article anti-CPTG : bêtise, mauvaise foi ou un mélange des deux ?

Quelque part dans "Citadelle", Saint-Exupéry écrivait : "je hais l'ironie qui n'est point de l'homme mais du cancre". L'article sur l'évènement citoyen organisé à Paris par le CPTG, "copié-collé" ici, se révèle, à la lecture, n'être qu'un condensé d'inepties. Vu ce qu'on sait de la communication d'Europacity, on ne s'étonnerait pas qu'il ait été commandité par eux. En notes, nos commentaires.

Europacity a mauvaise presse. Les professionnels de l’altermondialisme se mobilisent depuis des mois contre cet énorme complexe commercial et culturel qui doit émerger aux portes de Paris. Un épisode qui nous rappelle à quel point Philippe Muray avait été visionnaire dans sa lecture de la société française.

Voilà déjà douze ans que Philippe Muray nous a quittés. Chroniqueur et contempteur de notre époque, il avait su à nul autre pareil décrire la dérive des sociétés occidentales. Le rassemblement qui a eu lieu ce mercredi 20 février, dans le 11e arrondissement, l’aurait probablement inspiré pour l’une de ses chroniques (1).

Intitulé « Europacity, les raisons de la colère », ce « rassemblement citoyen » fut la quintessence de cette culture « altermondialiste » si française, qui manie discours alarmistes et révolutionnaires, mais qui profite allégrement de la sympathie de groupes de presse aux mains de milliardaires et ne crache pas de temps à autre sur une subvention publique (2).

C’est d’abord le lieu de l’événement qui porte à sourire (3) : une conférence dans le très bobo 11earrondissement, salle Olympes de Gouges, on n’aurait pas rêvé mieux. Les sarcastiques feront remarquer que ces braves citoyens ne se sont pas mobilisés dans le Val d’Oise, en bas de tours HLM de Gonesse (4), dans ces quartiers « si riches de la diversité » qu’ils affectionnent tant. On portera aussi un regard amusé sur l’horaire : 18 h 30, début de la réunion (5). Idéal pour instituteurs, professeurs des écoles, militants professionnels et retraités. Un peu moins pratique pour la plupart des autres travailleurs et pour les habitants des villes concernés, à quelques kilomètres de là. Enfin et surtout, gardons un peu de fiel pour les invités : Europe Écologie les Verts, l’écrivain (« écrivain-e » ?) Marie Desplechin, l’ancienne ministre Delphine Batho, la députée Clémentine Autain, la parlementaire européenne Corinne Lepage… Au programme, des débats (6) (entre des individus d’accord entre eux), projection d’un film, conférence et, espérons-le, un buffet bio équitable et sans gluten.

Philippe Muray aurait adoré ce rassemblement qui ressemble à tant d’autres. Son style si particulier et si drôle aimait manipuler les mots et créer de toute pièce des néologismes assassins, révélateurs des tartuferies contemporaines. On a retrouvé lors de cette réunion contre Europacity cette fameuse « intelligentsia pétitionnaire », qui vit par et pour une révolte d’apparat, se nourrit de combats qu’elle ne compte pas gagner (7), mais compte bien mener, juste pour exister. Car le discours altermondialiste, consistant à défendre les potagers contre le béton et les tomates-cerises contre les rocades d’autoroute n’a rien de subversif ni de dangereux (8). D’autant plus dans une société où l’écologie est devenue la nouvelle religion d’État (9), au regard de laquelle sont jugés moralement chacun de nos comportements. Dans une telle société, le zadiste est un sympathique « mutin de Panurge » (10) (encore Muray !) qui ne se révolte pas « contre », mais « pour » l’idéologie dominante (. Un « mutin de panurge » qui deviendra vite un « maton de panurge » quand il s’agira de faire taire les voix de ceux qui contesteraient ce politiquement correct.

