Les maires partent en guerre contre les pesticides

Le débat sur les pesticides bat son plein, au point de susciter une consultation publique. Les déclarations des uns et des autres montrent encore, s'il en était besoin, que les impératifs économiques s'effacent devant ceux de santé publique et d'environnement. Et si le Gouvernement, pour une fois, se montrait cohérent avec lui même en arrêtant de soutenir les projets de bétonisation ?

C'est le maire d'une petite commune d'Ile et Vilaine qui a lancé cette croisade contre les pesticides, en interdisant leur utilisation à moins de 150 mètres des habitations. Malgré l'annulation de l'arrêté qu'il avait promulgué par le Tribunal Administratif, une quarantaine de maires et le conseil général d'un département ont pris des mesures similaires. Cinq grandes villes soutiennent cette fronde en annonçant l'interdiction des pesticides sur leur territoire.

Autrefois, quand on voulait enterrer un problème, on créait une commission. Avec Macron, dans un souci de "démocratisation", on lance une consultation publique sur le modèle du "grand" débat qui doit durer... trois semaines (!). Mais ceci ne saurait faire oublier la légèreté avec laquelle ce grave problème de santé publique a été traité jusqu'à maintenant : n'oublions pas qu'au moment où a été débattue l'interdiction du glyphosate, les députés étaient une quarantaine à se prononcer. Cela donne une loi insuffisante qui interdit à un tribunal administratif de se prononcer en faveur de l'arrêté d'un maire soucieux de la santé de ses électeurs et de leur enfants.

Les agriculteurs contrattaquent avec des arguments qui ont l'apparence de la pertinence : si on appliquait partout l'arrêté municipal de Langouët, quel est le pourcentage de terres agricoles qui tomberait sous le coup de cette loi ? Il est loin le temps où Giscard d'Estaing proclamait que l'agriculture "est le pétrole de la France", car notre pays importe déjà 20% de sa consommation alimentaire et une telle mesure ne ferait qu'aggraver les choses. Un maire agriculteur d'une commune de l'Allier surenchérit : "Ce ne sont pas les parcelles agricoles qui empiètent sur la ville, mais bien l'inverse". Car ce sont les maisons qui ont été construites à proximité des vignes "et on demande aujourd'hui aux agriculteurs de réorganiser la production à leur abord, au risque de perdre une bande de 150 mètres de terre".  Le ministère de l'Agriculture, après avoir proposé une zone dérisoire de cinq mètres autour des habitations, suggère qu'on applique cette zone tampon aux promoteurs immobiliers et non aux agriculteurs.

Ce débat est dérisoire, car il méconnait l'essentiel : les pesticides sont une menace grave pour la santé, à commencer par celle des utilisateurs de ces produits, comme le démontrent les multiples procès intentés contre Bayer-Monsanto. Ils sont également une menace pour l'environnement, car ils s'infiltrent dans les nappes phréatiques et polluent les rivières et les sols comme en Martinique où on est parti pour des siècles de pollution au Chlordécone, interdit depuis, mais trop tard. Ils sont responsables de la disparition progressive des insectes pollinisateurs, sans lesquels c'est toute la production fruitière qui est menacée de disparition. L'interdiction pure et simple des pesticides devrait être la seule réponse raisonnable aux impératifs de préservation de l'environnement et de la biodiversité, mais les "décideurs" préfèrent écouter les lobbies criminels de l'industrie chimique. Cela montre une fois de plus que les impératifs de santé publique et de préservation de l'environnement cèdent devant des impératifs économiques de court terme.

Et si, plutôt que de pointer les baisses de production causés par les 150 mètres "d'immunité aux pesticides", on se préoccupait plutôt de celles, beaucoup plus importantes, causées par la bétonisation compulsive de notre territoire ? Selon l'émission "pour quelques hectares de plus", c'est 60000 hectares par an qui sont artificialisés par les bétonneurs fous, sans aucune politique d'ensemble d'aménagement du territoire. Quelques uns de ces projets sont aujourd'hui heureusement abandonnés, comme l'aéroport de Notre-Dame des Landes qui se proposait de saccager une région agricole riche ou le projet de parc Décathlon près d'Orléans. Mais de sérieuses incertitudes demeurent sur un certain nombre de grands projets contestés. Alors  le Gouvernement se montrerait plus cohérent s'il appliquait la zone tampon préconisée par le Ministère de l'Agriculture à EuropaCity et à d'autres et arrêtait donc de les soutenir.

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