ZAD de Gonesse : Le courage politique n'est pas au pouvoir

Sans doute le pouvoir est-il empêtré entre les déclarations de greenwashing de Macron et ses engagements imprudents de maintien de la gare du triangle de Gonesse, pris auprès des élus. Ce qu'on peut en conclure, c'est que s'il n'y avait pas de très rares exceptions, on pourrait penser que l'expression "courage politique" fait figure d'oxymore.

Voici maintenant plus de 6 mois que le rapport Rol-Tanguy concernant l'avenir du triangle de Gonesse a été rendu au Gouvernement. Rendu, mais non publié, car le pouvoir est pris entre les élus locaux favorables au projet et les opposants historiques à Europacity, qui ne veulent pas qu'à un projet d'urbanisation soit substitué un autre projet d'urbanisation autour d'une gare, dont les partisans ne sont même pas capables de se mettre d'accord sur ce qu'elle desservirait. Le dit rapport présentait trois scénarios, dont celui du maintien de l'activité agricole autour du projet CARMA. Cette dernière option, selon le quotidien les Échos, semblait avoir la préférence du rapporteur. On comprend pourquoi il s'est attiré les foudres de tous les soutiens politiques aux bétonneurs compulsifs qui ont jeté leur dévolu sur des terres agricoles qui comptent parmi les plus fertiles du pays.

En l'absence de décision du pouvoir, la Société du  Grand Paris (SGP) annonce dès le mois de novembre son intention de commencer les travaux en Février. Et le Gouvernement se tait ! Les associations hostiles au projet lui demandent de se prononcer. Et il se tait ! Devant la création d'une ZAD, il ne dit rien ! Une tribune du Monde de soutien à la ZAD, signée entre autres par deux anciens ministres et un éminent climatologue est publiée et il ne sort pas de son silence !

Par contre, certains élus locaux ne manifestent aucune retenue : il y a ceux qui traitent les zadistes de "délinquants" et qui communiquent à grand renfort d'inepties et même de mensonges démontrant exactement le contraire de ce qu'ils prétendent affirmer. Ainsi Valérie Pécresse quand elle parle d'une ligne 17 "indispensable aux 1,5 millions de Val d'oisiens" : la population val d'oisienne comprend 1,244 million d'habitants et on peut sérieusement douter que les habitants de Magny-en-Vexin ou de Saint Clair sur Epte empruntent quotidiennement la ligne 17 Nord. Il y a aussi l'allégation mensongère, selon laquelle la parcelle occupée par la ZAD serait à l'emplacement du puits pour le tunnelier et que cette occupation empêcherait en totalité la réalisation de la ligne. Or il faut être bien clair : l'objectif des occupants de la ZAD n'est pas d'empêcher la ligne 17 Nord, même si on a le droit de penser qu'il s'agit d'un gaspillage des deniers publics. L'action menée actuellement vise la gare du triangle et uniquement elle. Bien plus encore, ce qui disqualifie complètement les Pécresse, Cavecchi et autres Blazy, c'est qu'ils n'ont jamais voulu débattre avec les opposants à EuropaCity, puis à la gare, dont les raisons, publiées à grand renfort d'articles depuis des années, apparaissent de façon exhaustive dans la dernière tribune de Jacqueline Lorthiois.

Et le Gouvernement ne dit toujours rien ! Il préfère se retrancher derrière les procédures judiciaires menées par des élus et des organismes qu'ils dirigent qui ne cherchent qu'à museler les opposants par des décisions de justice qui, en raison des deux astreintes de 500 euros par jour chacune, visent en réalité à asphyxier financièrement le CPTG (association à but non lucratif) et Bernard Loup. Sans doute le pouvoir est-il empêtré entre les déclarations de greenwashing de Macron et ses engagements imprudents de maintien de la gare, pris auprès des élus. Ce qu'on peut en conclure, c'est que s'il n'y avait pas de très rares exceptions, on pourrait penser que l'expression "courage politique" n'est rien d'autre qu'un oxymore. A l'exemple de ceux qui n'osent pas prendre de décision

Voir également en PJ l'article du Parisien.   (pdf, 272.5 kB)

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