Le symptôme GM&S

Il faut remonter jusqu’à 2014 pour voir les prémisses de l’affaire GM&S : ce sous-traitant équipementier de l’industrie automobile ont subi le sort réservé à toutes ces petites entreprises qui dépendent du bon vouloir d’un plus gros, en l’occurrence ici, les deux constructeurs français PSA et Renault.

Il faut remonter jusqu’à 2014 pour voir les prémisses de l’affaire GM&S : ce sous-traitant équipementier de l’industrie automobile ont subi le sort réservé à toutes ces petites entreprises qui dépendent du bon vouloir d’un plus gros,  en l’occurrence ici, les deux constructeurs français PSA et Renault. Depuis le rachat en septembre 2014 pour trois euro symboliques – non sans la succession des habituels plans sociaux - l’activité, mesurée à l’aune d’une charge de travail qui baisse et de clients historiques qui quittent le navire en train de sombrer, n’a cessé de décliner, jusqu’en octobre 2016 où les 273 salariés ont dû subir deux semaines de chômage partiel.

Au mois de décembre 2016, un article de Mediapart décrit « l’état des lieux » :  plus assez d’argent dans les caisses pour acheter la matière première, une entreprise dépendant intégralement de deux fournisseurs dont les commandes se tarissent, une entreprise tombée sous la coupe d’un fonds de pension américain (encore un !), qui commence par assécher la trésorerie – une pratique courante chez ce genre de vautours – et qui n’investit plus. Toutes les conditions sont là pour une faillite retentissante.  Ce sont des erreurs criantes de gestion que décrit cet article, dans une entreprise sous perfusion d’argent public depuis plusieurs années.

Depuis février 2016, les syndicats CGT et FO de l’équipementier mettent la pression, avec le soutien des syndicats CGT de Peugeot et de Renault pour qu’ils attribuent à l’usine un volume de commandes suffisant pour convaincre un repreneur : débrayage en novembre 2016, demande de rencontre avec des représentants du Gouvernement avec participation des représentants de Renault et de PSA, qui font la sourde oreille. Même le Directeur du site, qui ne veut pas fermer le site après y avoir tant investi, demande  un coup de main des constructeurs « par le biais de commandes ou une entrée dans le capital. »

On s’interroge sur les raisons de PSA et Renault de ne plus passer de commandes à cette usine française. C’est tout simplement que Peugeot et Renault ont cessé depuis longtemps d’être des constructeurs français : Renault assure plus de 70% de sa production dans des pays comme la Turquie ou la Roumanie, Peugeot construit des chaînes de montage en Espagne et au Maroc et les deux constructeurs entendent également délocaliser leurs sous-traitants, qu’ils veulent au plus près des lignes de montage. Selon Jean-Pierre Mercier, DSC de PSA, « Il y a un fort développement des nouvelles lignes de production notamment au Maroc et en Tunisie. La logique est claire, ils veulent que les sous-traitants soient sur place. » Ce qui explique le titre de Médiapart consacré à cette information : «les emplois perdus ici, on ne les retrouve pas».  Sachant que GM&S est le deuxième employeur du département, on ne peut mieux décrire la crise profonde de désindustrialisation que vit notre pays ! Et c’est loin d’être fini : les autres problèmes qui attendent le nouveau président et son équipe ont pour nom Whirpool, Nobel Plastiques, Hanon, Seita, avec leur quirielle de pertes d’emplois. La désespérance des salariés de GM&S est contagieuse et risque de s’étendre à la France entière.   

L’unique souhait des salariés devant l’inertie, les fins de non-recevoir successives et la menace d’une liquidation judiciaire : d’abord qu’on les écoute ! Malgré les risques de poursuites judiciaires, ils commencent par détruire deux machines-outils, puis piègent l’usine avec des bonbonnes de gaz qu’ils menacent de faire sauter.

Le nouveau président confirme son côté Diafoirus-apprenti-sorcier par une lourde erreur de diagnostic s’il croit que la clé du plein emploi  en France est dans une refonte-destruction à marche forcée du code du travail : nous ne viendrons à bout du chômage qu’en réprimant les pratiques scandaleuses des « investisseurs » étrangers qui se servent sur la bête, puis se retirent en laissant une économie exsangue pour aller exercer leur nuisance ailleurs. Au fil du temps, les exemples n’ont pas manqué : ils ont nom Samsonite, Mory Global, Toulouse-Blagnac (à l’instigation de Macron lui-même), sans parler des tentatives sur les PME (FPEE,  Furnotel ). Les deux derniers cas ne sont que les symptômes d’une France en butte à des lobbies divers, qui ne sait pas se protéger de ces pratiques, alors qu’il suffirait de quelques dispositions législatives.

Même si, par extraordinaire, GM&S trouvait un investisseur prêt à tout pour lui redonner des couleurs, le problème de fond ne serait pas résolu, car on ne guérit pas une maladie en se contentant de traiter ses symptômes.   

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