L'urgente nécessité d'agir pour le climat

Les rapports se font de plus en plus alarmistes sur le climat : celui du WRI montre que pour seulement limiter les dégâts, il faut absolument contenir le réchauffement aux 1,5° d'augmentation prévus par la COP21. Mais cela suppose un pic d'émissions en 2020 et, cela, on en est loin !

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Le sarcasme débile est l'arme favorite du clown climatosceptique Donald Trump : n'a-t-il pas récemment ironisé«La vague de froid brutale et prolongée peut battre tous les records - Qu'est donc devenu le réchauffement climatique ?» Le Président qu'ont eu la bêtise d'élire ses compatriotes ne regarde jamais au-delà des frontières de son pays. Peut-être pense-il que la France est un état du Middle West ? La fonte accélérée des calottes glaciaires arctique et antarctique devrait interpeller tous les climatosceptiques, mais cela lui semble trop lointain pour qu'il se sente concerné (Trump sait-il seulement que l'Alaska est un état américain ?). Son propos ignore les canicules et autres sécheresses qui ravagent l'Australie, mais sait-il seulement que, du 21 décembre au 21 mars, c'est l'été dans l'hémisphère sud ? Enfin, sa réflexion ne se projette pas plus dans le passé que dans l'avenir, car il devrait également méditer sur la cause des ouragans et des sécheresses catastrophiques qui ont ravagé les Etats-Unis depuis un an.

C'est sur ce fond de climatoscepticisme imbécile qu'intervient le dernier rapport d'étape du 22 janvier, publié par un think tank américain, le World Resource Institute (WRI). Il fait suite à un rapport comparatif du GIEC entre les effets de réchauffement climatique d'1,5° et de 2°. Cet écart, en apparence minime, fait une grande différence en termes d'effets indésirables (c'est un euphémisme pour dire catastrophiques !), car les conséquences, déjà considérables si on réalise l'objectif des 1,5° fixé par la COP21, sont encore aggravées si la température augmente de 2°C : aggravation des précipitations extrêmes dans l'hémisphère nord, diminution des rendements de la pêche doublée en raison d'une dégradation accélérée des écosystèmes océaniques, multiplication par 10 de la fonte des glaces avec l'augmentation du niveau de la mer qui en résulte, diminution des rendements de l'agriculture, surtout dans les zones tropicales. Les experts du GIEC mettent également l'accent sur deux données fondamentale, le caractère exponentiel des modifications climatiques en fonction de la température et l'inertie climatique : la première de ces données implique que dans l'avenir, des changements même minimes de la températures entraîneront des conséquences de plus en plus graves ; la deuxième que les émissions de gaz à effet de serre constatées maintenant auront des effets décalés dans le temps.

Le rapport du 22 janvier précise que dans la perspective des objectifs de la COP21, le pic des émissions carbone devrait être atteint en 2020 pour entamer la décroissance. Il reste donc encore très peu de temps pour réaliser cet objectif et presque tous les voyants sont encore "au rouge".  Le journal Le Monde, dans un article du 23 janvier qui titre "L'objectif d'un pic des émissions en 2020 s'éloigne", en dresse un bilan pessimiste  : la déforestation s'accélère alors qu'elle devrait être arrêtée au profit de la restauration des terres, la fin du moteur thermique souhaitée par Nicolas Hulot n'est pas à l'ordre du jour en raison du coût prohibitif des alternatives alors qu'une des conditions est la propreté des nouveaux moyens de transport. Le seul point positif est le développement des énergies renouvelables : 17 pays produisent déjà 90% de leur électricité au moyen du solaire, de l'éolien ou de l'hydraulique et la tendance devrait s'accélérer, rendant possible l'objectif de 30% de renouvelable dédiée à la production d'électricité en 2020. Mais cette donnée ne doit pas cacher que "la puissance installée nette des centrales à charbon continue d'augmenter" : Jean Jouzel en énonce la cause "la difficulté tient d’abord à la facilité, pour de nombreux pays, à utiliser du charbon, du gaz et du pétrole, parce qu’ils en possèdent ou parce que cette énergie est peu chère".

Dans une interview accordée à Télérama (12 décembre 2018), Pierre Larouturou affirme ses convictions que la guerre contre le réchauffement climatique est indissociable de la lutte contre la pauvreté en Europe. Il commence par dénoncer l'absence de financement de la transition énergétique dans tous les pays d'Europe : l'Espagne a bien conçu un plan pour arriver à la neutralité carbone en trente ans, mais le budget n'est pas au rendez-vous. Les Pays-Bas, devenu zone inondable en raison des risques de montée de la mer, cherchent toujours l'argent qui servira au renforcement des digues. Le patronat allemand évalue à 50 milliards d'euro par an la somme nécessaire pour engager la transition énergétique. Quant à la France, "On annonce la rénovation annuelle de 700000 logements, mais il n'y a pas les financements [...]. C'est un cercle vicieux : comme il n'y a pas de financement, le secteur du bâtiment ne forme personne [...]. S'il y avait une volonté politique avec une pérennité assurée par un traité européen [...], les compétences naîtraient. Des emplois serait créés par dizaines de milliers".    

