Pandémie : Le "j'accuse" d'une revue scientifique de haut niveau

Jamais une revue scientifique de renommée internationale n'avait pris position en faveur d'un candidat à la présidentielle. Mais il faut un début à tout et, devant les carences multiples de Trump en matière de gestion de la pandémie, Scientific American se prononce en faveur de Joe Biden, Voici la traduction de cet article :

Donald Trump a gravement porté préjudice aux États Unis et à son peuple en rejetant à la fois les évidences et les données scientifiques et ce sont ces dernières qui le prouvent. L'exemple le plus dévastateur est sa réponse malhonnête et inepte à la pandémie du COVID 19, qui a coûté la vie a plus de 190000 américains vers la mi-septembre. Il a également attaqué les protections environnementales, le système de soins médicaux, la recherche et les agences scientifiques publiques dont la mission est d'aider le pays à affronter ses plus grands défis. C'est pourquoi nous recommandons fortement de voter pour Joe Biden, qui propose des plans basés sur les données factuelles pour protéger notre santé, notre économie et notre environnement. Les propositions qu'il a mises en avant peuvent remettre le pays dans la course pour un avenir plus sur, plus prospère et plus équitable. 

Une telle pandémie mettrait à l'épreuve n'importe quelle nation et n'importe quel système, mais le rejet par Trump des évidences et des mesures de santé publique s'est révélée catastrophique pour les États-Unis. Il a été averti plusieurs fois en janvier et février de l'extension galopante de la maladie et n'a pas développé une stratégie nationale pour fournir des équipements de protection, des tests ou des directives sanitaires claires.  Des campagnes de tests et le traçage de ceux qui ont été infectés sont les moyens qui ont permis à certains pays d'Europe et d'Asie de contrôler les vagues de l'épidémie, de sauver des vie et de rouvrir avec succès les commerces et les écoles. Mais, aux États-Unis, Trump a prétendu faussement que "toute personne qui voulait être testée le pouvait". Cela était déjà faux en mars et l'est resté pendant tout l'été. Trump s'est opposé à une enveloppe de 25 milliards pour accroître les tests et le traçage. Ces manquements ont accéléré la propagation de la maladie, particulièrement dans les communautés hautement vulnérables incluant les personnes de couleur, où le nombre de mort est monté de façon disproportionnée par rapport au reste de la population.

Ce n'était pas seulement un problème de tests : si presque tout le monde avait porté un masque en public, cela aurait pu, selon les estimations de la faculté de médecine de Washington, sauver environ 66000 vies au début de décembre. Une telle stratégie n'aurait fait de mal à personne,  aurait permis de ne pas fermer les commerces et n'aurait presque rien coûté. Mais Trump et son vice-président ont torpillé les tentatives locales de rendre le masque obligatoire en se faisant un point d'honneur de ne pas être masqués dans leurs apparitions publiques.  Trump a ouvertement soutenu les personnes qui ignoraient les gouverneurs de Michigan, de Californie et d'ailleurs lorsqu'ils essayaient d'imposer les mesures de  distanciation et la restriction des activités publiques dans le but de contrôler le virus. Il a encouragé les gouverneurs de Floride,d'Arizona et du Texas qui s'opposaient à ces mesures de santé publique, affirmant en Avril—toujours de façon fallacieuse—que  “les pires jours de la pandémie sont derrière nous” et ignorant les spécialistes en infectiologie qui prévoyaient un dangereux rebond de la maladie en cas de relâchement des mesures de sécurité.

Et, bien sur, le rebond a eu lieu, avec une augmentation du nombre de cas de 46% et un nombre de morts en augmentation de 21% en juin. Les états qui ont suivi Trump dans ses égarements ont enregistré des pourcentages de tests positifs plus élevés que ceux qui n'avaient pas suivi. Au début juillet, plusieurs hôpitaux du Texas croulaient sous le nombre de patients COVID-19. Des états ont du se reconfiner  avec des coûts économiques énormes. Environ 31% des travailleurs ont été licenciés de nouveau, à la suite de la vague géante du chômage qui avait déjà décimé le pays. A chaque moment, Trump rejetait l'indéniable conclusion selon laquelle il n'y aurait pas de "guérison" pour l'économie tant qu'on minimiserait la pandémie plutôt que de chercher à la contrôler.

Trump n'a pas cessé de mentir au public concernant la menace mortelle de la maladie, disant que ce n'était pas un souci majeur et que c'était  “ comme une grippe" , jusqu'à ce qu'il reconnaisse, selon ses déclarations au journaliste Bob Woodward, qu'elle était létale et hautement transmissible. Ses mensonges ont encouragé les comportements risqués qui ont contribué à la propagation du virus et ont  été cause de discorde entre les américains qui prenaient la menace au sérieux et ceux qui croyaient les mensonges de Trump. La Maison Blanche a même produit un mémo mettant en cause l'expertise d'une autorité en matière de maladies infectieuses, Anthony Fauci, dans une tentative méprisable de susciter la défiance.

La réaction de Trump à la pire crise de santé publique du siècle a été de n'assumer aucune responsabilité.” Au lieu de cela, il a choisi de prendre d'autres pays comme boucs émissaires, ainsi que son prédécesseur qui avait quitté la Maison Blanche depuis trois ans.

