Union Européenne, bouc émissaire de l'incurie américaine

Dans son aversion irrationnelle pour l'Union Européenne, Donald Trump accuse celle-ci d'avoir mal géré la crise sanitaire et d'être responsable de l'arrivée de la pandémie aux États-Unis. C'est vouloir faire de l'Europe le bouc émissaire de ses propres péchés.

Pour Donald Trump, tout est bon pour attiser la guerre contre l'Europe, même l'épidémie de coronavirus et c'est même une manière d'affirmer son soutien au Royaume-Uni dans les controverses liées au Brexit : le 11 mars, il ferme complètement ses frontières à tous les européens pour trente jours, sauf aux britanniques. Le lendemain, il accuse l'Europe d'être responsable de la propagation de la pandémie aux États-Unis, au motif que celle-ci aurait fermé trop tard ses frontières aux chinois et que les cas détectés aux États-Unis seraient venus d'Europe.

Il s'agit là d'un mensonge scientifiquement prouvé : les nombreuses mutations du virus tiennent lieu de "marqueurs" qui permettent de déterminer exactement l'origine de chaque source de virus et de démontrer, n'en déplaise au président américain, que sur les neuf sites américains aujourd'hui infectés, huit ont subi une contamination par un virus en provenance d'Asie et un seul d'origine européenne (voir la carte ci-dessous). Et, en contradiction avec les affirmations de Donald Trump, le premier cas détecté aux Etats-

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Unis en date du 21 janvier était un homme de 35 ans revenant de Wuhan, foyer chinois de l'épidémie.

Plutôt que de faire le bravache, Donald Trump ferait mieux de balayer devant sa porte : comme le montre la carte, la ville de Seattle, située sur la côte ouest, est devenue l'épicentre du virus, "par négligence" nous dit le journal Le Monde. En effet, les autorités américaines ont accumulé les fautes : refus lorsque, dès le 13 janvier, une spécialiste des maladies infectieuses a demandé l'autorisation à la Food and Drug Adminstration (FDA) de tester la présence du coronavirus dans les échantillons qu'elle avait accumulés pour tracer la grippe , incapacité pour le Center for Disease Control (CDC), amputé du quart de son budget par l'administration Trump, de mettre au point son propre test de dépistage, refus de la proposition de l'OMS de mise à disposition d'un test élaboré par un laboratoire allemand au profit d'un test américain qui s'est révélé inefficace. Deux mois après l'apparition du premier cas aux États-Unis, le pays est toujours dans l'incapacité de dépister le virus à grande échelle et l'épidémiologie américaine est toujours sourde et aveugle dans le suivi de la maladie. Seattle connaît la même désertification que les villes italiennes et le responsable local de la santé publique prévient : "L'équivalent d'un tremblement de terre majeur va nous secouer pendant des semaines et des semaines". Le gouverneur de l’État de Washington surenchérit : "le reste du pays sera dans la situation où nous sommes dans deux ou trois semaines". Devant l'urgence, la fondation Bill Gates a budgétisé cinq millions de dollars dédiés à la mise au point d'un test de dépistage, qui sera distribué gratuitement aux habitants de Seattle.

L'administration Trump est donc la seule cause de retards qui seront lourds de conséquences dans un pays où, de surcroît, il n'existe ni système de santé public, ni couverture maladie universelle et où le quart des habitants ne bénéficie d'aucune couverture santé. L'Union Européenne n'a aucune leçon a recevoir du président américain, car elle est en train de lancer des essais de traitement à grande échelle alors que l'Amérique balbutie encore en termes de dépistage. Quant à son Alter Ego britannique, sa politique revient à sacrifier 300000 à 500000 personnes pour atteindre une "immunité de groupe". Et contre tout bon sens, Trump prétend protéger les américains en ouvrant ses frontières aux seuls ressortissants britanniques ! Agir ainsi, c'est aussi cautionner le projet monstrueux de Johnson. Boris et Donald sont frères dans le délire schizophrénique.

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