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Billet de blog 17 juin 2017

Europacity : une lettre ouverte à Nicolas Hulot

Il s’agit d’un projet pharaonique de parc d’attraction destiné à attirer 30 millions de visiteurs par an – autant que l’ensemble des parcs français, associé à ’un centre commercial taille XXL qui s’ajoutera à l’offre déjà existante en Ile de France. Construit sur les meilleures terres agricoles de la région, il sera situé dans un couloir aérien – là même où le Concorde s’est écrasé en 2000

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Alors même que l’argumentaire des promoteurs est basé essentiellement sur la création d’emplois, les conséquences de ce projet ont suscité, en particulier sur le site du débat public consacré à Europacity, une opposition massive et argumentée, tant de la part des collectivités locales, associations er syndicats que de celle des particuliers qui se sont exprimées sur le projet. 

Vous vous demanderez peut-être comment les associations et syndicats engagés dans l’opposition au projet peuvent se prononcer contre un projet présenté comme créateur d’emplois sur la région ?
- Parce que les précédents n’incitent guère à la confiance : nous avons à l’esprit l’exemple d’Eurodisney, qui n’a jamais créé le nombre d’emplois promis et vit financièrement sous perfusion de sa maison-mère. Plus récemment, Aéroville, situé près de l’aéroport de Roissy, n’a tenu ses promesses ni en termes de fréquentation, ni en termes d’emplois créés. Le millénaire à Aubervilliers est lui aussi en grande difficulté.
- Parce que le contexte actuel n’est pas favorable à ce genre d’entreprise : Cela s’explique parfaitement bien par le développement des achats en ligne, responsable des taux de croissance faibles de ce secteur : en effet, la fréquentation de ces centres croît de 1% par an alors que ces centres se développent au rythme de 3% par an. Les « marchands » suivent donc une « logique » qui leur est propre, celle de croire qu’on peut développer l’offre sans que la demande suive, ce qui est une hérésie sur le plan économique. Nous avons récemment appris que le secteur de la grande distribution aux  Etats-Unis est en grande difficulté, ce qui implique que, comme d’habitude, nous nous décidons à imiter les américains au moment où ceux-ci font le constat que leur modèle « marche » de moins en moins bien.
- Parce que la création d’un centre commercial  est synonyme de pertes d’emplois ailleurs : le phénomène a particulièrement touché la ville de Béziers et la chambre de commerce de l’Hérault a évalué que pour un emploi créé en centre commercial, il y en avait trois qui disparaissent ailleurs, notamment dans les commerces de proximité. C’est ainsi qu’on aboutit à une désertification des centres-villes dont souffrent un grand nombre d’agglomérations.
- Parce que bizarrement, ces emplois détruits ne sont jamais pris en compte dans ces promesses de créations d’emploi : il n’y a d’ailleurs aucune étude sur les répercutions d’Europacity sur les emplois dans les départements limitrophes et pour cause : le comité « d’experts » qui a élaboré le projet  a été formé par Auchan, sous la présidence de la famille Mulliez. A la question « qui paie ces experts », posée par un des participants au débat public de 2016, il n’a pas été répondu ! On a donc de sérieuses raisons de créditer ces « études » de la même objectivité qu’un rapport de Servier sur les effets secondaires du Médiator !  L’opposition est d’ailleurs révélatrice d’élus de la Seine-Saint-Denis, à une très grande majorité opposés au projet et d’élus du Val d’Oise, en majorité favorables : ceux qui savent avoir tout à y perdre contre ceux qui croient avoir tout à y gagner. Monsieur le Ministre, l’opposition concurrentielle entre territoires ne fait pas une politique d’aménagement du territoire.
- Parce que ce genre d’activité n’a jamais créé que des emplois précaires, peu qualifiés et mal payés  à un moment où le déclin industriel de notre pays prend des proportions alarmantes. La CGT soutient un projet de revitalisation de l’ancien site PSA d’Aulnay, basé sur le développement et la localisation dans la zone d’entreprises « start-up » et de sociétés dédiées à la transition énergétique, qui pourrait s’intégrer dans un projet plus vaste d’aménagement d’un triangle de Gonesse entièrement dédié à l’exploitation agricole par des méthodes respectueuses de l’environnement et de la diversité. Un projet de ce type existe : c’est le projet CARMA, contre lequel le maire de Gonesse a mis son véto. Ce serait pourtant la moindre des choses qu’une question qui intéresse tous les franciliens, et même au-delà, ne soit pas décidée par la baronnie locale et, à travers elle, par les lobbies des affaires !
- Parce que les données récemment analysées par Jacqueline Lorthiois, membre du CPTG, confirment le caractère fallacieux et mensonger de ces promesses de création d'emploi.