Mais la capacité de Trump a refuser l'évidence et à agir en conséquence s'étend bien au delà de la question du virus : Il a constamment essayé de se débarrasser de l' Obamacare sans offrir d'alternative, alors qu'un système complet d'assurance maladie est essentiel pour combattre la maladie.  Trump a également proposé des coupes sombres de milliards de dollars dans les budgets de l'Institut National de la Santé, de la fondation scientifique nationale et des Centres de contrôle et de prévention des maladies, toutes agences dont la mission est d'accroître nos connaissances scientifiques et de nous préparer aux défis du futur. Bien que le congrès ait refusé ces réductions, il essaie encore de sabrer les programmes qui nous prépareraient à de futures pandémies et de nous retirer de l'OMS. Ces actions, entre autres, augmentent le risque que de nouvelles épidémies dévastatrices nous prennent de court.

Les tentatives de Trump pour  se débarrasser des règles sanitaires de l'Agence de protection environnementale augmentent le risque de maladies cardiaques et pulmonaires liées à la pollution. Il a remplacé les scientifiques des conseils consultatifs de l'agence par des représentants de l'industrie. Dans son déni permanent de la réalité, Trump a entravé les mesures américaines contre le changement climatique,  déniant faussement sa réalité et dénonçant les accords internationaux ayant pour but de l'atténuer. Le changement climatique est déjà la cause d'une augmentation des maladies liées à la chaleur et d'une fréquence plus élevée des évènements dévastateurs, tempêtes sévères, feux de forêt et inondations extrêmes.

Joe Biden, au contraire, a déjà préparé des plans pour contrôler le COVID-19, améliorer le système de santé, réduire les émissions de carbone et rendre à la science son rôle dans l'élaboration des politiques. Il sollicite l'expertise et en tire des propositions fermes.

Au sujet du COVID-19, il  affirme à juste titre qu'il est "faux de parler de choix entre notre santé publique et notre économieSi nous ne venons pas à bout de ce virus, nous ne retrouverons jamais notre puissance économique". Biden projette la montée en puissance d'un service public de dépistage, qui aurait l'autorité nécessaire pour solliciter les ressources publiques et privées pour fournir plus de tests et les délivrer à toutes les communautés. Il établira un service public de santé de 100000 personnes, pour tracer les contacts et occuper d'autres emplois dans le domaine de la santé. Il donnera pour directive à l'Occupational Health and Safety Administration de renforcer les standards de sureté des postes de travail, dans l'industrie de transformation de la viande et les maisons de retraite. Là où Trump  menaçait de pénaliser financièrement les districts scolaires qui ne rouvraient pas, sans aucune considération pour le danger d'infection virale, Biden prévoit un budget de 34 milliards de dollars pour aider les écoles à assurer une instruction en face-à-face ou à distance. Il est conseillé sur ces sujets de santé publique par un groupe qui inclut David Kessler, épidémiologiste, pédiatre et ancien dirigeant de la  Food and Drug Administration ; Rebecca Katz, immunologiste et spécialiste de la sécurité sanitaire mondiale à l'université de Georgetown ; et Ezekiel Emanuel, spécialiste en bioéthique à l'université de Pennsylvanie. Il n'inclut pas de praticiens qui croient aux extraterrestres et aux thérapies virales discréditées, alors que Trump avait qualifié l'un d'entre eux de “très respecté” et “spectaculaire.”

Pour Biden, une initiative en faveur des familles et de l'offre de soins, est un élément essentiel pour une action soutenue de santé publique et pour la "guérison" économique. Ses projets incluent des augmentations salariales pour les travailleurs spécialisés dans le soin des enfants et la mise en place de nouveaux moyens car l'incapacité d'assurer des soins de qualité contribue à exclure les travailleurs de l'activité économique et provoque  des tensions importantes sur les familles.

En ce qui concerne l’environnement et le changement climatique, Biden veut consacrer deux mille milliards de dollars à la mise en place d'un secteur énergétique sans rejets à l'horizon 2035, à la construction de structures et de véhicules peu consommateurs d'énergie, à la promotion des énergies solaire et éolienne, à la création d'agences de recherche pour renforcer la sécurité du secteur nucléaire et développer des technologies de capture du carbone. Cet investissement sera créateur de deux millions d'emplois et ce plan climat sera en partie financé par la fin des réductions de taxes sur les entreprises consenties par Trump. Les communautés historiquement défavorisées recevront 40% des bénéfices de ces investissements dans le domaine de l'énergie et des infrastructures. 

On ne peut mesurer ce qui pourra être accompli des ambitions de Biden : cela dépend essentiellement des lois qui pourront être rédigées et approuvées par le congrès. Mais il est réellement conscient de la nécessité de tenir compte de l'abondante recherche qui fournit des pistes pour mettre un terme à nos crises actuelles et affronter avec succès les défis de l'avenir.

Bien que  Trump et ses alliés aient tenté de créer des obstacles à la sécurité du vote en Novembre, que ce soit par mail ou en personne, il est crucial de les surmonter et de voter. Il est temps de rejeter Trump et d'élire Biden, pour son suivi des données et son écoute de la science.

 

Cet article a été publié sous le titre "From Fear to Hope" dans Scientific American 323, 4, 12-13 (Octobre 2020)

 

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