Une réunion festive sur le triangle de Gonesse

Dimanche dernier, les militants du CPTG ont enterré en grande pompe le projet EuropaCity. Mais ce n'est pas fini : le Tribunal Administratif (TA) de Montreuil vient de suspendre les travaux de la gare pour une durée de 12 mois. Agriculture ou béton ? Cette période sera déterminante pour le devenir du triangle de Gonesse.

Après l'abandon d'EuropaCity, il est important, pour la stratégie d'avenir, de cerner les raisons profondes qui ont poussé le Gouvernement à cette décision. Nous ne croyons pas que les considérations écologiques étouffent un gouvernement qui soutient la construction du terminal T4, ni davantage au poids d'une opinion publique, car Macron, dans tous les domaines, n'a jamais brillé par sa qualité d'écoute. Alors pourquoi ? A-t-il douté de la viabilité économique d'un projet qui avait besoin d'un afflux de touristes étrangers pour exister ? A-t-il compris, l'exemple d'Alstom aidant, que les promesses d'emploi faites par le privé ne sont que du vent et qu'elles n'engageaient que ceux qui les écoutent ? Veut-il, en sacrifiant le grand projet inutile, faire, à peu de frais, une opération de green washing qui détourne l'attention d'autres projets mortifères pour l'environnement (on pense ici très fortement au terminal 4 de Roissy)? EuropaCity mort, nous croirons que les velléités de bétonisation ne seront définitivement éteintes que le jour où le projet de gare "en plein champ" sera, à son tour, abandonné. D'autant plus que le projet EuropaCity ne concernait que 80 hectares des 300 promis à l'artificialisation des sols. Or les travaux préparatoires liés à la construction de cette gare ont débuté en juillet (rien d'irréversible heureusement), ce qui a poussé les associations à demander leur annulation au TA de Montreuil. Donc, si une bataille importante vient d'être gagnée, la guerre contre la bétonisation du triangle continue et elle ne sera gagnée que le jour où nous aurons obtenu que les terres de Gonesse restent à usage agricole.

On a qualifié le projet EuropaCity de "pharaonique" alors qu'il n'en avait que l'attribut. Car les pharaons ne donnaient pas dans le court-terme : Non, Blazy n'est pas Ramsès II et EuropaCity n'était pas son temple des millions d'années, mais le projet d'un monomaniaque dont les communiqués agressifs montrent suffisamment qu'il ne supportait pas la contradiction. Il voulait ses 10000 emplois au détriment de toute considération de long terme, entre autres environnementales. Il voulait être seul à décider d'un projet qui engageait l'avenir de tout un territoire et proclamait volontiers que seuls les gonessiens avaient droit à participer au débat. Cela ressemble fort au discours de Bolsonaro à propos des incendies de la forêt amazonienne.

Mais, en attendant la suite, l'heure était à la fête ce dimanche dernier sur le triangle de Gonesse où avait lieu l'enterrement symbolique d'EuropaCity, né en 2011, mort en 2019. Il a été décidé de tirer définitivement un trait sur ce projet mort-né et de ne pas se faire représenter à la réunion d'information organisée la semaine prochaine par le maire de Gonesse, qui, une fois le projet abandonné, ne peut qu'éructer sa rage devant le fait accompli. EuropaCity, c'est maintenant de l'histoire ancienne, mais le danger est celui d'une démobilisation de l'opinion publique que le CPTG avait largement contribué à sensibiliser : l'affaire n'est pas "pliée" et l'énergie des militants doit maintenant se focaliser sur la défense du projet alternatif CARMA.

Photos prises dimanche dernier sur le triangle de Gonesse

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Cela a commencé dès la semaine dernière au TA de Montreuil, avec le jugement ordonnant la suspension des travaux de la ligne 17, incluant la gare "en plein champ" pour une durée pouvant aller jusqu'à douze mois. On pourrait considérer cela comme une demi-victoire, les associations ayant demandé l'annulation pure et simple. Mais le verre est, suivant les humeurs, à moitié vide ou à moitié plein : cela constitue tout de même une bonne nouvelle, car si les travaux avaient commencé, comme cela était prévu, au début du mois d'octobre, elles auraient du agir dans l'urgence. Cette pause est donc la bienvenue pour remobiliser l'opinion et préparer les actions de résistance.

Toutefois, le préfet de Seine-Saint-Denis, présent à l'audience, a obtenu que cette interdiction ne s'applique pas à la partie sud de la ligne 17. Le triangle de Gonesse n'est pas concerné par cette décision, mais le risque demeure que les tunneliers se débarrassent de leurs gravats sur le triangle, ce qui, de façon irréversible, rendrait les terres impropres à l'agriculture. Une façon de mettre les militants associatifs devant le fait accompli, contre laquelle il faudra réagir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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