Une autre raison d’opposition à ce projet réside dans l’investissement des deniers publics dans le projet : pour la modification des infrastructures routières et ferroviaires liées à Europacity, il a été  avancé un budget de un milliard d’euro. C’est beaucoup pour un projet qui ne répond qu’aux besoins des nantis qui fréquenteront ce parc privé, lorsque des manques criants se font sentir ailleurs : justice « en voie de clochardisation » selon la formule de Médiapart, hôpitaux publics au bord de la crise de nerfs, manque d’entretien du réseau ferroviaire, comme en témoigne la catastrophe de Brétigny. C’est aussi beaucoup quand on sait que la famille Mulliez paie ses impôts en Belgique, mais sait se souvenir qu’il existe un état français lorsqu’il s’agit de le mettre à contribution. 

Il y a enfin les raisons qui touchent plus particulièrement votre ministère de l’environnement : ce projet de bétonnage de terres agricoles qui comptent parmi les plus riches d’Ile de France n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est, en France, 10% des terres agricoles qui ont été bétonnées en l’espace de 50 ans. Aujourd’hui, le domaine agricole disparaît au rythme de 60000 hectares par an et, à ce rythme, c’est une surface égale aux deux départements des Landes et de la Gironde qui auront disparu en 2050. Ce sont des données à prendre avec le plus grand sérieux, car c’est la famine que nous sommes en train de préparer pour les générations futures.

Monsieur le Ministre, vous vous êtes déclaré opposé à la destruction, au profit d’un aéroport, de la zone humide de Notre-Dame des Landes. Ce sont les mêmes raisons qui devraient vous pousser à vous opposer à la bétonisation anarchique qu’incarne Europacity : la disparition d’une zone humide à proximité d’une grande ville a une influence défavorable sur son climat. Il est aussi estimé que le seul usage intensif des climatiseurs pourrait faire monter la température de deux degrés dans les villes. Ce qui ferait perdre aux parisiens les bénéfices de la COP21, si toutefois celle-ci était couronnée de succès.

Le débat public sur Europacity qui a eu lieu en 2016 a été révélateur : il a d’abord montré une opposition largement majoritaire au projet, tant au niveau des particuliers qui y ont participé qu’à celui des collectivités  locales et associations qui se sont exprimées dans un cahier d’acteur. Malgré cela, le consortium Immochan-Wanda poursuit son projet comme si de rien n’était, notamment en allant faire sa propagande dans certaines écoles. Cette tentative de manipulation de la jeunesse n’a que peu à voir avec des cours d’éducation civique et nous voulons ici traduire l’irritation de citoyens qui ne se sentent pas écoutés, même quand ils disent des choses raisonnables.
Certaines données, évoquées dans le site du débat public, nous disent comment cela se passe dans  d’autres capitales : Copenhague a adopté un plan de développement urbain en forme de main, la paume représentant le centre-ville et les doigts les zones de développement ; Berlin et Londres ont des densités de population respectives de 3900 et 5300 habitants par kilomètre carré, contre 21000 à Paris intra-muros. Ce qui manque à cette dernière, ce sont les espaces verts -11% de la superficie contre 40% à Berlin et à Londres. Pour la qualité de vie des habitants d’Ile de France, il serait grand temps de renoncer au schéma de développement haussmannien qui a trop longtemps été le notre.

Dans le domaine de l’aberration, il y a aussi celle qui pourrait coûter des vies humaines : Europacity est, en effet, construit dans la proximité immédiate du site de la catastrophe du Concorde et, pas très loin, il y a eu le crash du Tupolev. C’est donc dans une zone de catastrophe aérienne potentielle, encadrée par deux aéroports et le terrain d’aviation de la FEDEX, qu’est projetée la concentration humaine des clients d’Europacity. Si par malheur, la chute d’un avion faisait des victimes, le concepteur et le maire de Gonesse sont-ils prêts à en endosser la responsabilité morale et pénale ? Ou bien, n’ont-ils pas envisagé cette éventualité et diront-ils, comme l’ont fait les édiles de la Faulte-sur-Mer, « c’est la fatalité » ?

Des promesses d’emploi fallacieuses, l’implication du contribuable dans un projet qui ne bénéficiera qu’au concepteur, la destruction de terres agricoles, une démarche contraire à celle de la COP21, l’irresponsabilité des décisionnaires, tout cela nous semble des raisons suffisantes pour manifester une opposition irréductible au projet.

Et à vous, monsieur le Ministre de l’environnement ?

Veuillez croire, monsieur le Ministre, à nos plus respectueuses salutations.

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