Sarkozy, casse toi, tu pues !

L'affaire Bygmalion bat son plein : renvoyé en correctionnelle sur réquisitoire du procureur, Sarkozy et son avocat crient à un improbable acharnement judiciaire. Les français connaissent bien cette rengaine. On peut même dire qu'ils en sont saturés. Mais qui Sarkozy et sa bande, hors 'un cercle d'inconditionnels qui pratique allègrement la politique des trois singes, espèrent-ils convaincre ?

Selon Marianne, qui a pu se procurer les 142 pages du réquisitoire, celui-ci est accablant : les dépassements considérables de la campagne de Sarkozy en 2012  sont avérés. Sarkozy en était "le principal bénéficiaire et le donneur d'ordres, puisqu'il était le décideur final de leurs éléments essentiels". Il ne pouvait pas ignorer les avertissements des experts comptables sur le dépassement des comptes de campagne. Par conséquent, il pouvait encore moins ignorer les irrégularités ou, si c'était le cas, il est à ranger dans la catégorie des débiles mentaux : "compte tenu de sa formation et de sa très grande expérience en matière de campagne électorale, il était logique d'estimer que sa seule connaissance du dépassement des plafonds de dépenses impliquait la connaissance de l'usage de moyens frauduleux inhérents à une telle dissimulation"; Les inconditionnels qui pratiquent la politique des trois singes dont nous parlions plus haut ont été à bonne école.

Ce qui amène à une première question, posée cette semaine par Marianne : "peut-il prétendre être à nouveau le garant des lois de la République en étant lui-même accusé de ne pas les respecter" ? Cette question ne se poserait même pas si une règle simple et de bon sens était appliquée : tout candidat à une élection mis en cause dans une affaire judiciaire devrait être frappé d'une mesure d'inégibilité préventive, qui durerait jusqu'à un éventuel non-lieu.  A ceux qui rétorquent "présomption d'innocence", la réponse est évidente : on met bien des justiciables en détention préventive jusqu'à ce que l'instruction les innocente ! 

La deuxième question concerne la notion même d'immunité judiciaire accordée à nos élus. Car ce que cherche Sarkozy avant toute autre chose, c'est  qu'une nouvelle victoire lui permette, pendant cinq ans, de faire la nique à la justice, comme, en son temps l'a fait Chirac. Le résultat : lorsqu'une affaire concernant un élu ou un ministre arrive devant la justice, c'est que le panier de crabes qui se prétendait ses amis l'a laissé tomber, comme cela a été le cas pour Cahuzac. Si un jour, la 6eme république voit le jour, il est à espérer que l'immunité judiciaire dont bénéficient les élus ne sera plus qu'un souvenir et que ceux-ci, fut-ce le président de la République, devront répondre de leurs actes comme n'importe quel autre justiciable.

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La troisième question concerne Sarkozy lui-même : car ce peu reluisant personnage, devant le scandale, préfère prétendre - contre toute vraisemblance - qu'il n'était au courant de rien et préfère laisser ses anciens collaborateurs se débrouiller avec la justice. Il y a une seule alternative : soit c'est l'attitude d'un lâche qui ne veut pas assumer ses responsabilités, soit il ne savait vraiment rien et, comme nous le disions plus haut, il est débile. Dans les deux cas, il est disqualifié pour être à nouveau président. Nous avons commis l'erreur de l'amener à l'Elysée en 2007. Si, cette fois-ci, nous récidivons, cela devient de la bêtise.

C'est pourquoi il faut que, massivement, les français refusent d'accorder une nouvelle investiture à ce triste sire. Comment ? en allant voter aux primaires de droite, car un désaveu des électeurs de la primaire serait comme le pieu dans le coeur du vampire. Il faut signer une attestation "selon laquelle nous partageons les valeurs de droite de la République" ? Je n'hésiterai pas à le faire, pour plusieurs raisons : d'abord parce que la devise "liberté, égalité, fraternité" n'est pas le monopole de la droite et que, par conséquent, se réclamer de "valeurs républicaines de droite" est une usurpation. Ensuite, parce qu'aucun candidat ou élu de droite n'osera dire ouvertement que le discours de Grenoble, la proposition d'un Gantanamo à la française ou les éructations contre la justice sont des "valeurs républicaines". Parce que si, pour éjecter Sarkozy en 2012, on s'est tapé Hollande et ses mensonges pendant cinq ans, ce n'est pas pour voir revenir un autre menteur. Enfin, parce que je ne veux pas que les futurs sommets internationaux ressemblent à ça.

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