La séparation des activités bancaires refait surface

C'est une mesure défendue par Pierre Larouturou dans le cadre du collectif Roosevelt, puis, ensuite de Nouvelle Donne. C'était également une promesse électorale de François Hollande, évidemment pas plus tenue que les autres : une stricte séparation des activités bancaires, entre banques de dépôt et banques d'affaires.

C'est une mesure défendue par Pierre Larouturou dans le cadre du collectif Roosevelt, puis, ensuite de Nouvelle Donne. C'était également une promesse électorale de François Hollande, évidemment pas plus tenue que les autres : une stricte séparation des activités bancaires, entre banques de dépôt et banques d'affaires.La mesure a longtemps été en vigueur aux Etats-Unis, sous la forme d'une loi (Glass-Steagall Act) promulguée par Roosevelt à la suite de la crise de 1929 et abrogée par Bill Clinton en 1999. L'idée pourrait en être résumée par cette déclaration d'une sénatrice du Massachussets : "le compte en banque de votre grand-mère ne devrait jamais être mis en danger par les prises de risque de Wall Street". En effet, en 1999, les déposants des banques acculées à la faillite ont dû assumer les conséquences des risques pris par les financiers, et ceci à la fois en tant que déposants et que contribuables. L'idée est donc la suivante : les spéculateurs doivent assumer - eux et eux seuls - les conséquences des risques qu'ils prennent, ce qui exclut toute garantie de l'état sur leurs pertes. Mais, indirectement, avec la porosité qui existe entre les activités bancaires, les états peuvent être amenés de fait à recapitaliser des banques et à apporter leur garantie sur des pertes d'épargnants qui sont consécutives à l'activité spéculative. D'où la necessité de construire un mur étanche entre les banques de dépôt, qui recueillent l'argent des épargnants et prêtent aux particuliers et aux entreprises - et les établissements financiers dédiés à la spéculation et à la prise de risque. Les états n'auraient plus, ainsi, à éteindre les incendies financiers que les apprentis-sorciers des banques d'affaires auraient eux-mêmes allumés.

Cette idée de séparer les banques de dépôt des banques d'investissement n'est jamais tout à fait morte et a même fait l'objet de promesses électorales dans plusieurs pays, mais, à l'instar de ce qui s'est passé sous Hollande, les électeurs, tels Soeur Anne du haut de sa tour, ne voyaient rien venir. On en était arrivé à considérer cette mesure comme une sorte de monstre du Loch Ness, dont tout le monde parle, mais que personne n'a jamais vu.

En effet, comme on peut s'en douter, toute vélléité de rétablir ou d'instituer une loi de type Glass-Steagall a été combattue avec le dernier acharnement par les lobbies financiers. Mais, de façon tout-à-fait inattendue de la part d'un président qui prône la dérégulation de la finance, l'idée de rétablir le Glass-Steagall Act fait son chemin dans l'administration Trump !

Cependant, l'efficacité de la mesure ne fait pas l'unanimité : les uns font remarquer que la crise financière de 2008 a été provoquée par la faillite de deux banques américaines - Bearn Stearns et Lehman Brothers - n'avaient pas d'activités de dépôts et que c'est la raison pour laquelle elles ont été abandonnées à leur sort par l'état américain. Il est possible que la séparation proposée ne mette pas complètement les épargnants à l'abri, mais l'économiste Robert Reich, ancien collaborateur de Clinton et pourtant opposé à l'abrogation du Glass-Steagall, répond : "la crise de 2008 est devenue une menace pour l'ensemble du système, parce que les banques "trop grosses pour faire faillite" étaient garantes d'une partie des risques pris par des établisements comme Lehman-Brothers. Et pourquoi les grandes banques ont-elles pu faire ça ? Parce que le Glass Steagall Act a été abrogé".

Si une nouvelle loi du type Glass Steagall est votée aux Etats-Unis, ce sera un marqueur important qui pourrait inciter d'autres pays à en faire autant. Mais Trump ira-t-il jusqu'au bout de ses intentions ? Et surtout, ne sera-t-il pas destitué avant ?

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