Comprendre l'économie circulaire par l'exemple de la vallée de Montmorency

Ici est présentée une fiche de lecture portant sur un chapitre du livre de Grégoire Bignier "architecture et économie circulaire". L'exemple de la vallée de Montmorency nous aide à comprendre ce qu'est l'économie circulaire, en opposition à l'économie linéaire, source de gaspillage et de pollution.

La mise en place de l’économie « post-industrielle » permet de faire l’économie d’infrastructures coûteuses,créatrices de « dette écologique »,de désertification de pans entiers du territoire et de dérèglement du climat. C’estle rôle de l’économie sociale et solidaire, auquel le dernier chapitre du livre est consacré.
Ce chapitre s’appuie largement sur un exemple, celui de la vallée de Montmorency, dans le Val d’Oise. Celle-ci illustre comment la combinaison d’éléments d’économie circulaire peut être porté à l’échelle de tout unterritoire. Il faut d’abord mentionner que celui-ci a développé son modèle particulier par le biais de son agriculture :au cours de cette période climatique que l’on a appelée « la petite ère glaciaire » s’est développé un modèle de polyculture unique en Europe, qui prémunissait la population contre les avatars climatiques ou humains. Le modèle présentait de multiples avantages : main d’œuvre utilisée à son maximum, mutualisation des bâtiments, réutilisation des surplus ou déchets, etc. Ainsi, dès le 17ème siècle, la population pratiquait l’économie circulaire sans le savoir, comme monsieur Jourdain faisait de la prose.
Bien sûr, le territoire s’est considérablement modifié : le gros bourg dans lequel Jean-Jacques Rousseau avait élu résidence est devenu une ville de 25 000 habitants et la forêt qui nourrissait ses rêveries de promeneur solitaire a reflué sur le plateau de Domont, au point que, près de l’Ermitage, il n’en reste plus qu’un vestige, la Châtaigneraie.
Mais le modèle séculaire d’économie circulaire a résisté aux ravages du temps et de l’urbanisation : vergers produisant une grande variété de fruits sur les routes de Saint-Brice et de Groslay ainsi que sur le plateau, cultures maraichères variées sur une zone de 10 hectares proches de l’Ermitage, et même un apiculteur, le tout avec des pratiques de recyclage qui en font un modèle accompli d’économie circulaire. La nouveauté, c’est que cet ensemble est soutenu par un maillage d’associations : l’apiculteur collabore avec une association qui lui a fourni un dispositif anti-frelons asiatiques et son matériel est fabriqué par un organisme fournissant du travail aux handicapés. Les greffons pour les arbres fruitiers sont fournis par une autre association, qui se charge également d’expertises génétiques ; les surplus de production des parcelles sont donnés à « l’épicerie sociale », etc. Le livre mentionne un autre acteur économique, qui organise tout au long de l’année la récupération d’objets en tout genre – meubles, vêtements, livres, etc., leur réhabilitation et leur vente au cours d’une vaste brocante annuelle. Cet acteur du recyclage porte un nom, l’ODER (opération d’entraide régionale) qui souligne son caractère hybride – au croisement d’une économie du don et d’une économie sociale et solidaire. Ainsi s’est mis en place un tissu économique circulaire reposant largement sur le tissu associatif. L’exemple, cité par l’auteur, de la commune de Désertines (Allier) suggère que ce modèle connaît d’autres développements en France. C’est également, ajouterons-nous, le cas du projet CARMA, alternative à EuropaCity proposée pour le triangle de Gonesse, qui a pour vision l’agriculture comme partie intégrante de l’urbanisme.

Le chapitre conclut avec l’espérance que l’économie linéaire, qui s’est imposée en trois siècles comme modèle, n’ait été qu’une parenthèse qui laisse la place à un assemblage où l’économie circulaire aura une place prépondérante. Cela ne peut qu’influencer l’urbanisme et, par conséquent, les conceptions d'architecture et d'urbanisme qui l'accompagnent.

Grégoire Bignier : Architecture et économie - Ce que l’économie circulaire fait à l’architecture, Paris, mai 2018, éditions Eyrolles, essai, 155 pages
Grégoire Bignier est architecte et professeur à l’École nationale d’architecture ENSA Paris-Val de Seine, titulaire d’un master en ingénierie de l’École nationale des ponts et chaussées, professeur à l’École nationale d’architecture de Paris et à l’ESSEC, où il enseigne l’écologie appliquée à l’architecture

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