Le triomphe de Boris Johnson

En Grande Bretagne, les urnes ont rendu leur verdict : le triomphe de Boris Johnson ouvre la voie à une sortie de l'Union Européenne le 31 Janvier, aux conditions signées par le premier ministre britannique avec l'Union Européenne. Mais, pour lui, les difficultés ne font que commencer.

Cela met un point final à tous les échanges que nous avons eus sur ce blog : plus rien ne peut empêcher le Brexit d'avoir lieu le 31 janvier, aux conditions de l'accord signé par Boris Johnson et l'Union Européenne. Les travaillistes sortent de ce scrutin complètement laminés et le premier ministre n'a plus besoin du parti loyaliste d'Irlande du nord, qui avait d'ailleurs cessé de le soutenir à la suite de l'accord passé avec l'Union Européenne. Le premier ministre est donc conforté à son poste et, pour lui, c'est la voie royale vers la sortie de l'Union à la date fixée, soit la fin du mois de janvier.

Il faut noter un paradoxe, souligné par un éditorial du Monde : en pourcentage des suffrages exprimés, les électeurs qui ont voté pour le Brexit (47%) sont moins nombreux que ceux qui ont voté pour un parti favorable à un second référendum (53%). Mais la dispersion des voix de ces derniers entre quatre partis, ainsi que le mode de scrutin britannique à un seul tour, a assuré à Boris Johnson une victoire massive, alors qu'il est minoritaire dans le pays.

Pour l'essentiel, l'accord accepté par Boris Johnson est un copié-collé de celui qu'avait signé Theresa May. Les différences portent sans surprise sur le problème de la frontière irlandaise : le nouvel accord prévoit l'établissement d'une frontière douanière en mer d'Irlande, avec un "tri douanier" entre les produits destinés à l'Ulster et ceux destinés à la république d'Irlande. Il pourrait s'agir d'un marché de dupes, car on ne voit pas comment, en l'absence de contrôle douanier aux frontières terrestres entre les deux Irlande, on pourrait empêcher les fraudes.
Cet accord ne résout rien, car il reste maintenant à négocier ce que seront les relations commerciales entre la Grande Bretagne et l'Europe. Ce nouveau train de négociations prendra des mois, voire des années et pourrait mener à une impasse, en raison des craintes européennes de voir se développer aux portes de l'Europe un modèle fiscal "singapourien". Ces négociations se dérouleront donc dans un climat de méfiance, de mise avec un partenaire aussi imprévisible que Boris Johnson. Il pourrait en résulter une situation équivalente à un No Deal qui ne s'avouerait pas avec ses conséquences désastreuses,  décrites dans un rapport que le Gouvernement a voulu tenir secret.

A la suite de son succès électoral, Boris Johnson a reçu les félicitations appuyées de Donald Trump, qui lui a promis "un énorme accord commercial plus juteux [...] qu'avec l'UE". On sait que le premier rêve de voir son pays prendre à nouveau le chemin du grand large en signant des accords commerciaux unilatéraux avec les États-Unis et avec les anciens pays du Commonwealth. Quant au  deuxième, il ne refuserait pas un cheval de Troie qui permettrait à son économie d'inonder l'Europe. Les futurs accords commerciaux entre Londres et Bruxelles devront donc garantir les européens contre cette éventualité. Johnson va surement tenter de jouer la désunion, comme il a tenté de le faire sans succès avant l'élection. Si, comme on doit le souhaiter, il échoue dans cette tentative, Il n'est pas dit qu'il accepte des conditions rigoureuses qui pourraient l'empêcher de signer les accords commerciaux qu'il souhaite, pas plus qu'il n'est certain qu'il ait quelque chose à gagner sur le long terme en signant un accord avec un partenaire aussi peu fiable que Trump.

La carte des résultats électoraux, publiée par Médiapart, est éloquente : c'est l'Angleterre qui a très majoritairement voté conservateur, alors que le pays de Galles est travailliste et qu'on assiste à une forte poussée du parti indépendantiste écossais. (48 des 59 sièges à Westminster). Cela incite la première ministre écossaise à demander à Westminster l'autorisation  d'un nouveau référendum sur l'indépendance, qu'elle n'a cependant aucune chance d'obtenir avec la majorité qui vient de se dégager. Quant à l'Ulster, on assiste à un renforcement des partis favorables au rattachement à la république d'Irlande.

Boris Johnson s'est fixé comme but de conclure un accord avec l'UE avant l'expiration (fin 2020) de la période de transition. Il a déclaré son intention de ne demander aucun report. C'est un objectif jugé complètement irréaliste par les partenaires européens et l'hypothèse d'un No Deal commercial est une hypothèse à prendre tout a fait au sérieux, avec les conséquences économiques décrites par le rapport cité plus haut. Ce sera aux yeux de tous les anglais qui auront imposé cette situation en raison de leur poids électoral écrasant. Le Premier Ministre peut utiliser tous les moyens constitutionnels à sa disposition pour empêcher l’Écosse et l'Ulster de décider de leur destin, il ne fera qu'exacerber les forces centrifuges qui menacent l'unité du Royaume-Uni.

 

 

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