RIP : un million de signatures malgré la multiplication des entraves

Cinq mois pile après le lancement du référendum d'initiative partagée (RIP) sur la privatisation d'ADP, la procédure vient de dépasser le million de signatures citoyennes. S'il semble impossible de réunir en trois mois les 3,7 millions de signatures manquantes, la quête des signatures doit se poursuivre et s'amplifier.

Car contrairement à ce que dit Libération, le dépassement de ce seuil a plus qu'une valeur symbolique, grâce à Macron qui a rejeté la demande de référendum d'initiative citoyenne aux conditions préconisées par les Gilets Jaunes, mais leur a promis d'abaisser le seuil des signatures requises à un million. Or nous y sommes.

Tout a été mis en place par les institutions soi-disant démocratiques avant et pendant la collecte des signatures pour empêcher que le peuple puisse s'exprimer sur un sujet aussi important, en lieu et place de la chambre des députés qui a bâclé le débat et voté à la sauvette en fin de nuit avec une cinquantaine de députés présents l'article de la loi PACTE qui autorise la privatisation d'ADP. L'absence de quorum fixé par la constitution permet cette anomalie, qui légitime la possibilité de donner la parole au peuple quand la démocratie représentative est déficiente.
Macron lui-même l'a reconnu implicitement : ce seuil trop élevé des 4,7 millions de signatures a été imposé pour rendre impossible le déclenchement de la procédure référendaire. Avant le vote, Edouard Philippe en a rajouté une couche, prétendant que le RIP ne pouvait s'appliquer ni à une loi déjà votée, ni a une loi en cours de vote. Cette tentative de limiter le champ du RIP est dérisoire, car on se demande alors dans quels cas la procédure peut se déclencher et le Conseil Constitutionnel ne l'a pas validée.

Mais selon Médiapart, les "sages" n'ont pas jugé utile d'imposer le minimum d'information nécessaire au libre exercice de la démocratie, sous prétexte que la constitution ne le prévoyait pas. Le conseil supérieur de l'audiovisuel a utilisé la même mauvaise raison et Radio France a refusé les annonces des opposants, sous prétexte d'une "neutralité" qu'elle est loin de pratiquer au quotidien. On aboutit ainsi à ce paradoxe qui illustre à lui tout seul les conceptions "démocratiques" de Baby Erdogan : le Grand Débat, organisé contre toutes les règles de la CNDP au point que sa présidente a refusé de s'y associer, a fourni l'occasion d'un battage monstrueux dans les média (malgré leur prétendue neutralité !) alors que le RIP prévu par la constitution a fait l'objet d'un silence abyssal.

manu

De surcroit, c'est peu dire que la collecte des signatures citoyennes, à laquelle les autorités n'ont pas cru devoir mettre les moyens suffisants, a été délibérément sabotée, tant le site mis en place était déficient. Libération commente : Le formulaire," à remplir sur un site multipliant embûches et plantages a concentré les griefs des pro-RIP": Aussi plus d' un million de signatures recueilles dans de pareilles conditions, cela tient de la performance ! Mais, à tous ceux qui ont voulu signer et ont été rebutés par la nullité du site, il convient de rappeler que la démarche peut s'accomplir au moyen d'un formulaire papier disponible dans les mairies.

Une performance qu'il convient aujourd'hui d'amplifier : chaque nouvelle signature  renforce la détermination affichée par les initiateurs de la procédure de demander à Macron qu'il tienne la parole donnée au Gilets Jaunes et applique dès maintenant l'abaissement du seuil de déclenchement. Et s'il ne le fait pas, ce reniement de sa propre parole confirmera qu'il est prêt à tout pour arriver à ses fins. il s'exposera aussi à une nouvelle explosion des Gilets Jaunes, qui aujourd'hui réalisent qu'ils n'ont obtenu que des miettes.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.