Retraites : paroles de leaders syndicaux

La réforme des retraites vue par les syndicats ! De ces déclarations, qui sont commentées ici, on voit que la réforme rencontre l'hostilité de la majorité des syndicats, en termes de représentativité. Seul le secrétaire général de la CFDT tient un discours d'autosatisfaction pour avoir soi-disant obtenu le retrait de l'âge-pivot. Mesure qui reviendra en force dans trois mois !

Yves Verrier (Force Ouvrière)

"Je demande une pause dans le processus du projet de loi, le temps de négocier."

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Le récent discours du premier ministre prévoit bien une pause, mais certainement pas celle que préconise Yves Veyrier. Le Gouvernement se défausse sur les partenaires sociaux et donne à ceux-ci trois mois pour trouver une solution à l'équilibre à court terme du système des retraites, tablant que le fait que patronat et syndicats n'arriveront pas à s'entendre. Si c'est le cas, il retournera à ses vieux démons et aura les mains libres pour prendre par ordonnances les décisions qu'il prétend imposer, comme il l'a fait pour la réforme du code du travail. On ne voit ici aucun changement de pratique par rapport à ce qui se faisait avant.

"Ce n'est pas notre système de retraite qui est défaillant, c'est l'emploi."
En effet, il faudrait avant toute chose se préoccuper des questions d'emploi, en particulier celui des seniors puisque la notion même d'âge pivot les concerne directement. Or on voudrait mettre en place une réforme obligeant les plus de 60 ans à travailler au moins jusqu'à 64 ans, alors que de 60 à 64 ans, il n'y a plus que 31% des seniors en activité, contre 44% pour l'ensemble de l'Union Européenne. 
En septembre 2019, le premier ministre missionne des experts pour "plancher" sur l'emploi des seniors. Sollicitation tardive, qui aurait du être un préalable à toute discussion sur les retraites au lieu de la suivre, tant le problème de l'emploi des seniors est un sujet qui aurait dû faire partie du débat. Le simple fait qu'elle arrive six mois après que Delevoye ait été missionné montre l'amateurisme de cette réforme des retraites. Mais nous l'avons compris, le débat ne fait pas partie des méthodes de la Macronie ?

"Ce régime unique par points est dangereux et rend incertain le droit à la retraite."

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La réforme à la française s'inspire très largement du modèle suédois, dont les retraités voient leurs pensions fondre comme neige au soleil. Il suffit de  suivre l'évolution du taux de pauvreté chez les seniors de ce pays (deux fois plus élevé qu'en France) pour comprendre les ravages qu'a causée la réforme. En France, le double mécanisme de l'âge pivot - qu'il est possible de modifier à la hausse - et de la valeur du point - qu'il est possible de modifier à la baisse - s'ajoute aux procédés déjà utilisés (augmentation de la CSG, non-revalorisation des pensions) pour diminuer le pouvoir d'achat des retraités.
La paupérisation des seniors est le but réel de cette réforme, grossièrement habillée sous un discours d'égalité. Mais, sous ses habits translucides, le roi est aussi nu que celui du conte d'Andersen

 

François Hommeril (Confédération Générale des Cadres)

"Edouard Philippe fait de la fumée, il nous amuse, il gagne du temps et use tout le monde".
Cette déclaration a été faite peu de temps avant qu'Edouard Philippe annonce le report (et non pas le retrait !) de l'âge pivot. Il a assorti cette annonce d'un délai de 3 mois généreusement laissé aux partenaires sociaux pour proposer d'autres solutions. Il vient en effet de gagner trois mois, au bout desquels, fidèle à sa conception du dialogue social, il légiférera par ordonnances.

 

Philippe Martinez (Confédération Générale du Travail)

"Les gens n'y comprennent rien, donc forcément, il y a une embrouille"

