Une réunion publique sur le projet de terminal T4 d'ADP

A la suite de la consultation publique, la Direction d'ADP tenait une réunion d'information. Comme on pouvait s'y attendre, cette réunion n'a pas convaincu les opposants au projet, car la logique économique qui est celle d'ADP continue à prévaloir sur les considérations d'environnement et de santé publique.

Il y avait plus de 400 personnes à la réunion d'information organisée par ADP le 9 octobre sur l'extension T4 de l'aéroport de Roissy. L'organisateur ne s'attendait manifestement pas à une telle affluence car il avait commencé par refuser des inscriptions. A la demande de l'ADVOCNAR, il a du dédier plusieurs salles à cette réunion, pour pouvoir accueillir tout le monde. Seule une partie des participants pouvait donc poser des questions en direct, les autres étant invités par un animateur à intervenir par SMS !!!

Dans un E-mail adressé aux membres de son association, Françoise Brochot, présidente de l'ADVOCNAR, restitue le bilan de cette réunion, en parlant "d'engagements unilatéraux inopérants du groupe ADP en termes de réduction des pollutions sonores et chimiques et des émissions de gaz à effet de serre". La plupart des mesures ne repose, en effet, que sur des améliorations technologiques à venir, qui ne sont rien d'autre que des hypothèses. L'engagement d'accélérer l'insonorisation des habitations touchées par le bruit, condamnant de façon arbitraire les occupants à rester confinés chez eux ne satisfait personne. Plus ridicule encore : ces engagements d'atteindre la neutralité carbone en 2030 en plantant des arbres dans la forêt de Montmorency plutôt que de réduire les émissions à la source. Les organisateurs manifestent aussi la prétention de diviser par 2 les émissions de gaz carbonique en 2050, dans un contexte où il est prévu d'ajouter à Roissy le trafic actuel d'Orly (+38%). Evidemment,   aucune précision n'est apportée sur la façon dont on compte s'y prendre.

Le bilan des garants, qui a été soigneusement passé sous silence lors de la péroraison du porte-parole d'ADP, mentionne (page 50): "de nombreuses propositions ont émergé pour améliorer la vie quotidienne des riverains et des salariés. Il conviendrait de toutes les étudier avec précision et parfois même de conditionner la poursuite du projet à leur réalisation". Il n'en est tenu aucun compte car, à aucun moment, il n'a été mentionné de conditions à la poursuite du projet.

Bien plus que tout : dans le contexte d'un projet de privatisation d'ADP, ni son représentant, ni même le préfet de région, n'ont la moindre légitimité pour prendre des engagements au nom des futurs repreneurs : ce sera le futur actionnaire majoritaire, si la privatisation a lieu, qui sera seul décisionnaire et il ne sera nullement tenu par ces promesses. Cette réunion était donc nulle et non avenue et réitérer les demandes des associations auprès du Groupe ADP en réunion était donc parfaitement inutile. C'est pourquoi, après une déclaration  demandant l'annulation pure et simple du projet (photo ci-dessous), deux jeunes filles de 16 ans ont remis au Préfet une lettre ouverte au Président de la République, aujourd'hui seul interlocuteur compétent à leurs yeux. Cette lettre, après avoir souligné l'incohérence totale entre les déclarations gouvernementales et la poursuite du projet T4, formule des propositions en vue de réduire le transport aérien. Elle est signée de 12 associations, ONG et collectifs, dont l'ADVOCNAR.

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Les opposants ont ensuite interrompu la réunion pour se rassembler à l'extérieur de la salle. Un des organisateurs, espérant convaincre hors micro des militants de regagner la salle, s'est fait apostropher par un médecin membre de l'ADVOCNAR : pour ce dernier, l'impact des nuisances aériennes sur la santé humaine est parfaitement bien documenté par des études sérieuses.  Il constate que, comme à l’accoutumée, les considérations économiques passent devant le bien-être et la santé. Cette démarche, qualifie-t-il, est aussi criminelle que celle des entreprises qui se débarrassent de leurs déchets toxiques dans les décharges de Côte d'Ivoire.

Le rassemblement se termine par des prises de parole à l'extérieur du bâtiment, par lesquelles les associations se disent déterminées à faire valoir auprès de l’État les revendications et propositions portées dans la lettre ouverte, au besoin par des actes de désobéissance civile dont l'action de ce jour n'était que le premier acte.

 

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