Israël est-il un régime d'Apartheid?

La nouvelle loi sur la nationalité, qui donne aux juifs une supériorité ethnique, est qualifiée de "régime d'apartheid" selon le vice président de la Knesset, qualificatif réfuté par un député du Llikoud. Si on ne peut assimiler Israël à l'Afrique du Sud, la loi toute entière met en place une discrimination basée sur la religion;

La "loi sur la Nationalité" récemment adoptée en Israël consacre la judéité de l'état, aux dépens des minorités ethniques : l'Hébreu devient la seule langue officielle d'Israël et l'Arabe se trouve relégué au rang de "statut spécial". En pratique, d'après une des clauses de la loi, l'administration continuera à communiquer en Arabe et les affichages seront encore dans les deux langues, mais il ne s'agit que d'une étape vers un durcissement, de la part de certaines administrations locales ou, plus tardivement, d'une nouvelle loi votée à la Knesset. Le statut d'Israël en tant que "foyer national du peuple juif" est défini par un droit à l'autodétermination national exclusivement réservé aux juifs et par un "droit à maintenir le caractère exclusif des communautés juives". Il s'agit d'une loi qui donne aux juifs d'Israël une suprématie ethnique, similaire à celle dont jouissaient les blancs en Afrique du Sud.

"Régime d'apartheid", commente Ahmad Tiji, vice-président de la Knesset et arabe israëlien. Pas du tout, répond un autre membre du Parlement pour lequel "Israël assure le respect de ses minorités".

Le premier qualifie Israël de "démocratie pour les juifs, pays juif pour les arabes", obligés de vivre comme des étrangers dans leur propre pays. Le critère de cette discrimination étant la religion, le pays peut être considéré comme une théocratie qui, grâce à des institutions parlementaires, s'est revêtu des habits d'une démocratie de façade. Ceci n'est pas nouveau car bien avant la loi sur la nationalité, il existait déjà, nous dit l'auteur, "plus de cinquante dispositions législatives qui ne discriminaient que ses citoyens non-juifs". La nouveauté, c'est que cette loi grave dans le marbre de la constitution l'émergence de cet état prétendument démocratique. Mais de nombreux exemples démontrent que la démocratie ne se définit pas à une façade constitutionnelle derrière laquelle on chercherait vainement l'égalité de tous devant la loi, la liberté d'expression et la séparation des pouvoirs. Ainsi y a-t-il dans le monde des monarchies démocratiques et des républiques dictatoriales.

Le député du Likoud qui répond à cet article, se présente comme "fils d'immigrants marocain, juif fier de ses racines [...], sioniste engagé". Il décrit la loi sur la nationalité comme le troisième volet d'une constitution laborieusement élaborée par la Knesset (après la définition des pouvoirs et la "loi fondamentale sur la dignité humaine et la liberté"). Selon lui, le droit des juifs sur la terre d'Israël remonte à plus de 2000 ans, effaçant celui de tous les peuples qui l'ont habité depuis. De plus, le choix de la Palestine a été, selon lui, "légitimé" par le vote des Nations-Unies .
Selon lui, le régime de l'Apartheid sud-africain n'a rien de commun avec le système de discrimination selon la religion appliqué en Israël : "à quelle période de ce régime odieux qu'était l'Apartheid, répond-il, un parti africain est devenu le troisième parti d'Afrique du Sud ? A quelle période de ce régime les membres des communautés blanches et des communautés noires vivaient côte à côte, comme les juifs et les arabes israéliens à Haïfa, Saint-Jean-d'Acre, Nazareth, Jérusalem, Tel-Aviv et ailleurs ?"
Pour la France, "le fait que de nombreuses langues régionales ne soient pas mentionnées dans la constitution place-t-il ce pays sous le régime de l'Apartheid" ?

Les considérations sur le droit inaliénable des juifs à posséder la "terre promise" appellent plusieurs réflexions : ce qui a pu favoriser l'immigration des juifs vers Israël après la deuxième guerre mondiale est le rejet des survivants de la Shoah, certains pays allant même jusqu'à décourager leur retour dans leur pays d'origine. Mais ce droit au retour dans l'ancien royaume de David et de Salomon aux dépens des populations autochtones n'est pas défendable dans le principe. C'était à l'Europe responsable des crimes contre les juifs et à elle seule d'en assumer les conséquences et non aux palestiniens d'en payer le prix fort. De plus, on n'imagine même pas les déplacements de populations que provoquerait ce prétendu droit bimillénaire s'il était appliqué à d'autres parties du monde, en particulier le continent américain et l'Océanie.

Il existe effectivement de nombreux aspects qui interdisent d'assimiler formellement Israël à l'Afrique du Sud : contrairement à celle-ci, il est vrai que les arabes et les juifs cohabitent dans les grandes villes, mais deux dispositions de la loi israélienne pourraient amener une séparation selon des critères ethniques : le droit pour les juifs de former des communautés qui excluraient les non-juifs et l'interdiction pour les arabes d'acquérir des terres sur le territoire d'Israël. De fait, une ségrégation proche de l'Apartheid existe déjà dans les territoires occupés.
Quant à la comparaison avec la France, elle est hors de propos : il est vrai - et c'est regrettable - que l'état français n'a pas favorisé comme il aurait dû le faire la survie des langues régionales. Mais, en Israël, l'arabe disparait aussi de l'enseignement secondaire et universitaire. Et surtout, qu'ils soient bretons, basques ou alsaciens, l'égalité des droits est partout la même en France.

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