Des « damnés de l’alter » (toujours Muray) bien aidés par les « artistocrates », ces professionnels du spectacle, du théâtre ou de l’édition, chez qui « l’engagement » est le cache-sexe de carrières aux crochets du contribuable ou du copinage.

Pourtant, comme souvent pour ces grands investissements sur le territoire, la réalité est souvent plus complexe que le discours des professionnels de la ZAD. Quiconque est déjà passé aux abords du Triangle de Gonesse en se rendant à Roissy voit bien que la zone ressemble bien plus souvent à un terrain vague sous pesticides qu’à un Éden agricole (11), comme nous le présentent les écologistes. De plus l’État, à la manœuvre sur ce projet, a multiplié les concertations avec les habitants et a contraint les promoteurs à multiplier les dispositifs de protection de l’environnement. Et finalement, par un amusant retournement, Europacity proposera donc des panneaux photovoltaïques (12), un système de récupération des eaux, des espaces verts et fermes urbaines « en circuit court » (13) pour alimenter « les restaurants des environs ». Des restaurants qui vont côtoyer « salles de concerts » et « musées d’art contemporain » : les bobos du 11e arrondissement qui contestent Europacity pourront s’y rendre, ils ne risquent pas d’être dépaysés !

Don Quichotte combat des géants qui n’existent que dans son imagination (14) pour donner un sens à sa vie rêvée de chevalier. Europacity pourrait bien être le nouveau moulin de ceux qui cherchent sans cesse de nouvelles luttes, moins pour l’emporter que pour donner un sens à leurs existences, à leurs discours, et justifier leurs subventions publiques.

 

(1) Que sait l'auteur de ce qu'aurait pensé Philippe Muray à propos d'Europacity. Pour lui, la "dérive" dont il est question aurait-elle été le mouvement contre EuropaCity ou la "dérive" consumériste de ce dernier ? Faire parler les morts, c'est un procédé fréquemment employé, mais un peu trop facile et totalement indigne !

(2) Accuse-t-on le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), organisateur de la soirée, de recevoir des subventions publiques ? Nous mettons au défi l'auteur de cet article fielleux de nous dire lesquelles et de nous citer ses sources.

(3) Le lieu de l'évènement n'a pas été choisi en fonction de la position géographique de ceux que l'auteur qualifie de "bobo", mais pour des raisons pratiques : il fallait une salle d'une bonne contenance et la salle Olympe de Gouges peut recevoir 750 personnes. Ce n'était pas présomptueux de la part du CPTG de supposer une telle participation, car, au plus fort de la soirée, il y a eu jusqu'à 1300 personnes, ce que l'article se garde bien de dire ! De plus, le CPTG n'a pas les moyens considérables que déploie CETRUS pour diffuser sa propagande : il nous fallait donc organiser une soirée à moindre coût et le maire du 11eme arrondissement, lui aussi opposant à EuropaCity, a bien voulu prêter cette salle au CPTG.

(4) Imagine-t-on sérieusement que le maire de Gonesse, qui fait tout pour étouffer la contestation sur son propre territoire, aurait prêté une salle au CPTG ? De plus, les problèmes liés à Europacity (disparition des surfaces agricoles, bilan carbone catastrophique, etc.) sont des problèmes d'ampleur régionale, voire nationale. Il était donc logique d'organiser ce rassemblement citoyen dans un lieu central et cela ne pouvait être qu'à Paris.

(5) Sur la question des horaires, la critique est facile, mais l'article ne nous indique pas lesquels auraient pu satisfaire tout le monde : en début d'après midi ? Cela aurait été encore plus difficile pour ceux qui travaillent. Plus tard dans la soirée ? La limite aurait été l'heure à laquelle la salle aurait du être libérée. Pendant un week-end ? On n'en parle même pas, cela aurait considérablement nui à la participation.