Il n'y a rien à attendre ni des États-Unis où gouvernent actuellement des climatosceptiques qui ont dénoncé l'accord de Paris, ni de la Chine qui continue à construire des centrales à charbon. Pour Pierre Larouturou, le seul moteur capable d'impulser une politique ambitieuse pour "faire la transition écologique la plus efficace et la plus puissante de la planète" est l'Union Européenne dont il rappelle que, tous PIB confondus, elle est la première puissance économique du monde et possède donc la masse critique pour mettre en place une politique ambitieuse qui servirait de modèle aux autres pays. L'Europe est, en outre, investie d'une responsablilté historique, car c'est la première région émettrice de gaz à effet de serre depuis les débuts de l'ère industrielle. L'interview fait écho aux propositions récentes d'un groupe d'économistes qui préconisent un nouveau traité pour l'Europe incluant un budget dédié à la transition écologique. "Avec une création monétaire au service de l'économie réelle et un budget du climat alimenté par une taxe sur les sociétés de 5%, dit-il à titre d'exemple, il serait possible d'isoler tous les logements, de créer des centaines de milliers d'emplois tout en réduisant les factures de chauffage". Or, nous dit le GIEC, les bâtiments sont, à eux seuls, responsables de 32% de la facture énergétique mondiale. Leur isolement permettrait donc des économies non négligeables, tant de chauffage dans les pays tempérés ou froids que de climatisation dans les pays tropicaux et équatoriaux. La mesure préconisée est donc pertinente, mais nécessite un déploiement budgétaire conséquent, car nous démontre Pierre Larouturou, "On ne peut demander à monsieur et madame Tout-le-monde de financer cette transition quand on sait que près de la moitié des populations n'ont aucune épargne". Or c'est exactement ce que dénoncent les Gilets Jaunes, avec cette taxe sur les carburants exclusivement automobiles, supposée être consacrée à la lutte contre le réchauffement climatique, mais dont la majeure partie disparaît dans les méandres du budget général ! Pierre Larouturou, après avoir rappelé les évaluations de la Cour des Comptes européenne - 1100 milliards par an pour financer la transition écologique - précise que la majeure partie de cette somme pourrait être financée par l'impôt de 5% sur les sociétés et les prêts à taux zéro consentis par une nouvelle institution, la banque pour le climat.

Mais le gouvernement français n'a de chance d'être écouté par ses partenaires européens que si le pays prêche d'exemple. Or les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 3% l'année dernière alors les engagements pris à la COP21 prévoyaient une diminution de 4% par an. Parmi les gros émetteurs de gaz à effet de serre figure le transport aérien qui a une empreinte carbone - exprimée par passager et par unité de distance - quarante fois plus importante que le TGV (est-ce vraiment le moment de supprimer les trains de nuit ?), sept fois plus importante que le bus, deux fois plus importante qu'une voiture avec trois passagers. Cela n'empêche pas le Gouvernement de continuer à soutenir EuropaCity qui doit attirer la moitié de ses 31 millions de visiteurs par avion et, dans la foulée, de soutenir le projet de terminal T4, qui, traitant par le mépris les riverains et leurs problèmes de santé dues aux nuisances liées au bruit, revient à implanter un nouvel Orly sur le territoire de Roissy. Et pourtant, si on considère que le transport aérien s'accroit de façon exponentielle avec un doublement tous les 20 ans, la politique de détaxation du kérosène "aérien"alors que le carburant qui sert à aller au travail est soumis à une taxation importante est un encouragement aux transports par avion. Ce bêtisier de la lutte contre le réchauffement climatique rend dérisoire les questions posées par le Grand Débat et réduit celui-ci à une aimable bouffonnerie à l'adresse des "nuls" que nous sommes censés être.

Quelques mesures individuelles qui permettraient de lutter contre le réchauffement climatique sont connues : manger moins de viande bovine, car cet élevage est particulièrement émetteur de gaz à effet de serre ; prendre moins souvent sa voiture ; limiter ses déplacement en avion : à titre d'exemple, si vous voulez aller à Barcelone, le train vous y mènera en six heures et  il n'est pas du tout sûr que, globalement, le voyage en avion soit moins long. Toutes ces décisions, qui font partie de la sphère privée sont dérisoires si elles ne sont pas assorties de mesures à l'échelle du pays : favoriser les approvisionnements courts, relocaliser les productions, s'il le faut en dénonçant ces accords de libre échange qui prolifèrent et poussent le consommateur à acheter des produits fabriqués à l'autre bout du monde, instituer une taxe sur le fuel des avions et mettre fin aux subventions des compagnies aériennes, voire éliminer les vols intérieurs ou à destination des pays limitrophes. Cela implique un véritable déploiement de transports en commun qui prenne en compte les besoins de la population et non ceux des plus riches, dans les villes comme dans les campagnes. Avec le CDG Express, EuropaCity et sa gare à 1,8 km de toute habitation, le développement de l'aéroport T4 et la fermeture des lignes jugées "non rentables" par une SNCF qui a commencé sa reconversion vers l'économie de marché, on est très loin du compte !

C'est la raison pour laquelle, lorsqu'on demande à Pierre Larouturou s'il est optimiste, il répond : "Non, vu l'énormité des déséquilibres accumulés depuis quarante ans et l'inertie de nos dirigeants, le pire est le plus probable" [...]. A nous les citoyens de pousser les politiques à agir de manière aussi ambitieuse. A nous de reprendre en main notre avenir". C'est ce qui émerge actuellement avec la pétition "l'affaire du siècle", avec ce mouvement de la jeunesse parti de Suède, avec les manifestations sur le climat qui se développent dans toute l'Europe. Cela suffira-t-il à infléchir les pratiques des gouvernements, liés aux impératifs du capitalisme financier ? Rien n'est moins sûr, mais comme le disait Bertolt Brecht : "qui se bat peut perdre ; qui ne se bat pas a déjà perdu".

 

 

 

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