, un important travail d'information du public, à base de communiqués de presse, tribunes d'expert (la dernière, signée par l'architecte Albert LEVY , parue le 5 Novembre), réunions-débats sur le triangle de Gonesse et à Paris, manifestations, blocages, etc.

Dans le même temps, les associations portaient le débat sur le terrain judiciaire : elles obtenaient ainsi l'annulation du décret préfectoral portant création d'une zone d'aménagement concertée (ZAC) - jugement malheureusement annulé en appel - et l'annulation du PLU voté en septembre 1977 par le Conseil Municipal de Gonesse. La dernière de ces démarches judiciaires concernait l'annulation de l'autorisation environnementale accordée à la Société du Grand Paris (SGP) pour la construction de la ligne 17, qui est passée en audience le 5 novembre au tribunal administratif (TA) de Montreuil. Le rapporteur a énuméré un certain nombre de points litigieux concernant l'étude d'impacts cumulés selon lui insuffisante, le traitement des eaux d'exhaure du chantier mal défini, la protection des espèces protégées, etc. S'il estime que ces carences ne sont pas de nature à faire annuler l'autorisation environnementale, il préconise un délai de 10 mois et une nouvelle enquête publique pour combler les lacunes du dossier, assortis d'une suspension des travaux durant cette période. Le préfet de Seine-Saint-Denis demande de son côté qu'une éventuelle suspension ne s'applique pas à la portion de la ligne comprise entre Bonneuil et le Bourget.

La décision gouvernementale laisse planer un grand nombre d'incertitudes sur le devenir du triangle, car elle ne signifie pas que les autorités renoncent à urbaniser le triangle de Gonesse. Selon Elisabeth, Borne, " L'abandon d'EuropaCity ne remet pas en cause la desserte du territoire par la ligne 17", ce qui pourrait signifier le maintien de la gare du triangle. L'avenir immédiat est conditionné par le jugement du TA de Montreuil : si le pourvoi des associations est rejeté ou si le délai de 10 mois demandé par le rapporteur n'est pas assorti d'une suspension des travaux, ceux-ci peuvent commencer immédiatement. Si le rejet des déchets du tunnelier se fait sur les terres de Gonesse, celles-ci sont, de façon irréversible, rendues impropres à l'agriculture. Il faut en outre rappeler qu'EuropaCity, pour mégalomane qu'ait été le projet, ne concerne que 80 hectares sur les 300 promis à la bétonisation. De son côté, Médiapart titre : "Le gouvernement met fin à EuropaCity, pas à l'artificialisation des sols".  Celle-ci a encore de beaux jours devant elle et il ne faut en rien croire que les opposants ont gagné.

Le danger est que le public croie l'affaire EuropaCity "pliée", avec pour conséquence une démobilisation des soutiens à l'opposition. Il ne faut pas que le succès fasse oublier la protection des terres agricoles, ce qui implique la promotion du projet alternatif CARMA. Le combat entre dans une nouvelle phase, mais il n'est pas pour autant gagné. Et si pour Bernard Loup, président du CPTG, "c'est une grande nouvelle et une grande satisfaction", il fait preuve de sagesse en refusant de crier trop tôt victoire !

 

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