Les ravages du propriétarisme- 1- ressources et espaces naturels

Cet article, le premier d'une série qui concernera l'absurdité du système propriétariste dénoncé par Thomas Piketty, traite principalement de l'appropriation par les éoliennes off shore d'une compagnie privée, aux dépens de l'activité économique déjà existante sur le domaine maritime.

A l'heure des dérégulations tous azimuts et des privatisations, le capitalisme boulimique ne connait plus de limites : la politique de privatisation du réseau routier continue, avec un décret, publié à la sauvette en plein milieu du mois d'Aout, portant sur la privatisation de tronçons de routes nationales qui étaient encore dans le giron de l'état. C'est un véritable racket des automobilistes qui est organisé par les sociétés concessionnaires, qui imposent des hausses de tarifs constamment plus élevées que l'inflation. Ainsi, les autoroutes déjà privatisés auront rapporté à leurs actionnaires la bagatelle de 70 milliards d'euros de dividendes pendant la durée de la concession (2006 à 2036). Un article de Laurent Mauduit souligne la gravité de cette prédation, qui concerne des biens et services indispensables à l'aménagement du territoire. En outre, c'est autant de recettes dont se prive un État qui se défausse sur les compagnies privées du coût de ce service autrefois public. Et cette politique prévaut également pour d'autres secteurs, en particulier le service aérien avec la cession des parts de l'Etat dans plusieurs aéroports. Depuis ces privatisations, on constate une augmentation des nuisances aériennes pour les riverains (Saint-Exupéry, Blagnac). La privatisation en cours d'ADP, adossée à la construction du T4, devrait engendrer une augmentation de 37% du trafic aérien.

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Mais nous savions tout cela. Par contre, ce qui est nouveau, c'est que la gloutonnerie du système économique s'attaque également à des ressources essentielles, notamment l'eau dont les compagnies privées voudraient bien contrôler la distribution au détriment des exploitations agricoles qui n'auront plus les moyens de payer l'eau dont ils ont besoin. Ce processus est déjà engagé en Australie et menace de l'être aux États-Unis. Les tentatives d’appropriation menacent également de détruire les espaces agricoles (ND des Landes, Europacity...) et s'attaquent même maintenant au domaine maritime. Les concessions accordées au groupe espagnol Iberdrola prévoient la privatisation de fait d'une surface maritime de plus de 100 km2 dans la baie de Saint-Brieuc. Au delà du dommage visuel que ces éoliennes de plus de 207 mètres de hauteur maximale vont infliger au Cap Fréhel, qu'on s'empresse de saccager alors qu'il vient d'être classé grand site de France, ce sont les pêcheurs de coquille Saint Jacques qui sont pénalisés : en effet, il ne sera plus question de pêcher sur le parc éolien. Voici comment un constructeur d'éoliennes s'approprie un espace L'absurdité de notre système économique devient palpable lorsqu'une activité X se développe aux dépens de l'activité Y, avec laquelle elle n'est pourtant pas économiquement concurrente. 

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Par voie de conséquence, les mairies d'Erquy et de Saint-Quay-Portrieux, entre autres, se mobilisent contre le projet. Il en est de même des associations, notamment l'association "gardons les caps" à qui nous devons le visuel ci-contre qui dénonce également les dommages au milieu marin causés par le projet. Le député Marc Le Fur se prononce lui aussi au palais Bourbon contre l'implantation de ces éoliennes en y ajoutant sa touche personnelle : Le projet, dit-il, a été confié à un géant de l'éolien noyauté par les mafias. Et ce sont ces accointances avec le milieu mafieux que Médiapart décrit en détail dans l'article de Laurent Mauduit qui s'interroge aussi sur l'attribution de cette concession : comment se fait-il qu'elle ait été accordée à Iberdrola alors que celui-ci n'a pas gagné l'appel d''offres. Comment se fait-il que les prix de rachat par EDF soient très nettement supérieurs à ceux pratiqués pour d'autres parcs éoliens ? Sur le premier point, le Conseil d’État a constaté le changement de critères d'attribution au cours de la procédure, ce qui est illégal et aurait du entrainer la nullité de celle-ci. Mais, renonçant à sanctionner Iberdrola, il s'est contenté d'infliger à l'Etat le versement d'une indemnisation à la société qui avait gagné l'appel d'offres et cela se fera - comme d'habitude - aux frais du contribuable? Sur le deuxième point, Iberdrola répond que ce prix élevé est lié aux difficultés techniques d'implantation du projet. Ce point, à lui tout seul, souligne bien l'absurdité du projet : on va implanter à grands frais un parc éolien qui ne fournira qu'une électricité intermittente - car seul Éole commande aux vents et l'article de Médiapart souligne bien qu'à chaque arrêt des éoliennes, il faudra les relancer grâce à une fourniture d'électricité provenant de technologie "sales", ce qui minimisera ou réduira à zéro le bénéfice environnemental d'une technologie prétendument "propre".

L'ensemble des critiques formulées dans l'article de Médiapart aurait dû conduire à l'abandon pur et simple d'un projet dont la transparence est plutôt opaque. Les décideurs politiques se caractérisent au mieux par leur absence de réflexion, car tout ce qui s'est dit ici était prévisible dès le départ et au pire par leur vénalité. En tout cas, qu'on en cite un qui ait encore le souci du bien commun ! Mais les citoyens n'ont pas dit leur dernier mot : le poids des associations s'est traduit récemment par l'abandon de ND des champs, celui d'Europacity et plus récemment, celui du projet de carrière dans le Vexin, décidé par l'entrepreneur lui-même. Dans le cas de la baie de Saint-Brieuc, le combat est gagnable :  l'angle d'attaque peut être l'insuffisance très probable des études d'impact sur l'environnement. Le CPTG a plaidé ce moyen de droit avec succès devant le tribunal de Gonesse contre la construction de la gare du triangle. Ces actions juridiques donnent lieu à une véritable stratégie de retardement, dont l'expérience a montré qu'elle peut même causer l'abandon des projets.

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