Europacity : la grand-messe organisée par Immochan ignore les opposants au projet

Comme prévu, la rencontre avec les citoyens du territoire, organisée par Immochan, s'est révélée être une honteuse opération d'enfumage : elle commence par un film, tourné à l'initiative des concepteurs du projet, dans lequel des citoyens triés sur le volet disent tout le bien qu'ils en pensent. Pas d'opposition, au plus quelques interrogations.

Comme prévu, la rencontre avec les citoyens du territoire, organisée par Immochan, s'est révélée être une honteuse opération d'enfumage : elle commence par un film, tourné à l'initiative des concepteurs du projet, dans lequel des citoyens triés sur le volet disent tout le bien qu'ils en pensent.  Pas d'opposition, au plus quelques interrogations. Et surtout, pas un mot sur l'hostilité à ce projet, majoritairement exprimée sur le site de ce débat public, et sur les raisons de celles-ci. Un des participants commente : "leur film, extrèmement bien fait, très subtil : ce ne sont pas les porteurs de projet qui parlent, c'est monsieur et madame Tout le Monde... Apparence très fallacieuse d'objectivité, allure très étudiée, léchée même, de "document brut", voire de documentaire, style "on prend le pouls d'une population". Mais évidemment, on termine par des séquences d'interview... très favorables (on garde les meilleures pour la fin."  Deux des participants à cette grand-messe, opposants au projet, ont souligné la manipulation éhontée d'un gamin de 13 ans qui avait participé au film et qu'ils ont, au cours du débat, invité à rêver tout haut sur la magie d'Europacity.
Mais certains participants, à priori favorables au projet mais plus dubitatifs sur l'utilité réelle d'un nouvel Aéroville doublé d'un nouveau Disneyland, sont pourtant demandeurs de preuves concrètes de la profitabilité du projet pour le territoire (mais quel territoire ? Ce n'est toujours pas défini).  Un des participants commente : "Dès que les Chang [directeur de la filiale d'Immochan Alliages et Territoires] et Lebon [directeur du développement d'Europacity] devront rentrer dans le concret, il sera compliqué pour eux de faire rêver tous ceux qui voudraient croire que l'arrivée d'un tel projet est annonciateur de jours meilleurs pour le territoire". Il ne devrait pas être trop compliqué pour l'opposition organisée contre le projet de leur faire comprendre que c'est bien le dernier souci de Wanda et Auchan, car ce type d'investisseurs n'a jamais donné dans le social.
Du côté du CPTG, dont une dizaine de membres étaient présents dans la salle, il y a eu cinq interventions défavorables au projet :Le premier de ces intervenants, affichant immédiatement la couleur en précisant qu'il était opposant au projet, a souligné l'opposition unanime des élus de Seine-Saint-Denis, qu'il attribue au fait que ces derniers savent bien que l'ouverture de ce centre, avec création très hypothétique de 10000 emplois dans le Val d'Oise aurait pour conséquence la fermeture d'autres centres situés en Seine Saint Denis, département déjà sinistré sur le plan de l'emploi. Il est étonnant que les projections d'emplois faites par Europacity avec la complicité du maire de Gonesse (qui, selon l'opinion exprimée par l'intervenant, s'intéresse beaucoup plus à la manne financière que le projet va apporter à sa commune qu'aux emplois créés) n'étudient jamais les emplois qui vont être détruits ailleurs. Il est temps de se rendre compte que le problème du chômage est un problème national, dont la gestion ne doit pas être conférée à la baronnie locale.
