Les élus et l'affaire de Rugy

Mesdames et messieurs les élus, vous qui citez volontiers les pays scandinaves comme modèle, adoptez également leurs valeurs de probité qui vous font tant défaut.

Il y a la défense minable de De Rugy, concernant ses orgies au homard : il croit habile de se défendre en prétendant qu'il est intolérant aux crustacés et que le champagne lui monte à la tête. Pas de chance pour lui, un allergologue affirme que quand on est intolérant au homard, on l'est aussi aux autres crustacés. Or, selon le point, dans un tweet de 2012, De Rugy se serait vanté de déguster des araignées de mer. Quoi qu'il en soit, vrai ou faux, ce système de défense est totalement inapproprié et montre surtout qu'il n'a rien de plus consistant à dire concernant les faits publiés par Médiapart.

Il y a Macron qui, avec son mépris habituel et, comme d'habitude, depuis l'étranger, qualifie de "délation" le travail d'information des citoyens par les journalistes sur les turpitudes de nos élus. On ne peut s'en étonner, le discours du pouvoir est en phase avec les attaques qu'il mène contre une certaine presse, celle qui n'entend pas renoncer à la liberté d'informer.

Il y a les déclarations d'élus : pour eux comme pour l'intéressé, le ministre de la transition écologique est victime d'une "lynchage médiatique". Les systèmes de défense des élus pris la main dans le pot de confiture ne varient guère : on a déjà entendu ce même refrain à propos des innombrables casseroles que se traine Sarkozy et à propos de l'emploi fictif de Pénélope Fillon. Pour ces élus à la déontologie élastique quand leurs prébendes sont en jeu, organiser des diners privés au frais du contribuable, confondre ses indemnités de frais de mandat avec sa cassette personnelle et déclarer au fisc des frais professionnels auxquels on n'a pas droit, occuper un logement social alors qu'on ne remplit pas les critères d'attribution, ces pécadilles qui devraient être sanctionnées d'inéligibilité à vie, ne mériteraint même pas d'être relevées par la presse ? Notre racaille politique, qui dénonce si volontiers une "société de bouc émissaire",  semble surtout soucieuse de défendre ses privilèges personnels et l'indécence de tels propos éclate au grand jour lorsque, dans le même temps, la révolte des Gilets Jaunes rappelle qu'un nombre croissant de français ont des problèmes de fin de mois ! Certains, en évoquant le néologisme "scandinavisation" de la vie politique, rappellent par l'emploi de ce terme que dans les pays scandinaves, un ministre ou un député pris la main dans le pot de confiture est proprement viré pour moins que cela. Alors, messieurs les élus, vous qui citez volontiers ces pays comme modèles sociaux, allez jusqu'au bout de la démarche et adoptez également leurs valeurs de probité qui vont font tant défaut.

 

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