Covid : même pas peur !

Ce sont les effets pervers de la course au vaccin : l'Amérique et la Russie, par la voix de leurs présidents, rivalisent de rodomontades puériles en ce qui concerne le vaccin : le président au QI d'huitre promet la mise au point d'un vaccin avant les élections et le président russe annonce que c'est déjà fait. Les scientifiques sont sceptiques.

Depuis 30 ans que les premiers cas de SIDA se sont déclarés, la recherche n'a toujours pas réussi à mettre au point un vaccin. Aussi, lorsque

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Poutine déclare, après 8 mois de pandémie au COVID19, que  « Ce matin, pour la première fois au monde, un vaccin contre le nouveau coronavirus a été enregistré. (…) Je sais qu’il est assez efficace, qu’il donne une immunité durable », l'annonce laisse plutôt sceptique. Le caractère  politique de ce genre de communication apparaît pleinement avec l'annonce concomitante de Donald Trump, qui déclare que les États-Unis seront dotés d'un vaccin avant des élections qu'il est en train de perdre et qu'il voudrait bien voir reporter. 

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"Covid, même pas peur", dirait-on dans les cours de récréation. De fait, en plus d'être prématurées, ces annonces font figure de rodomontades puériles car l'annonce de ces prétendus vaccins finira bien, à court terme, par se heurter à la réalité des faits. Si, comme il est probable, l'annonce américaine ne tient pas ses promesses, Donald Trump prend le risque de démontrer, une fois de plus, son incapacité à gérer une crise sanitaire et de perdre définitivement ses élections. En ce qui concerne le vaccin russe, nous connaissons déjà la vérité : deux jours avant l'annonce de Poutine, l'OMS classait le vaccin russe en phase d'essais préliminaires, loin derrière certains concurrents américains ou chinois. il s'agirait; selon le président russe, d'un vaccin qui a passé les phases 1 et 2 de l'expérimentation visant respectivement à s'assurer, sur l'animal, de l'innocuité du produit et à établir que le vaccin induit bien une réponse immunitaire chez l'homme.  Sur les résultats de la phase 2, nous avons une déclaration du ministre russe de la santé : « Selon les résultats, le vaccin a montré une efficacité et une sécurité élevées. Tous les volontaires (deux groupes de 38 personnes, NDLR) ont développé des titres élevés d'anticorps contre le Covid-19, alors qu'aucun d'entre eux n'a eu de graves complications dues à la vaccination ». Mais  en court-circuitant la phase 3, indispensable pour vérifier que la réponse immunitaire induite par le vaccin assure bien une protection efficace contre le virus, Poutine accepte délibérément le risque de mettre sur le marché un vaccin inefficace.

Les réactions du monde médical sont pour le moins mitigées, tant sur le plan de la science que de l'éthique. Le professeur Lelièvre, infectiologue à l'hôpital Henri Mondor, concède :"Sur le papier, c'est un vaccin potentiellement intéressant", mais ajoute que  "faire une telle annonce sans avancer aucun résultat, c'est très limite". Pour un autre chercheur londonien, le terme "très limite" fait figure d'euphémisme car il  juge une telle annonce "inconsciente et insensée" ;  Pour lui, un vaccin qui n'aurait pas été « testé de manière appropriée (…) pourrait avoir des conséquences désastreuses ». L'association des organismes de recherche clinique russe elle-même voit dans la démarche de Poutine une "relique du paradigme héroïque caractéristique des pionniers de la vaccination" ; dit plus simplement, on n'est plus au temps où Jenner inoculait l'agent pathogène de la variole à des volontaires pour s'assurer de l'efficacité de sa vaccination. L'association déclare, dans une lettre vitriolée à l'adresse de son propre ministre de la santé, que "la médecine moderne adhère à des normes qui réduisent les risques pour l'homme". Tout simplement parce qu'elle a des moyens de contrôle qui étaient inconnus au temps de Jenner et de Pasteur et qu'en les négligeant, les dirigeants russes nous ramènent à des pratiques vaccinales du 18ème siècle. Quant à l'OMS, elle rappelle la Russie au "respect de directives claires en matière de développement de ce type de produits". Et elle précise qu'elle ne validera un vaccin qu'après une étude approfondie des données fournies par le fabricant. Mais encore faut-il que ces données soient sincères et l'exemple de Monsanto montre à quel point il est facile de "truquer" un dossier avec l'aide de quelques scientifiques plus ou moins complices.

S'agissant du président au QI d'huître, il est confronté à une pandémie qu'il n'arrive pas à juguler avec des conséquences économiques qui lui font perdre pied dans les sondages. Parmi les causes de cet échec, l'absence totale de coordination au niveau fédéral et aussi l'inadaptation de la couverture santé américaine généralement liée à une assurance privée souscrite par les entreprises. Cela signifie qu'en cas de licenciement, le chômeur perd sa couverture maladie. Devant cette incapacité à maîtriser la pandémie, il ne lui reste plus qu'à espérer un vaccin avant les élections. Mais ses conseillers scientifiques, eux aussi, sont dubitatifs sur cette éventualité.

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