(6) Il n'y avait pas que des écrivains ou des personnalités politiques au programme, mais également de jeunes gonessiens opposants au projet Europacity (oui, cela existe !), des agriculteurs, un avocat venu pour informer sur l'avancement des procédures juridiques engagées contre Europacity, des militants du projet CARMA proposé comme alternative à EuropaCity. De plus, reproche-t-on au CPTG d'avoir invité des personnalités capables de conforter son message ? Ce serait faire deux poids deux mesures, car CETRUS ne se prive pas d'organiser des réunions publiques pour difuser sa propagande, où le CPTG n'est pas invité !

(7) Ce combat, le CPTG compte bien le gagner. Dans le cas contraire, il n'engagerait pas de frais d'avocats pour des procédures qui, rappelons-le, sont soit déjà gagnées, soit en bonne voie de l'être.

(8) Allez raconter cela à la famille de Rémy Fraisse ou aux manifestants écologistes molestés par la police

(9) L'écologie, une religion d'état ? C'est sans doute pour cela que Nicolas Hulot, nommé ministre en raison de sa popularité, a du démissionner au bout d'un an. C'est sans doute pour cela que les états ne respectent pas les engagements pris à la COP 21 - et ici, nous ne parlons ni des Etats-Unis, ni de la Chine, mais bien de la France où les émissions carbone ont augmenté de 3% l'année dernière. C'est sans doute pour cela aussi que les fermetures de centrales à charbon sont différées, que la mise en service du T4 de Roissy amènera entre 400 et 500 vols de plus (estimation basse). Alors si l'écologie est une religion, l’État est le premier hérétique à bruler !

(10) Puisqu'on en est aux mauvais jeux de lots avec Rabelais, il vaut sans doute mieux être un "mutin" qu'un "mouton", de Panurge ou de quelqu'un d'autre. Les moutons sont ceux qui croient les fables que raconte Europacity sur l'emploi ou qui n'ont pas assez d'esprit critique pour mettre en doute les professions de foi  "écologiques" du promoteur.

(11) "Terrain vague sous pesticides" ? Si l'auteur de l'article croit vraiment être allé sur le triangle de Gonesse, son GPS devait être détraqué. Car on ne pratique pas de cultures céréalières sur un "terrain vague". Quant aux pesticides, l'allégation aurait plus de portée si des mesures avaient été faites. Et même si c'était vrai, la solution de facilité serait bien de bétonner pour faire disparaître toute trace de pesticides et, du même coup, une des dernières terres agricoles de la région plutôt que de la réhabiliter.

(12) Ni un panneau voltaïque, ni un système de récupération des eaux ne font le printemps écologique. C'est pourtant ce que CETRUS essaie de nous faire croire en "oubliant" de mentionner que, globalement, le projet concentrera sur 70 hectares le bilan carbone d'une ville de 140000 habitants. Rappelons d'ailleurs que l'arrêté de création de ZAD a été annulé pour insuffisance d'étude de l'impact écologique et que le rapporteur du tribunal administratif a requis l'annulation du PLU voté par la ville de Gonesse pour les mêmes raisons. L'auteur de l'article n'est décidément pas un "mutin", mais un "mouton".

(13) Depuis quand des fermes urbaines, en nombre forcément limité puisque les 80 hectares seront principalement occupés par des activités de loisir et de commerce, remplaceraient-elles les terres agricoles qu'elles vont détruire ? Si on veut intégrer celles-ci à l'espace urbain de Gonesse, le projet d'économie circulaire CARMA est une alternative beaucoup plus crédible.

(14) Après Rabelais, Cervantes ! A l'âge que j'ai, je pourrais tout simplement décider de m'en foutre car, dans quelques années, tout cela ne me concernera plus. Mais j'ai des petits enfants et je voudrais bien leur laisser une terre plus propre. Alors, Don Quichotte contre les moulins à vent ? Si vous voulez, sauf que les dits moulins ne sont pas sortis de l'imaginaire de l'anti-héros, mais sont bien une réalité. Et le CPTG se bat bien pour gagner, non pour justifier une subvention qui n'existe que dans les fantasmes de l'auteur de cet article.

 

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