Contre la réintoxication du monde

L'amélioration environnementale constatée durant le confinement doit être confortée par des démarches volontaristes "contre la réintoxication du monde". La journée du 18 juin fait en cela écho aux conclusions de la convention citoyenne pour le climat. Maintenant, le temps est à l'action.

Il aura fallu une pandémie pour que notre planète, débarrassée d'une part importante de nos nuisances sonores, chimiques et climaticides, connaisse une pause dans l'acharnement que nous manifestons pour la rendre inhabitable. L'inactivité forcée des aéroports a entrainé la cessation des concertos en sol mineur pour Boeing et Airbus et les résidents des communes les plus touchées ont pu ouvrir leurs fenêtres, au travers desquelles ils ont pu constater un retour des oiseaux, eux aussi sensibles à l'amélioration sonore. En Ile -de-France, les capteurs de Bruiparif ont enregistré, dès le premier jour du confinement une "baisse historique" (5 à 8 décibels) des nuisances sonores le long des autoroutes et du périphérique. Les riverains de nos côtes ont pu constater un retour de la vie marine dans des endroits qu'elle avait désertés.

L'exploitation sans frein  des ressources naturelles connaît également une pause : une estimation du jour du dépassement pour 2020 situe celui-ci fin Aout, soit trois semaines après celui de l'année dernière. Mais cette nouvelle, bonne en apparence, ne doit pas occulter que, cette année encore, nous aurons consommé une fois et demi ce que les écosystèmes peuvent produire en un an.

Il en est de même pour les émissions de dioxyde de carbone (CO2) : une étude publiée par la revue américaine Nature fait état d'une réduction de 17% début avril par rapport à la même période de 2019. Pour l'année entière, la fourchette estimée est de -4% à -7%, en fonction de la durée globale du confinement et des modalités du retour à la normale.Une revue de presse parue dans Courrier International  mentionne que le quotidien allemand die Zeit attribue cette diminution essentiellement à la diminution spectaculaire du transport routier et Corinne Le Quéré, première auteure de l'article de Nature, attribue à celui-ci “un rôle clé à jouer lors de la prise de décisions politiques sur la protection du climat dans les années à venir”. Un autre auteur constate pour le Washington Post que  “La crise de 2008 a fait baisser les émissions mondiales de 1,5 % pendant un an puis ces dernières ont augmenté de 5 % en 2010. Comme s’il ne s’était jamais rien passé”. Si rien n'est fait, il en sera de même au sortir de ce confinement et cette pause n'aura été qu'une parenthèse de faible impact dans le réchauffement climatique.

La lente désintoxication que nous vivons depuis deux mois n’inversera la tendance que si elle est suivie d’une politique volontariste pour en pérenniser les effets. C’est tout le sens de « l’appel du 17-juin contre-la-reintoxication-du-monde» qui a donné lieu dans tout le pays à plus de 50 blocages, manifestations ou rassemblements. C’est dans ce cadre qu’à l’appel du CPTG, plusieurs associations du Val d’Oise ont manifesté leur opposition à l’artificialisation des sols et à la construction du terminal T4 par une action de blocage du chantier en charge de la ligne 17 nord et de la construction de la gare de Gonesse. Ce mouvement a regroupé, outre le CPTG, cinq associations qui ont rédigé un communiqué de presse commun.

Cela commence par une guerre à tous ceux qui ne rêvent que de bétonner : outre l'effet maintenant connu du béton sur la température de nos villes, l'artificialisation des sols entre en contradiction avec les velléités macronistes de souveraineté alimentaire qui resteront à l'état de discours tant que des projets, dont celui de la gare de Gonesse n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, n'auront pas été abandonnés. Pour l'heure, un article des Échos constate "qu'en dix ans, la surface agricole a diminué de 228.400 hectares, soit l'équivalent d'un petit département comme les Yvelinesau profit de parkings, de zones commerciales ou artisanales et de l'habitat". La population a augmenté en trente ans trois fois moins vite que les surfaces bâties et cette simple donnée numérique souligne l'absurdité de cet étalement urbain qui ne correspond en rien à un besoin puisque, jusqu'alors, on avait été capable de s'en passer ! La convention citoyenne sur le climat vient de rendre son rapport, dans lequel sont préconisées différentes mesures visant à limiter l'artificialisation des sols : limitation des zones commerciales périurbaines, réquisition de logements et bureaux vides, gestion durable de la forêt et interdiction des coupes rases, interdiction de toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches sont possibles dans l’enveloppe urbaine existante, etc. Il faut aussi mentionner les préconisations visant à limiter l'émission de gaz à effets de serre : certaines, visant tout particulièrement le transport aérien, concernent tout particulièrement les régions à forte densité aéroportuaire comme l'Ile de France : la lutte contre le terminal T4 entre dans ce cadre, puisque la convention recommande l'interdiction de construire d'autres aéroports et celle des lignes intérieures pour des trajets qui peuvent être effectués en moins de 4 heures par transport ferroviaire. Dors et déjà, les associations soutiennent de fait ces mesures, tant sur le plan juridique (par exemple, recours contre le SCOT d'Ile de France nord) que sur le terrain, comme le montre cette journée du 18 juin qui a suscité tant de convergences.

 

 

 

 

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