Sur l'annulation de l'extension T4 de l'aéroport Charles de Gaulle

Sur l'abandon du projet T4, les commentaires de Françoise Brochot, présidence de l'Association de Défense du Val d'Oise contre les nuisances aériennes (ADVOCNAR)

Dans une déclaration massivement relayée jeudi 11 février par les médias, la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a annoncé l’abandon du projet de Terminal 4 tel qu’il était présenté jusqu’alors par le groupe ADP.

C’est une belle victoire, que nous devons à notre détermination et à nos actions collectives depuis septembre 2018. Car c’est tous ensemble, citoyens, associations, ONG, élus, que nous avons alerté et œuvré sans relâche pour dénoncer ce projet aux impacts sanitaire et climatique désastreux et demandé son abandon pur et simple. Certes les crises sanitaire et économique ont certainement beaucoup joué, amenant le Gouvernement à prendre enfin la décision d’abandon d’un projet d’extension qui ne se justifie absolument plus dans le contexte actuel de crise du transport aérien.

Un grand merci à vous tous pour vos messages d’encouragement et de félicitations. Cette victoire est la vôtre également, chaque action a compté : manifestations, participation aux réunions, pétitions, tractage …

Mais c’est une victoire d’étape seulement. En effet on peut lire dans l’article du Monde du 11 février : « Le Gouvernement a demandé [à Groupe] ADP d’abandonner son projet et de lui en présenter un nouveau, plus cohérent avec ses objectifs de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement ».

On voit déjà se profiler le projet de « Terminal H comme hydrogène » (article de La Tribune du 12 février). Ce nouveau projet ne serait pas centré sur l’augmentation de capacité de Roissy … mais le gouvernement n’exclut pas pour autant une possible augmentation de cette capacité. L’avion à hydrogène nous laisse perplexes, nous vous proposons ci-dessous quelques éléments de réflexion.

Concrètement, il n'y a toujours aucun verrou légal aux extensions d'aéroports : le projet de Loi Climat et résilience dans son article 37 a complètement réduit à néant la proposition de la Convention Citoyenne pour le Climat d'interdire de façon stricte les extensions d'aéroports.

La législation européenne bruit dans l'environnement et qualité de l'air est toujours allègrement bafouée, particulièrement en ce qui concerne l’impact sanitaire du transport aérien, ainsi que le règlement UE 598/2014 bruit aéroports. Aucune mesure concrète n'est prise pour protéger les populations survolées en cas de retour massif du trafic aérien, que le lobby aérien appelle de tous ses vœux.

Nous continuons la lutte sur la base de nos fondamentaux – limitation du trafic aérien pour une diminution de ses gaz à effet de serre, de sa pollution chimique locale et de sa pollution sonore – pour protéger votre santé, et nous refusons clairement un retour à l'ANORMAL du trafic aérien !

Pour rappel lors des Assises Nationales du Transport aérien en 2018, nous proposions l’application de 18 mesures pour améliorer vraiment nos conditions de bien-être et de sécurité sanitaire, car c’est ça le vrai sujet.

Vous pourrez lire ci-dessous :

  • Le communiqué à l’initiative du RAC (Réseau Action Climat France) cosigné par l’ADVOCNAR et les associations en lutte contre les extensions d’aéroports, qui résume bien nos inquiétudes et notre appel à la vigilance : nous demandons des garanties au Gouvernement pour le futur !
  • Le communiqué de notre fédération nationale UFCNA
  • Les 18 mesures proposées pour rétablir le bien-être et la sécurité sanitaire des survolés
  • Des éléments de réflexion autour de l’avion à hydrogène du futur.

Eléments de réflexion autour de l’avion à hydrogène du futur

Avant cette crise sanitaire très éprouvante pour beaucoup d’entreprises, le secteur aérien vivait dans un monde à part des autres activités. Les émissions du trafic aérien international étaient exclues du protocole de Kyoto. Le kérosène n’était pas taxé du fait d’une interprétation fallacieuse d’une convention signée à Chicago en 1944. En France, la TVA des billets internationaux est fixée à 0 %, les vols intérieurs et ceux des jets privés bénéficient d’une TVA réduite comme les produits de première nécessité. Bon nombre d’aéroports régionaux très déficitaires ne vivent que grâce aux subsides de nos impôts et beaucoup de compagnies aériennes se font subventionner l’ouverture de lignes pour soi-disant désenclaver les territoires. Le secteur aérien coucouné par un environnement des plus favorables pour son expansion n’avait pas besoin de faire les efforts nécessaires que l’on demande aux autres secteurs pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Puis les projecteurs se sont enfin braqués sur ces exceptions fiscales et sur l’impact du trafic aérien sur le climat. Airbus a sorti de son chapeau l’avion propre, grâce au carburant hydrogène. Mais d’où vient ce gaz ? A l’état naturel, il n’existe pratiquement pas. Un simple calcul nous permet d’affirmer que si la totalité de notre mobilité existant à base de carburants fossiles était transformée par de l’hydrogène produit sans émission de carbone, il faudrait plus que doubler notre production électrique, or l’objectif de la LTECV, loi votée en 2015 nous impose une diminution de moitié de notre consommation d’énergie finale. Il faudra donc faire des choix, et vouloir continuer à voler aussi loin et aussi souvent se fera donc au détriment de la production de produits et de services bien plus essentiels.

 

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