Invasion plastique : une autre menace pour l'environnement

Sur dix tonnes de plastique dans le monde, une finit dans les océans, au point qu'en 2050, selon la dernière émission de Cash Investigation, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans. Au fil des journaux télévisés, nous avons entendu parler du "continent plastique", qui couvre aujourd'hui une surface de trois fois la France.

Mais ce constat ne fait état que de la partie émergée de l'iceberg : si l'on descend dans les profondeurs abyssales de l'océan, on retrouve des particules plastiques dans le tube digestif des poissons qui y vivent. La pollution plastique n'est donc pas un phénomène de surface, mais c'est l'ensemble de l'écosystème maritime qui est menacé par cette invasion.

Revenons sur la terre ferme, où s'accumulent aussi les montagnes de plastique, de préférence dans les pays pauvres d'Afrique. La récupération "artisanale" des bouteilles de coca-cola y est une source de maigres revenus pour des familles entières. Mais surtout, l'émission nous fait visiter une véritable montagne de déchets plastiques, qui s’accumulent plus vite que ne peuvent les retirer les "sherpas", qu'on voit cheminer sur des passerelles établies au milieu des déchets avec des charges pouvant atteindre les 70 kg. Ce sont là tous les efforts de recyclage promis par une industrie de l'emballage plastique, qui se vante de mettre au point une "stratégie" pour recycler  la totalité des déchets.

On nous apprend pourtant que seuls sont recyclables les emballages plastiques qui n'ont jamais été réutilisés. Le tri est fait automatiquement selon des critères programmés, avec un taux d'erreurs important. Ainsi sont recyclés des matières qui ne devraient pas l'être. Si l'on descend à l'échelle des microparticules, on nous apprend que le plastique jeté dans la nature, non biodégradable, se scinde en particules non-visibles à l'oeil nu qui vont ensuite s'infiltrer dans les sols et polluer les rivières, les nappes phréatiques et les mers.

Les dangers pour la santé humaine sont d'autant plus importants que certains d'entre eux contiennent des composants à base de brome, connus comme "retardateurs de flamme" qui entrent dans la composition de grandes quantités d'appareils électriques : téléviseurs, grille-pain, fours à micro-onde, etc. Les dangers que présentent ces produits pour la santé publique leur donnent droit à l'étiquette de polluants organiques persistants (POP), susceptibles de s'accumuler à des milliers de kilomètres des lieux où ils ont été jetés. Là aussi, le tri mis en avant par les fabricants comme "stratégie" laisse passer une quantité non-négligeable de ces déchets. Ainsi, bien loin de se limiter aux seuls emballages, l'intoxication par le plastique est le fait de tous les appareils de production industrielle.

La communication des industriels de l'emballage plastique, lobby qui opère à Bruxelles et à Washington, consiste d'abord à attribuer cyniquement la responsabilité de ces graves problèmes aux "pollueurs", c'est à dire aux consommateurs. Dans l'émission de Cash Investigation, le discours se fait moralisateur pour stigmatiser le manque de sens civique des consommateurs qui jettent leurs déchets n'importe où. Mais c'est en même temps très réducteur, car  la production d'une telle quantité de plastique sans système de recyclage suffisant - à supposer qu'on puisse en mettre un en place - ne peut conduire qu'à l'accumulation constatée, et ceci d'autant plus que les lobbies des fabricants d'emballages plastiques sévissant dans les administrations s'opposent de toutes leurs forces à la prise de mesures alternatives, notamment le retour des emballages en verre et des cycles de consigne. Et ceci, c'est bien la responsabilité des industriels de l'emballage !!!

Cette responsabilité est d'ailleurs implicitement reconnue dans le festival de langue de bois dont nous gratifie Michael Goldsman, pitoyable "disque rayé" qui se prétend communicant de l'entreprise Coca-Cola. Il fait état d'une "stratégie" de recyclage mise en place en 2008, mais à la question d'Elise Lucet qui lui met sous les yeux un document de sa lobbyiste bruxelloise qui montre à quel point cette stratégie a pris du retard, il répond "ce document ne reflète pas notre politique aujourd'hui". Quand Elise Lucet pose plusieurs fois la même question sous différentes formes, c'est qu'elle sait que son interlocuteur ment. A chaque tentative, la réponse revient en boucle "ce document ne reflète pas notre politique aujourd'hui". Pressé de fournir un document qui reflète cette politique, ce stratège de la langue de bois se défile. Et, bien entendu, il n'est pas question des solutions alternatives au plastique, seules raisonnables, mais trop contraires aux intérêts du lobby du plastique.

Réchauffement climatique, pesticides, assèchement des fleuves, artificialisation des sols. Ce dossier effrayant est une nouvelle démonstration de l'acharnement avec lequel l'homme s'ingénie à créer un environnement dans lequel il ne pourra pas vivre et montre en même temps la totale incompatibilité de notre modèle économique avec les questions écologiques. C'est ce dont a fini par prendre acte Nicolas Hulot, mais il est loin d'être sur que François de Rugy, appelé par le Canard Enchaîné "ministre de l'environronnement" (dépéchons-nous d'en rire tant qu'il est encore temps !), ait pris la mesure de cette réalité.

 

 

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