Bernard Loup, président du CPTG, est intervenu plusieurs fois : il a d'abord souligné l'absence d'élus régionaux dans ce pseudo-débat. C'est dommage, car on aurait pu les interpeller sur ce cahier d'acteur qui a été publié en fin du débat public et leur demander s'ils étaient d'accord, ce document n'ayant pas fait l'objet d'un vote de la région. La lecture de ce document exprimant une adhésion très conditionnelle au projet, il aurait également été intéressant de savoir s'ils retireraient leur soutien au projet s'il s'avère que les conditions qui ont été définies dans le Cahier d'Acteur n'étaient pas remplies. Il était écrit dans le préambule de celui-ci : "La région reste vigilante et exigeante. Elle attend d'Europacity qu'il se positionne comme un acteur audacieux et coopératif du territoire et qu'il développe et fasse vivre son projet avec les industries, les agriculteurs (en commençant par les chasser des terres très fertiles du triangle !!!), les différents acteurs présents sur le terrain au profit des habitants". Plus concrètement, les conditions d'acceptabilité du projet défini  définies dans le cahier d'acteur auraient dû être un des objets du débat : il y est, par exemple, mentionné : "La Région ne peut se prononcer sans un bilan carbone du projet complet, intégrant les émissions indirectes. Par ailleurs, la Région demande des garanties sur les ambitions affichées de production d'énergies renouvelables qui nécessiteraient la réalisation de forages profonds dans la nappe du Dogger au risque de mettre en contact des nappes intermédiaires. Les besoins de froid et d'électricité supposent le recours à de énergies renouvelables "hors site" qui ne sont pas précisées". Globalement, ce cahier d'acteur pose beaucoup plus de questions que de réponses, parmi lesquelles :
- Si des évaluations sont menées sur ces points, le seront-elles par des entités indépendantes et selon quelles méthodes ?
- Le Cahier d'Acteur lui-même souligne en filigrane l'imbécillité de vouloir compenser la perte des terres agricoles par une ferme urbaine et demande, là aussi, "des garanties". On a du mal à imaginer lesquelles !
- Une autre condition précise que le maître d'ouvrage devra veiller à éviter tout impact sur le réseau autoroutier francilien. Comment, quand on sait que le projet aménera nécessairement un afflux de véhicules particuliers sur un réseau routier déjà en limite de saturation. Comment cela sera-t-il possible en l'absence d'une politique territoriale digne de ce nom qui laisse le champ libre aux appétits et rivalités des élus locaux ? C'est ce débat qu'il aurait fallu avoir, mais, cela, les concepteurs du projet n'en voulaient pas : ils étaient là pour faire rêver les riverains du projet sur les promesses d'emploi, pas pour aborder les sujets concrets.
Bernard Loup  dénonce aussi  le montage financier qui laisse au groupe chinois Wanda Lin près de 50% des parts. Il faut préciser ici que Wanda avait un projet similaire qu'il voulait monter à Madrid, mais après s'être fait chasser comme des malpropres par la nouvelle mairie Podémos de la ville, ils ont trouvé en France un partenaire à leur mesure. 
D'autres intervenants opposés au projet sont intervenus. L'un d'eux, parlant au nom d'une association de commerçants de Seine-Saint-Denis, a souligné qu'avec la "centralisation" du commerce et du loisir dans de grands centres comme Europacity, on est en face d'un choix de société : voulons-nous de cette dévitalisation des centres-villes déjà en marche dans des villes comme Nevers ou Béziers ? Voulons-nous d'une société où des activités culturelles de supermarché seront entièrement dévolues à ces centres de la consommation ? Bernard Loup souligne à ce sujet que Benoît Wang revient sur la promesse faite par son prédécesseur de ne pas ouvrir de salles de cinéma en concurrence à Aéroville et Parinor.

On a beaucoup parlé de pistes de ski, de ferme urbaine, d'activités musicales, etc., mais aucune réponse n'a été apportée à ces questions fondamentales : nous le répétons, cette réunion - qui est une redite de celle qui avait eu lieu avant le lancement du projet - n'était pas conçue pour apporter des réponses aux oppositions qui s'étaient exprimées lors du débat public, mais pour donner l'illusion que le projet s'intéressait aux désidérata de  riverains soigneusement triés. C'est cette manipulation qui n'apporte rien au débat de fond que dénoncent les opposants.

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