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Il y a bien une embrouille : d'abord la propagande est faite autour de la prise en compte de toutes les périodes travaillées dès le premier euro, contrairement au système actuel basé sur les trimestres de cotisations : on voudrait nous faire croire que cette mesure va compenser la prise en compte de toute la carrière au lieu des 25 meilleures années. La contradiction vient d'une publicité d'AXA, qui évoque "la baisse programmée des pensions" et en profite pour vanter les mérites d'une capitalisation que seuls peuvent s'offrir les plus hauts salaires. Macron et Philippe ne pouvaient pas imaginer pire publicité pour leur réforme.
Ensuite, on voudrait faire croire que cette réforme est "juste", avec, en appui de cette allégation, le slogan "un euro cotisé donne les mêmes droits à tous". Ce simplisme du discours cache des injustices flagrantes : en effet, la réforme ne tient aucun compte des différences d'espérance de vie entre les diverses classes sociales et revient donc à faire financer la retraite des cadres sortis d'une grande école à 24 ans avec un CDI en poche par des classes populaires qui, bien qu'ayant cotisé le même nombre d'années, seront moins longtemps à la charge des caisses de retraite. Et la mise en place de l'âge pivot aggraverait encore cet état de fait, car les plus modestes devront travailler plus longtemps pour avoir une retraite tout juste acceptable.
Le Gouvernement a donc tout intérêt à rendre sa réforme illisible pour cacher l'accroissement des inégalités qu'elle implique. Et il y réussit très bien.

"L'âge pivot existe déjà. En réalité, ce débat est un trompe-l'oeil"

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Non, l'age-pivot à proprement parler n'existe pas, mais l'accord de 2015 signé par trois syndicats CFDT, CFTC, CGC) introduit un système de pénalités qui obéit à la même logique :  celle d'une diminution des retraites pour inciter les salariés à travailler plus longtemps. Mais il y a deux différences notables : dans l'accord de 2015, la retraite du salarié sera amputée de 10% de ses droits, quel que soit son âge, s'il prend sa retraite moins de deux ans après qu'il ait atteint le taux plein et cette diminution est temporaire. Dans le système que le Gouvernement veut mettre en place apparaît un critère d'âge et la diminution de la retraite est définitive, ce qui rend le nouveau système pire que ce qui existait déjà. Mais il est vrai aussi que la mesure d'âge-pivot est l'arbre qui cache la forêt et le pouvoir doit se réjouir de voir Laurent Berger se polariser sur cette mesure en oubliant le passage de la base de calcul à la totalité de la carrière, au lieu des 25 meilleures années comme c'est le cas actuellement et le principe de la retraite à points, qui fera des prestations retraites une variable d'ajustement en cas de déficit budgétaire excessif. Philippe Martinez a donc raison de parler d'un "trompe l'oeil".

 

Laurent Berger (Confédération Française du Travail)

« Nous avons obtenu le retrait de l’âge pivot, une victoire pour la CFDT ! Nous allons maintenant poursuivre notre action pour un système de retraite plus juste et solidaire ! »
A ce qu'on dit, c'est Bismarck qui aurait mis en place le premier système de retraite en Europe. Ce n'était pas un système par répartition, mais par capitalisation et le seul point commun qu'il avait avec le notre était qu'il était obligatoire. Ce qu'on ne dit pas, c'est qu'il avait pris conseil auprès de ses experts pour en fixer l'âge de façon à ce que ça ne coûte rien ou le moins possible à la collectivité, c'est à dire 70 ans, un âge que peu de gens atteignaient à cette époque. En France, cette pratique a également existé sous le nom de "la retraite des morts". L'introduction d'un âge pivot rappelle cette période bénie car celui-ci sera in fine directement décidé au bon gré du pouvoir, qui pourra l'augmenter avec le temps sans qu'aucune limite ne soit fixée. 
Si on s'en tient au discours du premier ministre , l'âge pivot n'est pas "abandonné", mais repoussé dans le temps sous condition, celle que ce soient les partenaires sociaux (syndicats et patronat) qui trouvent les solutions et ceci dans un délai limité et pour une durée limitée dans le temps puisque le Gouvernement a fixé la date de mise en place à 2027 au lieu de 2022. Le Pouvoir table aussi sur le fait que ceux-ci n'arrivent pas à s'entendre pour pouvoir prendre par ordonnances les mesures d'âge pivot, hypocritement rebaptisé par les dirigeants de la CFDT "âge d'équilibre". Pourtant, jusqu'au discours du premier ministre, la distinction que faisait Laurent Berger entre ces deux appellations était tout, sauf évidente.
Alors célébrer une "victoire" comme le fait Laurent Berger, c'est participer à la propagande du Gouvernement et surtout, prendre ses propres militants pour des imbéciles. Ce que, dans bien des endroits, ceux-ci n'apprécient pas du tout.

 

 

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