Les ordonnances du nouveau Diafoirus élyséen

C'est - encore une fois de plus - en violation de la loi Larcher de 2008 que Macron affiche sa détermination de légiférer par ordonnances, alors que la dite loi précise qu'aucune réforme du code du travail ne peut être entreprise sans une concertation préalable avec les syndicats

Pourtant, les causes d'opposition avec ces derniers ne manquent pas dans les projets du nouveau président.  :
- Davantage de place au référendum d'entreprise, pourtant décrié jusque par le nouveau secrétaire de la CFE-CGC, sous la forme d'une possibilité d'organiser de tels référendums à l'initiative des directions. Outre les possibilités réelles que les Directions influent le résultat au moyen de chantage à l'emploi (comme cela a été le cas chez Smart et plus récemment dans l'entreprise Novo-Nordisk), il est reproché à ce type de référendum un manque de définition du périmètre d'application, les votants étant en majorité des personnes qui ne sont pas concernées par les mesures proposées (Novo-Nordisk, RTE). Cela mériterait bien un minimum de concertation. Que non pas, ce sont les ordonnances du bon docteur Macron qui vont trancher la question, avec un premier ministre qui ose prétendre que "la logique de la loi El Khomri ne signifie pas le refus de la discussion" ! Deux référendums ont déjà eu lieu, avec des résultats différents. Force Ouvrière s'est fait débouter à la suite d'une procédure judiciaire où elle contestait les modalités du référendum de Novo-Nordisk, avec une requête pourtant tout à fait raisonnable : que seules les personnes concernées puissent se prononcer. La CGT a donc décidé d'attendre un nouveau référendum pour déposer une question prioritaire de constitutionnalité.
- Le plafonnement des indemnités prud'homales en cas de licenciement abusif : cette mesure est un "chiffon rouge" pour l'ensemble des syndicats, y compris la très réformatrice CFDT, dont le secrétaire général a déclaré que "le préjudice [du licenciement sans cause réelle est sérieuse] devait être réparé intégralement. Au cours de la mascarade qui avait tenu lieu de débat au moment de l'adoption de la loi travail, cette mesure avait provoqué une telle opposition qu'elle avait été abandonnée ! Là encore, la méthode des ordonnances permettra de l'adopter sans coup férir à la seule satisfaction du Patronat, qui connaîtra par avance ce que lui coûtera un licenciement abusif et pourra ainsi provisionner la somme. Et il se trouve encore des imposteurs pour appeler  cela le "dialogue social".

La loi Larcher précédemment citée, qui rend obligatoire la consultation des syndicats avant qu'il soit touché au code du travail, précise "sauf en cas d'urgence", ce qui amène à se demander où est l'urgence de faire de telles réformes pendant l'été. Pour beaucoup, "l'urgence" est surtout de pouvoir mener ces réformes au moment où la capacité de mobilisation des syndicats est la plus réduite ! Et là, tout le monde semble d'accord : la CFE-CGC dont le Secrétaire Général, François Hommeril, déjà critique sur la loi Travail, déclare "qu'il n'y a pas d'urgence à réformer à nouveau le code du travail". Opinion partagée par Philippe Louis (CFTC) et Luc Bérille (UNSA), ce dernier mettant en doute que "la réforme du code du travail soit la clé du retour à l'emploi".

Dans son livre "les apprentis sorciers", Jean-Claude Mailly nous révèle les arcanes de la loi Travail, cette loi "multiminoritaire" soutenue seulement par deux syndicats représentatifs, désapprouvée par 70% des français et que Valls n'aurait pas été capable de faire passer sans l'usage immodéré du 49-3. Le Diafoirus de l'Elysée préfère les ordonnances, mais un médecin de Molière peut très bien être, lui aussi, un apprenti sorcier.

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