Un bon diagramme vaut mieux qu'une longue critique

Vu dans le dernier livre de Pierre Larouturou "la grande trahison" un diagramme représentant la dette aux Etats Unis (page 68).

Ce diagramme est à lui tout seul une critique sans appel des politiques de Reagan (arrivé au pouvoir en 1981) et de Thatcher (arrivée au pouvoir en 1979) : avant qu'ils ne sévissent, la dette était stable et les états n'avaient nul besoin de s'endetter davantage pour pouvoir fonctionner. Et, comme par hasard, c'est au moment où Reagan arrive au pouvoir et décide des baisses massives des impôts pour les plus riches que la dette américaine  commence à exploser (qu'on ne nous dise pas qu'il n'y a pas de relation de cause à effet), pour atteindre aujourd'hui le taux vertigineux de 360% de PIB. L'arrivée d'Obama n'a rien changé. La preuve : les négociations répétitives avec les chambres pour augmenter le plafond de la dette. Mais jusqu'à quand cela pourra-t-il durer ?

A noter que le diagramme de "la grande trahison" fait état de la dette totale des Etats Unis, c'est à dire de l'addition des dettes publique et privée. Nous sommes donc allé chercher un deuxième diagramme qui présente la dette publique et nous constatons qu'elle est de 160% du PIB, à comparer avec la dette de la France qui est de 90%. 

Alors qu'est-ce qui fait la différence et pourquoi sommes nous plus englués que les Etats Unis dans le problème de la dette ? A notre avis, deux facteurs : d'abord le fait que les augmentations successives du plafond de la dette permettent aux USA d'augmenter leur dette à l'infini, ce qui est interdit par les traités en Europe. Mais nous reconnaissons ici qu'il n'est ni possible, ni souhaitable d'imiter les Etats Unis sur ce plan. Ensuite, le fait que la Banque Fédérale puisse alléger sa dette en faisant marcher la "planche à billets", alors que la BCE a pour unique mission de lutter contre l'inflation.

Alors comment sortir du piège de la dette ? Nouvelle Donne a proposé une mesure qu'il serait possible d'appliquer immédiatement sans modifier les traités : que la BCE prête non pas aux états puisque cela lui est interdit, mais à des organismes publics de crédit -telle la banque européenne d'investissement - qui, eux mêmes pourraient prêter aux états à des taux très faibles. Pour des pays comme la Grèce ou l'Espagne, cela mettrait fin à l'aberration qui consiste à prêter aux banques à 1% pour que celles-ci reprêtent aux états à des taux beaucoup plus élevés. Doter l'Europe de ressources propres (un impôt unique sur les sociétés, écotaxe, taxe Tobin) allégerait également la contribution des états au budget Européen. Enfin, la justice sera avant tout fiscale ou ne sera pas, ce qui implique une véritable volonté politique de lutter contre les paradis fiscaux.

 

 

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