Les raisons de relativiser la baisse du chômage

L'ambition" d'un taux de chômage à 7% à la fin du quinquennat est "franchement atteignable", dit Muriel Pénicaud sur RTL. Le taux national est descendu à 8,1% et 24 départements se situeraient déjà sous les 7%". Y a-t-il vraiment là, pour le Gouvernement, matière à cet accès d'optimisme, alors que cette décrue s'accompagne d'un net ralentissement de l'économie ?

Rappelons d'abord que les statistiques de référence sont basées sur la définition la plus restrictive qui soit, celle du Bureau International du Travail (BIT). Pour un chômeur, même en recherche active d'emploi et disponible immédiatement, le fait de faire ne serait-ce qu'une heure de baby-sitting ou de distribution rémunérée de prospectus dans le mois suffira à le faire exclure de la catégorie chômeur au sens du BIT. Les statistiques de l'INSEE ont adopté cette définition. qui permettrait prétendument de faire des comparaisons entre les pays. Mais les évaluations basées sur cette définition présentent au moins deux biais :
la définition du BIT exclut les personnes qui voudraient travailler, mais ne remplissent pas toutes les critères qui permettraient de les classifier comme chômeurs. Cette frange de la population, appelée "halo du chômage" permet de sous-estimer systématiquement le nombre de chômeurs, comme c'est le cas en Grande-Bretagne avec les "contrats zéro heures". Ces derniers, permettant de sortir des statistiques des actifs qui, en réalité, n'ont pas d'emploi fixe, sont un exemple de dispositions qui rendent les taux de chômage incomparable d'un pays à l'autre et ne rendent absolument pas compte de l'état réel du marché du travail..
Les statistiques du BIT, pas plus d'ailleurs que celles de l'ANPE qui ne prend en compte que les chômeurs de la catégorie 1, ne tiennent compte des temps partiels forcés. Cela a poussé le mensuel Alternatives Économiques à publier un contre-indice qui analyse le chômage en termes d'équivalent temps plein et en déduit un taux d'inactivité. Cette analyse renvoie dos à dos les économies française, allemande et britannique avec un taux d'inactivité  qui tourne autour de 28%. De plus, comme on pouvait s'y attendre, cette baisse artificielle du chômage induite par les contrats zéro heures en Grande-Bretagne et les emplois à un euro en Allemagne a été obtenue au prix d'un accroissement du taux de travailleurs pauvres. Le durcissement de l'accès au chômage porté par la dernière réforme, qui permettra d'exclure des statistiques plus de sans-emplois, relève de la même option.

Alternatives Économiques (octobre 2019), associe la baisse du taux de chômage à une augmentation du halo du chômage - ou de baisse du taux d'activité - plus qu'à une dynamique de l'économie. Dans une interview accordée à  RTL,  Muriel Pénicaud anticipe la baisse du chômage à 7%. Optimisme prématuré, sans doute, bien qu'elle souligne un point positif dans la politique gouvernementale : un incontestable effort en termes d'apprentissage et de formation, qui pourrait mettre en adéquation l'offre et la demande d'emploi. Mais la baisse actuelle du chômage n'est pas à attribuer à une politique dont les effets ne seront visibles que dans quelques années, si aucun ralentissement structurel ( par exemple suites du Brexit) ou conjoncturel (comme par exemple coronavirus) ne vient entraver cette marche vers l'emploi. Et en attendant, selon Alternatives Économiques, "on est en train de fabriquer de nombreux exclus, condamnés le plus souvent à une pauvreté durable et au recours à l'assistance. Il est en effet très difficile de ramener à l'emploi des personnes durablement éloignées du marché du travail". Aussi est-il bien trop tôt pour crier victoire.

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